Septembre 2025 : la 7è limite planétaire est franchie !

- Courrier des lecteurs -
En septembre 2025, les scientifiques du Planetary Boundaries Science Lab (un laboratoire allemand spécialisé dans l'étude des effets du changement climatique) ont annoncé que la limite planétaire liée à l’acidification des océans avait été franchie, portant à sept le nombre de limites dépassées.
C'est quoi les limites planétaires ?
Cette notion de limites planétaires a été développée, à l'initiative du chercheur suédois Johan Rockström, du Stockholm Resilience Center, par des scientifiques spécialistes du "système Terre" qui considèrent la planète comme un ensemble de composantes en interaction : atmosphère, hydrosphère, lithosphère, biosphère et anthroposphère prenant en compte les activités humaines et leurs impacts.
Limites planétaires et points de bascule climatiques
Les études des points de bascule climatiques (fonte du pergélisol ; fonte des calottes glaciaires, etc.) cherchent à déterminer les limites au-delà desquelles se produirait un changement du système, changement rapide et irréversible induisant des réactions en chaîne qui amplifieraient le phénomène.
La notion de limites planétaire cherche à mettre en évidence les risques de s’approcher de ce point de non-retour en s'intéressant plus précisément aux conditions qui garantissent un environnement sûr pour l'humanité et pour le monde vivant en général. Alors que le "point de bascule" marque une rupture brusque et irréversible, la notion de limite détermine une zone d'incertitude, une zone à risque où un retour en arrière est encore possible.
Les limites planétaires
Ces scientifiques spécialistes du système Terre assurent le suivi de neuf phénomènes environnementaux complexes et interconnectés : le changement climatique ; l'érosion de la biodiversité ; la perturbation des cycles biogéochimiques de l'azote et du phosphore ; le changement d'usage des sols ; le cycle de l'eau douce ; l'introduction d'entités nouvelles dans la biosphère ; l'acidification des océans ; l'appauvrissement de l'ozone stratosphérique ; l'augmentation des aérosols dans l'atmosphère.
Le dépassement des limites de ces critères environnementaux peut déstabiliser l'équilibre planétaire qui a permis, depuis12 000 ans, le développement de l'humanité, de son agriculture, de son commerce et de son industrie. Les conséquences du dépassement impactent le développement, voire la survie des espèces vivantes, humanité comprise jusqu'au risque de déstabiliser l’environnement planétaire de manière irréversible.
Sept limites planétaires sont déjà franchies
Le climat
Le climat est conditionné principalement par la teneur de l'atmosphère en CO2. Avant l’ère industrielle, la teneur était d’environ 280 ppm (parties par millions = 1 molécule de CO2 pour 1 million de molécules d'air). Les climatologues de la NASA ont fixé à 350 ppm la teneur à ne pas dépasser. Le taux de CO2 actuel est de 420 ppm.
Cette première limite planétaire est largement dépassée, ce qui entraîne des effets visibles : hausse de la température atmosphérique, fonte des glaces, dérèglement climatique. Il faut remonter à 3 millions d'années pour trouver une concentration en CO2 similaire.
Erosion de la biodiversité
Dans un rapport mis à jour tous les deux ans et publié le 10 octobre 2024, le Fonds mondial pour la nature (WWF) révélait qu’en 50 ans entre 1970 et 2020 le nombre des vertébrés sauvages a diminué de 73%.
Plus globalement, l'érosion de la biodiversité se mesure avec un indice : le taux d’extinction. Il calcule la proportion d’espèces qui disparaissent en l’absence d’actions humaines et hors période de catastrophe. Ce taux est en temps normal de 10 espèces vivantes par an sur un million. A l’échelle mondiale on estime le taux actuel d'extinction comme étant 100 000 fois supérieur au taux normal. Ces disparitions en masse perturbent gravement les écosystèmes en coupant les différentes chaînes alimentaires présentes. Tous les indices mettent en évidence le début de la sixième extinction de masse du vivant.
Perturbation des cycles biogéochimiques de l'azote et du phosphore
Azote et phosphore sont des éléments chimiques caractéristiques de la matière vivante. Il existe un cycle naturel de ces éléments présents dans le sol. Très schématiquement : ils sont absorbés par les plantes qui sont mangées par les animaux et retour de ces éléments à la terre à la mort des animaux.
L'emploi massif d'engrais chimiques et l'élevage intensif ont perturbé gravement ce cycle naturel. Cette limite planétaire est dépassée depuis le début du XXè siècle avec l’avènement de l’agriculture et de l’élevage industriels. La quantité d'azote réactif rejetée dans l'environnement par les activités humaines au niveau mondial (150 Mt/an) est largement supérieure aux seuils fixés (82 Mt/an). Concernant le phosphore, les flux émis à l'échelle mondiale par les systèmes d'eau douce vers les océans (22 Mt) dépassent les seuils fixés (11 Mt). A l'échelle continentale, les quantités d'engrais phosphorés épandues sur les sols sont supérieures aux seuils fixés (14,2 Mt au lieu de 11,2 Mt). (Source de ces chiffres : Ministère de la transition écologique).
Le dépassement des limites planétaires de l’azote et du phosphore entraîne des déséquilibres écologiques majeurs, notamment la dégradation des sols et la perte de leur biodiversité, la pollution des eaux, et des impacts sur la santé humaine.
Changement d'usage des sols
La limite planétaire d’usage des sols mesure le rapport entre la superficie forestière actuelle et celle d’avant 1700, avant les grandes interventions humaines. Un seuil a été défini à 75% de la forêt originelle qui doivent être conservés.
Ce seuil est dépassé depuis 2023, car actuellement, seulement 62% de la forêt originelle sont conservés. Les tendances actuelles montrent une déforestation continue sur tous les continents, notamment liée à l’agriculture, l’urbanisation et l’industrialisation, avec pour conséquences une perte massive de biodiversité, une perturbation des écosystèmes et une forte contribution au dérèglement climatique.
Cycle de l'eau douce
La limite planétaire du cycle de l'eau douce détermine les perturbations sur les continents du cycle de l'eau crucial pour les écosystèmes et l'agriculture. Elle tient compte de deux composantes : l'eau verte (humidité du sol et eau absorbée par des plantes) ; et l'eau bleue (eau des rivières, des lacs et des nappes phréatiques).
Les surfaces terrestres subissent des perturbations (plus sèches plus humides) d'une année sur l'autre, avec de temps en temps des variations extrêmes. En comparant les extrêmes des cycles actuels et les extrêmes des cycles préindustriels, les scientifiques ont établi des seuils à 10 % de perturbation pour l’eau bleue et 11 % de perturbation pour l’eau verte.
La limite planétaire du cycle de l'eau douce est officiellement dépassée depuis 2022. Les mesures de 2023 : 18 % de perturbations pour l’eau bleue, et 16 % pour l’eau verte, confirment le dépassement.
Les conséquences sont directement observables : sécheresses plus fréquentes, baisse de niveau des nappes phréatiques, assèchement temporaire de rivières ou de fleuves, pluies et inondations catastrophiques, augmentation de l'intensité des cyclones et ouragans, l'aridité des sols et la désertification des terres gagnent du terrain.
Introduction d'entités nouvelles dans la biosphère
Il s'agit d'éléments introduits dans la biosphère par l'humanité et qui n'existent pas à l'état naturel : produits chimiques synthétiques (pesticides, plastiques, PFAS, etc.) ; nanomatériaux ; organismes génétiquement modifiés ; polluants radioactifs.
Les critères d'évaluation sont difficilement chiffrables. Les chercheurs considèrent que la limite planétaire est franchie lorsque la masse des substances produites dépasse la capacité mondiale à les surveiller et les réguler et que les substances persistantes et toxiques s’accumulent dans la biosphère sans contrôle.
Cette limite est considérée comme dépassée depuis 2015. Les plastiques sont présents partout sur la planète et leur production ne cesse d'augmenter sans commune mesure avec les capacités de recyclage ou d'élimination. De nombreux polluants (PFAS, éléments radio actifs, nano particules diverses et variées) polluent tous les milieux et ont des effets néfastes sur les écosystèmes, la santé humaine et animale, On dénombre environ 350 000 différents types de produits chimiques manufacturés sur le marché, chiffre qui pourrait tripler d’ici 2050.
Acidification des océans, la 7éme limite planétaire qui vient d’être franchie
L’océan a la capacité de dissoudre une partie du CO2 atmosphérique. C’est un "puits de carbone" essentiel car on estime qu’il absorbe un quart des émissions anthropiques. Les réactions chimiques de la combinaison de CO2 avec l’eau conduit à une acidification des océans. Selon Copernicus, le pH de la surface des océans a chuté d’environ 0,1 unité (passé de 8,1 à 8,0) depuis l’ère préindustrielle, soit une augmentation de 30 à 40 % de l’acidité.
En réalité, le critère retenu par les chercheurs pour acter du dépassement de la limite planétaire n’est pas directement celui de l’acidité, mais sa conséquence sur le taux de saturation de l’eau de mer de surface en aragonite. Or, le taux de saturation en aragonite vient de passer sous la barre des 80 % de celui qu’il était avant le début de l’ère industrielle. C’est le taux retenu par les scientifiques pour définir la limite planétaire de l’acidification.
L’aragonite est précisément la forme de carbonate de calcium utilisée par de nombreuses espèces vivantes pour fabriquer leur coquille ou leur squelette calcaire. Plus l’eau est acide, plus cela fait chuter le taux d’aragonite dans l’eau, et plus ces espèces ont des difficultés à construire leur coquille ou leur squelette.
Ainsi, l’acidification des océans a un impact direct sur la faune et la flore océaniques en fragilisant les coraux, les mollusques et le plancton calcaire, perturbant leur reproduction, leur développent avec des conséquences sur les chaînes alimentaires marines. La Réunion avec ses récifs coralliens est directement concernée par le dépassement de cette limite qui s’ajoute à d’autres signaux d’alerte sur les risques de dégradations des récifs. Par ailleurs, l’acidification des océans réduit leur capacité à absorber le CO2, aggravant le changement climatique.
Seules deux limites planétaires n’ont pas été franchies : l'appauvrissement de l'ozone stratosphérique et l'augmentation des aérosols dans l'atmosphère
En 1987 le protocole de Montréal signé par 197 pays, visait à éliminer les composés fluorés (CFC) et autres composés chimiques utilisés dans les aérosols, réfrigérants et solvants afin de « réduire le trou dans la couche d’ozone ». Cette action a montré son efficacité et prouve que des actions communes "pour la planète" sont réalisables.
Tous les signaux d’alerte sont au rouge. Et tous les chefs d’Etats « regardent ailleurs », en ces temps de fortes menaces guerrières et de conflits sur tous les continents.
Mais !... Maroc, Népal, Pérou, Madagascar, Indonésie… Dans de nombreux pays la jeunesse se rebelle. La «Gen Z», comme elle se définit, est devenue le moteur de la mobilisation contre la corruption, la vie chère et le népotisme. Faut-il y voir les prémisses d’un vaste soulèvement de la jeunesse internationale pour défendre une planète dont ils héritent et laissée en piteux état par leurs ainés ?
Mordicant


