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Requins et surf : que les autorités fassent leur boulot !!

Dans son ordonnance n° 370902 du 13 août 2013, le Conseil d’Etat précisait : « 10. Considérant que [….] à court terme, seules les mesures d’interdiction de baignade et d’activités nautiques, dans des zones où un dispositif efficace de surveillance et d’alerte n’a pas été mis en place, sont susceptibles de supprimer le risque d’attaques, à la […]

Ecrit par Didier-Dérand,-collectif-"Requins-en-Danger-à-la-Réunion" – le jeudi 03 novembre 2022 à 11H08

Dans son ordonnance n° 370902 du 13 août 2013, le Conseil d’Etat précisait :

« 10. Considérant que [….] à court terme, seules les mesures d’interdiction de baignade et d’activités nautiques, dans des zones où un dispositif efficace de surveillance et d’alerte n’a pas été mis en place, sont susceptibles de supprimer le risque d’attaques, à la condition que ces interdictions soient respectées, ce qui implique qu’elles soient convenablement signalées et que la population soit largement informée de ces mesures d’interdiction et des risques encourus en ne les respectant pas ; ».
https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000027878251/ 

Dans le contexte des accidents survenus avec des requins entre 2011 et 2019, une question se pose avec acuité : pourquoi le préfet prend-il donc un arrêté reprenant une des mesures phares préconisées par le Conseil d’Etat – « interdiction ou limitation de toutes les activités de loisirs nautiques ou de certaines d’entre elles dans les zones à risques » – s’il ne fait pas respecter cet arrêté, laissant les surfeurs de la Réunion courir des risques inutiles ?

Car dans les médias, les références relatives au fait que depuis 2011 les surfeurs ne respectent pas l’arrêté préfectoral d’interdiction, sont légion. Quelques exemples :

https://imazpress.com/actus-reunion/toujours-dans-leau-malgre-les-risques

https://www.zinfos974.com/%E2%96%B6%EF%B8%8F-Ils-surfent-a-Trois-Bassins-bravant-l-interdiction-Que-fait-le-Prefet_a135686.html

https://freedom.fr/deux-jeunes-surfeurs-bravent-linterdit-a-st-benoit-video/ » https://freedom.fr/deux-jeunes-surfeurs-bravent-linterdit-a-st-benoit-video/

https://www.clicanoo.re/article/meteo/2022/06/29/terre-sainte-des-surfeurs-se-mettent-a-leau-malgre-la-houle

Zinfos974, dans son article du 31 décembre 2018, mettait clairement les points sur les « i » :

« Si l’on est en droit de stigmatiser les surfeurs, on ne peut passer sous silence la mansuétude complice du Préfet.
On pond un arrêté, on publie un communiqué de temps en temps et….Et rien !
Quand l’envie leur en prend, les gendarmes interviennent. Une fois tous les 36 du mois. Et sinon, les gendarmes passent tranquillement devant les différents spots, regardent les surfeurs réaliser leurs prouesses….et passent leur route.
C’est un peu comme s’ils voyaient passer un chauffard complètement bourré au volant de sa voiture et lui faisaient un coucou au passage.
En cas de nouveau drame, ce que personne ne souhaite, le Préfet portera une lourde responsabilité.
Soit on prend un arrêté et on se donne les moyens de le faire appliquer, soit on ne fait rien et on laisse les surfeurs s’adonner à leur sport favori tranquillement.
Mais il n’y a rien de plus hypocrite que d’ouvrir le parapluie pour se prémunir de toute poursuite en cas de drame et ensuite de fermer les yeux. En attendant l’accident, que tout le monde sait inéluctable dans les conditions actuelles. »

En 2022, 11 ans après le début de la fameuse « crise requin », les choses n’ont guère évolué : des surfeurs sont dans les vagues n’importe où, par n’importe quel temps et dans n’importe quelles conditions, et l’Etat – via le Centre Sécurité Requin – se contente toujours de publier des communiqués appelant à la prudence et « déconseillant » simplement le surf dans les zones interdites (sic).
Pendant ce temps, un représentant des surfeurs, élu du Peuple, conseiller municipal à Saint-Paul et conseiller départemental (re-sic), appelle publiquement à violer l’arrêté préfectoral !! Et évidemment, à la préfecture, on n’entend pas une mouche voler.…

https://www.facebook.com/jeanfrancois.nativel/videos/1118538062422000

Pire, comment se peut-il que le représentant de l’Etat évite soigneusement de faire respecter la réglementation pour ne pas faire de « vagues » chez les surfeurs, allant même jusqu’à promettre publiquement qu’il fermera les yeux ?!!

On se reportera aux déclarations du sous-préfet de Saint-Paul en conférence de presse le 16 février 2021 (article du JIR : « Le CSR s’active pour tenir la promesse d’Emmanuel Macron ») : « Les surfeurs auront obligation de signer une charte de bonne conduite et de porter un EPI [équipement de protection individuel] avant de se mettre à l’eau. Ceux qui ne voudront pas se soumettre à ces règles ne seront toutefois pas « sortis » de l’eau. « On ne fera pas la police » promet le sous-préfet de Saint-Paul »……Pourtant le port d’un EPI est désormais une mesure essentielle pour pouvoir surfer en sécurité à la Réunion !

Doit-on rappeler qu’à l’occasion du dernier accident avec un requin – le décès du surfeur KM le 9 mai 2019 à Saint-Leu – les représentants de l’Etat avaient été les premiers à rappeler que le pratiquant était le seul du groupe de trois surfeurs à ne pas porter d’EPI et qu’un arrêté préfectoral interdisant le surf à cet endroit était en vigueur ?

A cette occasion les médias locaux rapportaient les déclarations du même sous-préfet : « la verbalisation des surfeurs peut être contre-productive [sic], estime le sous-préfet de Saint-Paul. Effectivement, lorsqu’ils voient les gendarmes, ils peuvent avoir tendance à vouloir rester dans l’eau et prennent donc des risques supplémentaires. »

Est-ce là une excuse acceptable ?! Où se trouve la logique ? L’Etat se soucie-t-il réellement de la sécurité des pratiquants ou surtout de sa propre tranquillité ?

Et à quoi sert-il de tuer des requins, dans un tel contexte ?!

On ne peut qu’approuver les conclusions de Bornatowski et al. (2014)(1), évidemment transposables au surf, dans une publication sur la problématique des requins au Brésil :

« Le risque d’attaques de requins existe sur les plages de Recife en raison des impacts de l’intervention humaine sur le fonctionnement de l’écosystème naturel (Hazin et al. 2008) ; la population de l’Etat de Pernambuco doit donc aider à surmonter ce problème. Des avertissements sont affichés tout autour du front de mer des plages de Recife. Si les baigneurs savent que les risques d’une attaque de requin sont élevés, ils n’entrent pas dans l’eau ou le font à leurs propres risques. Le manque d’éducation environnementale n’est plus une excuse acceptable, [….]. Malheureusement, les gens ont le pouvoir de chicaner, aussi un moyen simple d’éviter les attaques de requins consiste à respecter les avertissements affichés le long des plages du front de mer et à trouver des zones sûres pour se baigner ».

« En ce qui concerne le problème des attaques de requins, la seule solution vraiment efficace et sans effets indirects est l’éducation et la prise en compte du problème dans la société, plutôt que d’attendre qu’il y ait un incident d’attaque de requin. Le gouvernement doit investir dans des programmes éducatifs de sensibilisation et dans la recherche pour éviter les rencontres avec les requins. Nous devons veiller à ce que la société ne considère pas les requins comme des méchants, mais, au contraire, comme des éléments clés du maintien des services écosystémiques si précieux pour le bien-être humain. Dans les cas où les attaques se produisent dans des zones où le risque d’attaque de requin est signalé de manière intensive, la victime doit être tenue responsable des conséquences de son mépris des panneaux de signalisation. Si nous continuons à ignorer ces questions, nous courons le risque de perdre un élément précieux des écosystèmes marins dans un avenir proche, et comme nous le savons jusqu’à présent, les conséquences peuvent être catastrophiques. »

Et celles du Dr Van der Elst(2) en 1997, là encore transposables au surf :
« Pour conclure, je dirai que la plupart, sinon la totalité, des attaques de requins enregistrées ont eu lieu dans un ensemble de conditions qui ne sont pas considérées comme sûres pour la baignade. Cela signifie qu’un plus grand respect des règles et réglementations, voire une acceptation volontaire des risques, sont les mesures les plus importantes à prendre. Je ne pense pas que nous devions répondre à toutes les situations, en particulier pour ceux qui choisissent de se baigner ou d’opérer dans des situations manifestement risquées. »

Il est un fait certain : à la Réunion, la plupart des accidents avec des requins auraient pu être évités si les surfeurs avaient fait montre d’un minimum de prudence, d’autant que dès l’année 2013 les principales conclusions de l’étude CHARC(3) avaient déjà été rendues publiques : éviter de surfer seul ; éviter de surfer tôt le matin ou tard le soir aux heures où les requins sont en chasse ; éviter les eaux troubles et les eaux douces (embouchures de rivières) favorables aux attaques de requins bouledogues, surtout pendant l’hiver austral ; se munir d’un équipement de protection individuel ; etc, etc…

Ah mais oui, j’oubliais, nos surfeurs péi sont des gens adultes et responsables : « On connaît les risques. [….] Après le risque zéro n’existe pas, on en a bien conscience. On est adultes, vaccinés, c’est la passion avant tout ». Ce qui les autorise visiblement à aller surfer dans de l’eau boueuse, à la sortie du Port de Saint-Pierre, embouchure de la Rivière d’Abord, un jour de très forte houle, malgré l’interdiction de surf à cet endroit, l’interdiction d’accès au littoral et les appels à la prudence du préfet (Clicanoo du 29 septembre 2022, cf. supra)…

Alors puisqu’ils sont responsables, qu’ils les prennent leurs responsabilités !

Mais non, depuis 2011, les associations de surfeurs n’ont cessé de geindre, de menacer l’Etat de procès à répétition, de pousser les familles de victimes à déposer plainte, de réclamer de l’argent en justice (comme FB, qui a demandé 150 000€ à l’Etat devant le tribunal administratif, puis la cour d’appel, puis le Conseil d’Etat, suite à un accident avec un requin, tout ça pour être allé surfer seul, un soir d’hiver le 5 août 2012 à Saint-Leu, alors que l’eau était trouble, qu’il ne portait pas d’EPI et qu’il était parfaitement au courant du risque requin en tant que pratiquant aguerri).

Faut-il s’étonner qu’après ça, l’Etat fasse un usage immodéré du Grand Parapluie Administratif ?! La faute à qui si, depuis 10 ans, la mer est interdite d’accès en dehors des quelques zones protégées et surveillées ? On marche sur la tête à la Réunion !

Alors que le préfet fasse son boulot, qu’il fasse respecter son arrêté d’interdiction par les surfeurs et qu’on arrête de massacrer des requins pour rien !

Ou alors qu’il supprime l’arrêté en question et qu’on retourne enfin à la seule pratique foncièrement légale : celle définie par l’article L.2213-23 du Code général des collectivités territoriales qui dispose :

« Le maire exerce la police des baignades et des activités nautiques pratiquées à partir du rivage avec des engins de plage et des engins non immatriculés. [….] Le maire délimite une ou plusieurs zones surveillées dans les parties du littoral présentant une garantie suffisante pour la sécurité des baignades et des activités mentionnées ci-dessus. Il détermine des périodes de surveillance. Hors des zones et des périodes ainsi définies, les baignades et activités nautiques sont pratiquées aux risques et périls des intéressés [….] ».
Que les surfeurs restent donc dans les zones autorisées. Ou alors qu’ils aillent exercer leurs talents ailleurs, mais à leurs risques et périls, conformément à la loi. Et qu’ils arrêtent enfin de nous bassiner avec leurs jérémiades !

Didier Dérand
Collectif « Requins en Danger à la Réunion »

 
(1) Bornatowski H., Braga R., Vitule J. (2014) – Threats to sharks in a developing country: The need for effective simple conservation measures. Natureza & conservaç~ao revista brasileira de conservaç~ao da natureza. 12 (1). 11-18.  HYPERLINK « https://doi.org/10.4322/natcon.2014.003 » https://doi.org/10.4322/natcon.2014.003
(2) Van der Elst R. (1997) – Lettre en réponse à l’auteur, 14 août 1997. Rudy Van der Elst, Directeur de recherche adjoint, « Oceanographic Research Institute », Durban, Afrique du Sud.
(3) Soria M., Jaquemet S., Trystram C., Chabanet P., Bourjea J., et al. (2015) – Étude du comportement des requins bouledogues (Carcharhinus leucas) et tigres (Galeocerdo cuvier) à La Réunion. [Rapport de recherche] Programme CHARC. ⟨hal-01487167⟩  http://www.info-requin.re/rapport-scientifique-final-du-programme-charc-a454.html
 

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