Un ton littéraire nouveau : "Les brumes de Fond-Roche"

« Tiens ! J’ai écrit ça. Qu’en penses-tu ? » Je me précipitai sur les feuillets que me tendait mon ami et les lus avec avidité. Parce que je connais le personnage de longue date ; qu’une vieille complicité nous unit ; que je sais de quoi il est capable. Cet artiste complet n’adore rien tant que surprendre son vis-à-vis. Je ne fus pas déçu du voyage.
Pour résumer sans déflorer le sujet : dans un coin perdu, au fond du cirque de Salazie, sous le régime de Vichy, une population laborieuse s’acharne à survivre malgré les privations et les tricheries qui en découlent. Des jeunes partent au front, certains en reviennent, d’autres pas ; d’autres, enfin, en ressortent complètement transformés. Là est le noeud de l’histoire. C’est très bien documenté ; on y voit même évoluer des acteurs marquants de notre passé récent, le gouverneur Aubert, Raymond Vergès…
La trame des péripéties est le produit d’une imagination délirante. Dans un style alerte, nerveux, sans fioritures, Jean-Luc Igot nous prend par le col dès la première ligne et, avec un sourire finaud, nous dit : « Je ne te lâche plus ! »
Ce roman, effectivement, se lit d’une traite. J’en suis ressorti époustouflé et l’ai immédiatement proposé à mon éditeur. Pas par amitié : je n’aurais pas rendu service à mon pote en le laissant publier un ouvrage qui l’aurait ridiculisé ! Je n’aurais pas non plus rendu service à mon éditeur, cela va de soi.
S’il s’agit d’un roman dans toutes les règles de l’art, c’est également à un authentique scénario de cinéma que nous avons affaire. Ce qui n’a rien d’étonnant, notre « jeune » auteur a participé à la création, à la décoration, à la mise en scène de plusieurs films ou pièces de théâtre ayant La Réunion pour cadre. Question suspense et cadrages, il en connaît donc un rayon. Ce qui explique que l’intérêt du lecteur ne s’essouffle pas une seule seconde.
Les écrivains connus de la place (et j’en fais partie), s’ils cultivent soigneusement leur écriture, n’en sont pas moins d’un style classique. Le sieur Igot nous gratifie d’un genre nouveau, vivifiant, enthousiasmant. Il surprend sans choquer, s’amuse sans faire n’importe quoi, et c’est que du bonheur ! Je n’irais pas me griller auprès du public qui a la gentillesse de m’aimer en lui recommandant un ouvrage qui ne serait pas digne de leur intérêt.
Bravo à toi, mon ami Jean-Luc. A quand ton prochain délire ? C’est qu’on est pressé…
Jules Bénard


