Vie chère: Un premier pas vers plus de transparence sur les prix à la Réunion ?

La partie n'était pas gagnée pour l'ensemble des acteurs sociaux-économiques de la Réunion. Près de cinq jours de discussions pour arriver à une baisse substantielle de plusieurs produits dans l'optique de lutter contre la vie chère dans notre île. Une mesure prise alors que la Réunion a connu une poussée de violence dans plusieurs communes de l'île ces derniers jours. La liste annoncée vendredi dernier, à l'issue d'une table ronde en préfecture, devait porter sur 40 produits, mais après plusieurs jours de tractations et de rencontres entre l'Etat, les collectivités, les membres de l'observatoire des prix et surtout la grande distribution et les producteurs, une liste de 60 produits a été arrêtée ce mardi.
"J'ai le plaisir de constater que les discussions qui ont eu lieu ces derniers jours ont été franches et constructives depuis samedi et ont permis de dépasser l'engagement initial. Ce ne sont pas 40 produits, mais 60 qui sont concernés dans la lutte contre la vie chère, 60 produits solidaires pour les familles", explique le préfet, Michel Lalande, en introduction de son point presse. Les discussions ont été longues pour déterminer avec "justesse" les produits de grande consommation concernés par cette fameuse liste de 60 produits. "Les produits choisis dans la liste l'ont été car consommés en grande quantité par les familles réunionnaises", explique Thierry Devimeux, secrétaire aux affaires régionales pour la Préfecture.
"L'effort a été partagé par tous"
Sur le papier, comment est décomposée cette baisse ? "L'effort a été partagé par tous, elle représente un effort des l'ensemble des acteurs économiques amplifié sur les produits locaux par le Conseil général", souligne-t-il. Concrètement, une baisse de 7% a été actée du côté des grandes surfaces, une baisse de 7% du côté des fournisseurs et le Conseil général a mis sur la table 5 millions d'euros. Les produits locaux sont également présents sur cette liste, le Conseil général "encourageant" la production locale qui entraine "automatiquement" la création d'emplois. "Je rappelle que la liste porte sur des produits de qualité, consommés en grande quantité par les Réunionnais", souligne Thierry Devimeux.
Cette baisse des prix a été rendue possible par les industriels. Ces derniers tiennent d'ailleurs à souligner l'exercice "périlleux" qui a été accompli pour arriver à une telle diminution des prix. "Les industriels prennent des risques par rapport à l'effort fait. On espère que cette baisse sur nos produits va permettre d'en vendre plus", explique Daniel Moreau, président de l'ADIR (Association pour le développement industriel de la Réunion).
Changer la réglementation à la Réunion ?
Seul Pascal Thiaw-Kine, président de la fédération du commerce mais également à la tête des enseignes Leclerc à la Réunion, semble plus enthousiaste par rapport à la présentation de cette liste. "C'est l'union sacré, nous avons été à la hauteur du défi lancé par la population lors des accords pris ce vendredi", explique-t-il. Pour lui, le principal problème du prix élevé des produits à la Réunion vient du mode d'approvisionnement et d'acheminement des produits. "Il faut trouver d'autres moyens et il faut surtout réfléchir au problème de réglementation que connait la Réunion en matière d'approvisionnement des produits", souligne-t-il. Pour faire simple, les réglementations françaises ou européennes ne permettent pas à une centrale d'achat de faire venir des produits d'Asie, d'Afrique du Sud ou encore d'Australie. "Le problème porte sur les étiquettes, l'emballage ou les matières premières incorporées dans la fabrication, qui ne cadre pas avec notre réglementation", ajoute-t-il. Conséquence, la Réunion est obligée d'importer des produits d'Europe, quand l'île Maurice fait venir ses produits d'Asie ou de la zone océan Indien.
Au final, les produits mentionnés dans la liste prendront leur place avec leur nouveau prix dans les rayons à partir du 10 ou 12 mars prochain. Pourquoi pas le 1er mars? La raison est simple, les grandes surfaces ont demandé un délai supplémentaire pour pouvoir mettre en place les étiquetages nécessaires à la bonne signalétique des produits.
Pour les consommateurs, la liste de ces 60 produits ne concernera que les grandes surfaces pour le moment. Les négociations se sont déroulées en présence des acteurs de la grande distribution, il ne faudra donc pas s'attendre à trouver une baisse de 10 à 40 % des prix chez le petit commerçant du coin ou au marché. Les négociations effectuées ces cinq dernier jours ne portaient que sur le système organisé.
Plus de transparence sur les prix
Il reste encore énormément de travail aux différents acteurs sociaux-économiques à la Réunion et le préfet, Michel Lalande, l'a bien compris. En réponse à la problématique de la vie chère, il a décidé d'inscrire cette problématique dans le long terme pour ne pas la réduire à un travail d'urgence. "L'Etat a pris un certain nombre de mesures. Pour rappel, les engagements Cospar ne sont pas annulés, ils s'additionnent à cette nouvelle liste. (…) Pour un travail efficace, il faut un suivi de ces mesures qui repose sur un garant, l'Observatoire des prix. Pour cela nous allons affecter deux fonctionnaires spécialisés dans le domaine de la concurrence et le budget de l'Observatoire sera porté à 50.000 euros, une augmentation de 66%, pour un travail plus efficace", explique Michel Lalande.
L'idée qui découle de cette liste de 60 produits pour lutter contre la vie chère tient véritablement du travail à mettre en place sur une plus grande période. "Un travail de fond", souligne le préfet, va se mettre en place avec pour objectif une plus grande "transparence" dans la formation des prix à la Réunion. Reste à savoir maintenant, comment la population réunionnaise accueillera cette liste de 60 produits.


