Unesco, La Réunion déclassée ?

De retour de France en janvier 2010, tous les médias locaux s'étaient fait l'écho de la nouvelle relayée par Daniel Gonthier, Président du Parc national de La Réunion. L'île sera classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2010, nous annonce- t-il.
Récente administration, le Parc national de La Réunion, au grand dam des têtes pensantes qui le dirigent, fait souvent parler de lui dans la presse. Malheureusement pas toujours en bien. Le sentiment partagé par beaucoup, au premier rang desquelles la population, est qu'il s'agit d'un établissement concentrant les travers de ce que l'administration fait de pire : lenteur et inefficacité, le tout dirigeait par une équipe technocratique à la vision infantilisante, culpabilisante pour ne pas dire négationniste à l'égard de notre tradition culturelle.
Après l'affaire de Mafate hélicoptères qui permet pourtant de désenclaver le cirque, après l'affaire des bœufs au Piton de l'eau et du cassé de la rivière de l'Est qui perpétue une tradition ancestrale, après l'affaire de la géothermie dans la Plaine des Sables qui n'a même pas été interdite, après l'affaire des 15 agents arrivés de métropole pour protéger notre patrimoine malgré les promesses d'embauches exclusivement locales, après l'affaire du luxueux logement de fonction du directeur même pas dans le parc...une nouvelle affaire : le mensonge du classement au patrimoine mondial.
Petit rappel historique : le Parc national porte ce dossier depuis un certain nombre d'années, avec le soutien des collectivités locales et quelques grandes entreprises. Fin prêt en 2009, il décide d'être candidat à la candidature et demande la permission gouvernement français. Refusé! Il ne franchira même pas cette première étape. Le gouvernement ne présente même pas le dossier à l'UNESCO, lui préférant ceux du Parc national Causses-Cévennes et l'œuvre de Le Corbusier. Mais promis, il sera présenté en 2010. C'est ce que nous annonce en tout cas Daniel Gonthier. Le Parc, en pleine période de concertation avec les communes pour l'adoption de sa charte, ses agents, La Poste, le Crédit Agricole et autres partenaires bancaires affairistes n'ont que ça à la bouche. Tel un argumentaire de vente, du matraquage : "la Réunion patrimoine mondial en 2010".
Le problème, cette lettre en bas de page. Missive tout droit venue de l'Élysée en date du 26 mars 2010. La Présidence, institution au combien respectable, s'apparente ces deniers temps d'avantage à une passoire, tant les fuites sont nombreuses. Qu'apprend t-on de la part M. Cedric Goubert, chef de cabinet du Président de La République ?
Un écrit consensuel sur la beauté des paysages de La Réunion, le soutien, bien sûr, du Président Sarkozy, donc de tous les Français de France. Jusqu'ici tout va bien ou presque. Il y est fait mention de l'attachement du Chef de État à la préservation de la biodiversité des régions françaises (le grenelle de l'environnement est content de l'apprendre) et l'engagement fort de la Métropole pour ses territoires ultramarins. Ah... La Réunion n'est pas une région française? Bon passe. Il s'agit là d'un autre débat, celui de la vision des "confettis" vu de Paris. Pour ces raisons donc, nous apprend encore ce bon M. Goubert, la France a proposé notre île au comité UNESCO du patrimoine mondial. Yes c'est gagné, direz-vous! Attendez ce n'est pas fini. La candidature sera examinée en vue d'une décision en 2011. 2011? Comment ça 2011 ? On nous rabâche les oreilles avec 2010!
Quel l'intérêt pour le Parc national de cacher cette information? Alors qu'une importante délégation du Parc s'apprête à aller dans quelques semaines à grands frais au Brésil, une telle dépense d'argent public en ces temps de crise, est-ce vraiment utile pour un non classement?
Le débat est maintenant sur la place publique, après tout "not' parc, not île, not fierté".


