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Saint-Pierre : Il donne de la drogue à son frère en plein tribunal

Pour avoir donné un "caillou" d’amphétamine à son frère jugé mercredi dernier en pleine salle d’audience, un Saint-Louisien a écopé de 6 mois de prison à effectuer sous bracelet électronique ce vendredi.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le vendredi 19 août 2022 à 16H44

Mercredi, le palais de justice de Saint-Pierre a connu une grande première dans ses murs. Alors qu’un individu, arrivé sous escorte policière, attentait le début de son procès, son frère s’est approché de lui pour lui donner quelque chose.  Le tout en présence de la procureure et de plusieurs policiers. Le chewing-gum était en fait un petit caillou d’amphétamine. 

Immédiatement, les policiers tentent de récupérer le "cadeau" et font évacuer la salle. Freddy en profite pour quitter le palais de justice. Il est interpellé 15 minutes plus tard et avoue directement les faits. Il est par contre étonné d’être placé en garde à vue pour un si petit morceau. Placé en détention, il est jugé en comparution immédiate ce vendredi.

Un passé judiciaire bien chargé

À la barre du tribunal, il ne cesse de s’excuser pour son geste. "Je regrette ce que j’ai fait, je respecte le tribunal et votre travail", insiste-t-il face aux juges. Sorti de prison il y a à peine 3 mois et demi, il jure avoir changé et ne plus commettre les délits qui lui ont fait passer la majeure partie des 7 dernières années derrière les barreaux.

Car Freddy a un passé bien chargé avec 14 mentions à son casier judiciaire. Il est connu pour des faits de violences et de conduites sans permis et en ayant bu. Il a également une condamnation pour rébellion après avoir agressé le premier surveillant de la prison de Saint-Pierre, lui ayant valu son transfert vers Domenjod. Il ne cesse de jurer qu’il a cessé tout cela depuis sa libération.

Il explique que depuis sa sortie de détention, il travaille chez son père pour défricher le terrain. Il s’occupe également de travaux de réparations. Il assure qu’il s’implique autant pour éviter de retourner dans la rue et reproduire les mêmes erreurs.
 

Des "caméras dans sa tête"

La juge revient sur ses problèmes psychiatriques qui n’ont jamais fait l’objet d’un traitement. Freddy est en effet persuadé d’avoir des caméras dans sa tête. "J’ai fait une opération pour les dents quand j’étais à la prison de Saint-Louis. Quand je me suis réveillé, j’étais plus le même. Quand je suis allé à l’hôpital pour me les faire enlever, ils m’ont dit qu’il fallait aller en France pour ça", dit-il aux magistrats.

La procureure évoque un "dossier étonnant, une première dans ces murs". Selon la parquetière, son geste remet en doute le respect affirmé envers les magistrats et les promesses de changement de comportement. Elle va ensuite détailler une grande partie de son passé judiciaire. "Il n’a jamais rien fait de visible pour la société", déclare-t-elle avant de requérir 6 mois de prison.
 

"De la solidarité fraternelle"

Par la force des choses, Me Sameïdha Mardaye est devenue l’avocate familiale en s’occupant des deux frères dans la même semaine. Dans une longue plaidoirie, elle explique comment cette nuit de détention lui a fait prendre conscience qu’il allait perdre ce qu’il tentait de construire. "Il m’a dit qu’une seule nuit lui avait paru être deux ans. C’est comme s’il était revenu des années en arrière. Il a compris qu’il risquait gros." La défense rappelle ensuite l’enfance difficile du prévenu, là où il a commis une grande partie de ses infractions "pour se faire entendre".

Me Mardaye va ensuite expliquer la raison qui a poussé son client à faire ce geste. "C’est son cœur qui a parlé. Il a peur que son petit frère n'aille en prison, car il connaît bien la prison. Il savait qu’avec ce caillou, son frère pouvait s’assurer sa tranquillité. Pour être clair, il le lui donne pour ne pas qu’il se fasse violer en prison. C’est de la solidarité fraternelle". La robe noire va ensuite demander de ne pas remettre son client en détention, mais plutôt de lui imposer des travaux d’intérêt général. "Ce sera l’occasion de faire quelque chose de visible."

Le tribunal va le condamner à six mois de prison sous bracelet électronique. "Vous comprenez que c’est une main tendue. Mais je vous avertis qu’au moindre viol des règles, c’est le retour à la case prison", l’a prévenu une dernière fois la juge. 

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