Un pas en avant, deux pas de côté : Bilan en demi-teinte sur la baisse des féminicides en 2023

Le ministère de la Justice a révélé mardi que le nombre de féminicides en France en 2023 était en baisse de 20%, avec 94 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Un chiffre, non définitif, en recul par rapport à l'année précédente, où 113 drames avaient été initialement recensés en 2022, avant d'être réévalués à 118.
Cependant, malgré cette diminution, le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, a exprimé sa déception, déclarant que cette évolution était "très loin d'être satisfaisante". Il a souligné la complexité de la lutte contre ce fléau, en citant l'expérience espagnole, qui a nécessité six à sept ans avant de voir une réduction significative des chiffres.
Dans le cadre de la lutte contre les violences intra-familiales, le gouvernement a pris des mesures, dont la création de pôles spécialisés dans chacun des 164 tribunaux français et des 36 cours d'appel. Ces pôles, dirigés par des magistrats spécialement formés, sont opérationnels depuis le 1er janvier.
Le déploiement de "téléphones grave danger" (TGD) et de "bracelets anti-rapprochement" (BAR) supplémentaires est également annoncé par le gouvernement. Depuis leur création, 1850 victimes ont bénéficié de cette protection, mais des ratés ont suscité des doutes quant à la fiabilité du système.
Les chiffres montrent une augmentation significative du nombre de condamnations pour violences ou harcèlement au sein du couple, passant de 22.206 en 2017 à 49.616 en 2022. Le délai de traitement a également diminué, passant de 42 jours en 2017 à seulement 6 jours actuellement. En 2017, 11.300 mesures d'éloignement ou d'éviction des auteurs avaient été ordonnées, contre 39.641 en 2022.
Des chiffres contestés par l'association NousToutes qui recense de son côté 134 féminicides. Le collectif féministe en répertorie 97 comme "féminicides sociaux" (par conjoint ou ex-conjoint), 17 comme des "féminicides familiaux" (père, frère, fils) et 20 sont classés comme des "féminicides sociaux" (dans le cadre amical ou professionnel). De plus, les femmes mettant fin à leurs jours en raison des violences ou du harcèlement subis ne sont pas prises en compte dans les statistiques.


