Un commission parlementaire, pourquoi pas ? Mais c'est le président de la Région qu'il faut interpeller

Nos élus, présidents de collectivités, maires, parlementaires, ne cessent d’interpeller les instances centrales de l’Etat (parlement, gouvernement), pour qu’elles trouvent et mettent en œuvre des solutions aux problèmes locaux de notre île : développement, prix, emplois, etc.
Il est fini, institutionnellement, le temps où tout se décidait à Paris, le temps où Paris dictait, par circulaires ministérielles et préfectorales, sa politique pour l’île. Aujourd’hui, Paris définit une politique nationale. Cette politique doit être déclinée dans les régions, les départements et les communes. La responsabilité de cette déclinaison appartient aux élus locaux en partenariat avec Paris, le cas échéant.
Paris a défini sa politique des emplois aidés au plan national. Cette politique, pour s’appliquer à La Réunion, doit s’intégrer dans un plan réunionnais, adapté aux réalités réunionnaises. Cette intégration et cette adaptation sont de la responsabilité des élus locaux, en partenariat avec les instances nationales. Même chose pour les prix, le logement, la formation, le développement, etc.
Il est donc pour le moins paradoxal, que nos élus en soient encore à demander aux instances centrales de l’Etat d’assurer une charge qui leur revient, d’assumer une responsabilité qui leur appartient.
La dernière démarche dans cet esprit, a été de demander la constitution d’une commission parlementaire pour mettre les choses à plat et préconiser des solutions. Si l’on est parlementaire, on peut toujours demander à une commission parlementaire de faire un travail d’enquête, d’évaluation, de proposition. Ce travail pourrait être utile, pour information. Mais les Réunionnais, eux, doivent demander à leurs élus d’ici de définir un projet réunionnais à négocier avec les instances centrales de l’Etat, parce que cette responsabilité leur appartient, parce que cette charge leur revient. Pour agir.
Les Réunionnais n’ont aucun pouvoir d’élection ni de sanction sur une commission parlementaire, pas plus qu’ils n’en ont sur le préfet. Ils n’ont ce pouvoir que sur les hommes et les femmes qu’ils ont élus à la région, au département, dans les communes, et qu’ils peuvent confirmer ou récuser le moment venu.
C’est avec ces élus qu’ils sont dans la proximité nécessaire à une bonne connaissance de leurs problèmes, de leurs contraintes, de leurs espérances, par une approche fine, collée aux réalités locales et permanentes, que n’aura jamais une mission parlementaire. C’est donc avec ces élus que les Réunionnais pourront imaginer, mettre en forme et conduire un projet réunionnais qui devra être négocié avec les instances centrales de l’Etat.
C’est avec les élus locaux et sur place, ici, que l’on sera le mieux placé pour déterminer les adaptations nécessaires des dispositions nationales, pour présenter des expérimentations originales susceptibles d’ouvrir des portes sur le plan national, pour explorer des ressources locales que Paris ne peut pas soupçonner. Les instances centrales de l’Etat ne peuvent pas entrer dans le détail de nos situations particulières.
Non seulement les institutions permettent cela, elles le préconisent. Et il ne s’agit pas d’un droit spécifique aux régions d’outre-mer, mais du droit commun.
Il appartient au corps électoral de lancer le changement. Les élus sont trop confortablement et illégalement installés dans la pratique de l’irresponsabilité. Cela signifie, pratiquement, que les électeurs ne doivent pas se tromper de cible, de destinataires, dans leurs actions.
Concrètement, c’est le président de la Région, de concert avec la présidente du conseil général et le président de l’association des maires (chacun organisera les procédures avec sa collectivité), qui doit organiser la mobilisation des institutions consulaires, des organisations syndicales, professionnelles, associatives, et des citoyens, pour définir, négocier, mettre en œuvre, et conduire des politiques réunionnaises dans l’ensemble des domaines de l’activité régionale.
Certains diront que cette concertation n’est pas toujours possible, quand les majorités, par exemple, ne sont pas du même bord politique d’une collectivité à l’autre. Cette objection ne tient pas. Les électeurs n’ont que faire des divergences partisanes lorsque l’union s’impose pour trouver des solutions aux problèmes, non pas de partis, mais de l’ensemble des Réunionnais. La concertation se pratique déjà parfois4. Il faudrait, si une collectivité ou une personnalité, refuse la concertation à ce niveau, que les électeurs fassent savoir leur réprobation et sanctionnent le moment venu.
Il y aura toujours des opposants, et leur expression devra être assurée, c’est la démocratie. Mais si les choses sont bien faites, il y aura une voix légitime de La Réunion, pour négocier des solutions réunionnaises, en lieu et place du concert de voix particulières, dispersées, éclatées, parfois discordantes, pour quémander des solutions parisiennes, ce à quoi nous assistons actuellement.
D’autres diront que nous prenons de gros risques à donner autant de pouvoirs aux élus régionaux, départementaux et communaux. Ils craignent de voir le pays sombrer dans la « république bananière ». Seul l’Etat central, à leurs yeux, possède la distance, le recul, la force et les moyens nécessaires pour garantir l’intégrité du pouvoir politique, le respect du droit et la rigueur des règles. L’actualité nous montre qu’au niveau national nous ne sommes pas à l’abri des scandales de corruption, de détournement, de népotisme, de privilèges et autres affaires.
Ici comme en France et comme à Paris, la République dispose d’outils pour dire le droit, faire respecter la légalité et sanctionner les contrevenants. Mais en France comme ici, comme à Paris, ce sont les citoyens, les électeurs, les corps intermédiaires qui veilleront au grain s’ils sont vigilants. Si le pouvoir régional devait corrompre ses responsables, cela signifierait que le peuple d’ici est complice, d’accord, et lui-même corrompu.
Mais ce qui favorise la corruption, c’est le décalage entre les moyens mis en oeuvre et les besoins du pays. La corruption y trouve une marge de manœuvre. L’éloignement du centre de décision est un facteur également favorable à la corruption. Il est plus difficile de contrôler à 10 000 km, qu’à une centaine. Si ceux qui prennent des décisions localement, ne sont pas responsables, ils deviennent des proies idéales de la corruption, parce que ceux qui décident vraiment dans les coulisses, achèteront les élus, décideurs formels, pour qu’ils prennent les décisions qu’ils souhaitent.
Si le peuple, les institutions chargées de veiller à l’éthique et à la légalité sont vigilants dans l’exercice de leurs missions ; si les moyens sont accordés aux actions ; si les centres de décision sont dans la proximité, le danger de la République bananière sera encadré.
Enfin, la dignité d’un pays, gage de l’intégrité de ses acteurs, ne se trouve pas tant dans les moyens de contrôle, de répression et de sanction que dans la conscience collective de son peuple.
Le corps électoral, l’ensemble des électeurs, a une part de responsabilité dans la situation politique du pays. La critique pure ne suffit pas. Il a, lui aussi, des comportements à avoir, des décisions à prendre, des actions à mener. Certes, il est juge en dernier ressort, mais il est aussi acteur. C’est lui qui, plus spécifiquement, désigne les élus ou les congédie. Un électeur qui démissionne porte une part de responsabilité dans le risque de « république bananière ». Mais il faudrait également que la voix d’un électeur qui vote blanc soit comptabilisée comme « suffrage exprimé ». Le vote blanc est un acte positif pour signifier qu’il n’y a pas de candidat valable. Cela peut porter à réfléchir .
Pour conclure sur le sujet évoqué, une commission parlementaire, pourquoi pas ? Mais cela peut aussi ressembler à une défausse pour se dégager sur l’Etat, d’une charge qui revient à la région. Il ne faut pas se tromper de cible. C’est le président de la Région qu’il faut interpeller pour que, de concert avec le département et les communes, il mobilise le pays en vue de trouver des solutions réunionnaises à négocier avec le pouvoir central, aux problèmes des Réunionnais.


