Saint-Paul une ville imprévisible ?

Courrier des lecteurs.
Les élections municipales sont désormais derrière nous, mais une question persiste : Saint-Paul est-elle aujourd'hui une ville de gauche ?
Pendant plus de 40 ans, la droite a régné sans partage sur Saint-Paul, faisant de la commune un bastion solidement verrouillé, jusqu'à ce que la réalité électorale vienne, à trois reprises, bousculer cet équilibre.
En 2008, une première rupture majeure intervient : Huguette Bello conquiert la mairie. Certes, l'élection est annulée puis rejouée, mais elle s'impose largement. La droite, forte de son ancrage historique, continue alors d'y voir un simple accident politique.
En 2014, la droite reprend la main, rassemblée davantage par opportunisme que par conviction : elle pense rétablir un ordre « normal ».
En 2020, Huguette Bello revient, et cette fois, il ne s'agit ni d'un accident ni d'un hasard.
Enfermée dans ses certitudes, la droite a commis une erreur majeure : croire que la ville lui appartenait toujours. Convaincue de son ancrage indéboulonnable, elle a déserté le terrain, relâché le lien direct avec la population et ses militants. À cela s'ajoutent les divisions internes et les promesses répétées sans lendemain.
Pendant ce temps, les électeurs, eux, évoluaient. Et le résultat devenait inévitable.
Huguette Bello n'a pas remporté les élections de 2008, 2020 et 2021 par hasard. Elle a compris une règle simple : on ne conquiert pas Saint-Paul avec une gauche fermée. À rebours d'une tradition militante plus rigide, notamment incarnée à une époque par le PCR, elle a fait le choix de l'ouverture. Elle a intégré des profils venus d'horizons variés, y compris de la droite traditionnelle. Elle a dépassé les logiques de camp et su se rapprocher de différents réseaux d'influence, notamment religieux.
Dans son sillage, Emmanuel Séraphin a prolongé cette stratégie avec efficacité. En 2021, beaucoup doutaient de sa stature politique.
La droite elle-même était convaincue qu'il serait un candidat facile à battre. Tous se voyaient déjà à sa place. Pendant que ses adversaires spéculaient, lui consolidait patiemment ses positions sur le terrain.
Il a non seulement compris la stratégie d'Huguette Bello, mais l'a amplifiée, en y ajoutant une touche personnelle : élargir, intégrer, neutraliser les clivages, sans attaquer frontalement ses adversaires.
Profils issus des quartiers populaires, anciens militants de droite expérimentés, relais associatifs et religieux : tous ont été intégrés dans une logique de coalition large, structurée et assumée.
Résultat : une victoire nette, fondée sur l'élargissement plutôt que sur l'entre-soi.
En 2020 comme en 2026, malgré leur union et le soutien de l'ensemble des maires de droite de La Réunion au second tour, la droite saint-pauloise a été battue à chaque fois.
Dès lors, la vraie question n'est plus de savoir si Saint-Paul est à gauche ou à droite, mais pour qui ont voté les Saint-Paulois ?
Les électeurs ont voté pour un candidat, une méthode, et sanctionnent sans hésitation. Rien n'est jamais acquis, même pour les sortants les mieux installés.
À Saint-Paul, on le sait bien : en 2021, lors des régionales, Huguette Bello arrive en tête dans la quasi-totalité des bureaux de vote. Dans le même temps, aux départementales, tous les candidats de gauche sont battus dans ces mêmes bureaux.
La conclusion est brutale : les bastions n'existent plus. Être sortant ne protège plus. Les étiquettes, les adoubements et les soutiens n'impressionnent plus. Les électeurs décident seuls, sans fidélité automatique, sans loyauté durable. Le reste n'est qu'illusion, entretenue par ceux qui refusent d'affronter la réalité, et croire qu'un territoire est acquis, c'est déjà être en train de le perdre.


