Tribune sur la transition énergétique dans les territoires d’Outre-mer

Soleil, rivières, volcans, vents … Toutes les sources d’énergie que nous donne la nature sont
présentes dans les territoires français d’Outre-Mer. Cette « mine » offre un potentiel
énorme en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et pourtant les
régions ultra-marines sont à la traine dans ce domaine. La raison ? Un manque de volonté
politique de la part de la Métropole et des régions, alors même que ces espaces sont
particulièrement menacés par le réchauffement climatique et que des investissements
favoriseraient le développement économique. Il est temps d’agir !
La loi de transition énergétique de 2015 et plus précisément les engagements pour les DOMTOM, prévoyait 50 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2020. Le compte n’y est pas.
Cette transition énergétique, encore plus importante dans les territoires ultra-marins du fait
de leur éloignement avec la métropole ou de leur insularité, prend un caractère urgent. La
consumation quasi exclusive d’énergies fossiles est responsable de l’augmentation de la
température terrestre. Ce changement climatique est par ailleurs accéléré par la
déforestation, diminuant de fait l’absorption des gaz à effet de serre, augmentant la
captation du CO2 présent dans l’atmosphère par les océans, entraînant le blanchiment des
coraux, barrière naturelle pour protéger les zones côtières des DOM-TOM.
Aujourd’hui, la production d’électricité grâce aux énergies fossiles, essentiellement du pétrole
et du charbon, représente une part exorbitante : 78,8% à la Guadeloupe, 92% à la Martinique,
95% à Mayotte, 70% à la Réunion, seule la Guyane Française arrive à sortir du lot avec 50%
d’hydroélectricité. Nous sommes loin de l’objectif intermédiaire fixé par la loi de 2015.
Ces territoires sont également confrontés à de grandes difficultés économiques. Le taux de
chômage à la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion et la Guyane, est au minimum le double
de celui de la métropole, et même, quasiment multiplié par quatre à Mayotte, selon l'Insee.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/4175314
Investir pour limiter le réchauffement climatique à 2°C à l'horizon 2050 coûterait "quatre à
cinq fois moins que les sommes à engager pour réparer les dommages causés aux Hommes,
aux écosystèmes et aux infrastructures par une augmentation de la température à plus de
2°C", estiment les chercheurs dans le rapport du GIEC paru en octobre 2018.
Saisissons « l’opportunité »
Avec elle, nait l’espoir de relever les défis de notre société en encourageant une « vraie
croissance verte », en réduisant la facture énergétique de la France, en investissant dans la
sobriété et l’efficacité énergétique pour réduire les consommations, en favorisant les énergies
renouvelables plus propres et plus sûres (éolien, hydroélectrique, géothermie, biomasse,
marine, solaire), en finançant l'économie circulaire et en adoptant une meilleure politique de
gestion des déchets.
Pourtant, les projets de sortie de crise ne vont pas dans cette direction :
- ordonnance facilitant l’installation d’antennes 5G sans consultation ni contrôle des
autorités locales (cf
https://www.legifrance.gouv.fr/eli/ordonnance/2020/3/25/ECOX2008260R/jo/texte )
- 20 milliards d’euros accordés aux entreprises polluantes dispensées de contreparties
écologiques (cf https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/20-milliards-daides-les-entreprises-polluantes-dispensees-de-contreparties-ecologiques_2124257.html )
- demande du Medef de moratoires sur tous les textes actuellement en cours d'élaboration
concernant l’environnement et le climat. (cf https://www.lefigaro.fr/flash-eco/le-medef-reclameun-moratoire-sur-des-lois-environnementales-20200423 )
- projet de privatisation de l’office national des forêts. (cf https://reporterre.net/Legouvernement-accelere-la-privatisation-de-l-Office-national-des-forets )
Le plan d'investissement du Pacte vert pour l'Europe projetait d’injecter 1 000 milliards
d’euros en faveur du climat au cours de la prochaine décennie. Ces fonds publics, ce “green
new deal”, doivent être priorisés sur les territoires fragiles pour répondre aux urgences
sociales et environnementales.
L’Europe et la France veulent être des acteurs majeurs de la lutte contre le réchauffement
climatique ?
Il est temps d’agir pour un monde d’après plus écologique et solidaire !
Christophe Estève
Place Publique La Réunion


