Saisie record de 148 kg de zamal : de lourdes peines pour les trafiquants sans casier

Les militaires de la Brigade de Recherche de Saint-Benoit et de la Section de Recherche de la gendarmerie de La Réunion procèdent conjointement à huit interpellations. Trois seront convoqués par la justice en février 2023 et quatre étaient jugés ce mercredi.
À la barre, les prévenus reconnaissent les faits et donnent l'un après l'autre leur version des faits. Il en ressort qu'ils se connaissent tous mais que l'un d'entre eux, Hemeric P., 29 ans, apparait clairement comme l'organisateur. Joueur de cartes et fervent adepte des combat de coq, il est acculé de dettes. Il explique avoir rencontré un jour, sur un rond de cartes, des mauriciens qui lui ont demandé s'il connaissait des gens qui voulaient gagner de l'argent pour un petit travail. Il prend le numéro et plus tard, finira par appeler. Il accepte le deal moyennent 25.000€. Il contacte ensuite ses proches dalons pour leur proposer de l'argent en échange d'un coup de pouce. Il prend les choses en main pour un transport de 4 gros ballots de zamal qu'il récupère à Tan Rouge.
"C'est une opération d'envergure internationale"
Armand B., 46 ans, a la charge de stocker la marchandise chez lui. Il indique l'avoir gardée deux semaines. Il reconnait avoir aidé au conditionnement en "ajoutant du film dessus". Il est très clair sur un point devant le tribunal : "Le chef, c'est Hemeric P.". Il devait recevoir 300€. Vient ensuite Jérôme B., 31 ans, qui assure la logistique. Il va acheter des téléphones prépayés et des lampes torches. C'est un camarade de jeu d'Hemeric P. Il devait recevoir 500€.
Enfin, Jean D., 34 ans, aide au transport de la marchandise au domicile d'Armand B. Il participe au reconditionnement de la marchandise en la plaçant dans des sacs noirs. Il devait toucher 3000€. Tous les quatre reconnaissent avoir eu connaissance de la nature de la marchandise mais également d'avoir participé à l'opération du 17 juin à Sainte-Rose.
"C'est une opération d'envergure internationale de trafic de stupéfiants de 150 kg" tonne le parquet. "Un mois de préparation, 7 personnes, 3 véhicules, 4 téléphones portables pour une valeur de revente de 3 millions d'euros à Maurice. Nous sommes ici pour enrayer ce phénomène de trafic entre La Réunion et Maurice qui devient exponentiel. Ils reconnaissent les faits qui sont clairement établis. Hemeric P. est clairement l'instigateur, et les trois autres participent en transportant ou en détenant la marchandise. Les faits sont d'une extrême gravité et la difficulté majeure est qu'ils sont inconnus de la justice. Vous devrez tenir compte de la gravité des faits. Ils sont organisés et coordonnés, ce n'est que le hasard qui a fait qu'ils soient interpellés", tance le procureur.
"Ce ne sont pas des profils de délinquants internationaux", selon leurs avocats
Le parquet requiert 5 ans de prison pour "le chef d'orchestre" Hemeric P., et requiert 3 ans de prison pour les trois autres qu'il considère comme des "exécutants". Il demande leur maintien en détention. Les défenses des prévenus se succèdent ensuite à la barre. Elles s'estiment "outrées" par les réquisitions du parquet, arguant que des peines bien plus légères avaient déjà été prononcées dans ces mêmes murs pour des affaires bien plus graves. Les défenses mettent en avant les casiers vierges de leurs clients qui sont, selon elles, accessibles à des peines de sursis simple voir des peines mixtes et aménageables, mais en aucun cas à de la détention. "On vient grossir les choses, il faut traiter ce dossier pour ce qu'il est. Ce ne sont pas des profils de délinquants internationaux, vous devez individualiser les peines", avancent les robes noires.
Le tribunal a quelque peu entendu le parquet et les défenses : Hemeric P. écope de 5 ans de prison dont 2 assortis d'un sursis probatoire, Armand B. et Jean D. écopent de 3 ans de prison dont 1an de sursis probatoire et Jérôme B. écope de 3 ans de prison dont 18 mois de sursis probatoire. Ils sont tous les quatre maintenus en détention.


