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Rentrée sans portable dans les lycées : comment ça va se passer ?

Ecrit par P.M. – le mardi 18 août 2026 à 06H01
Le lycée a réalisé des affiches pour expliquer les nouvelles règles à partir de ce mardi en matière de GMS dans l'établissement.

C’est l’une des principales nouveautés de cette rentrée : l’utilisation du téléphone portable et des objets connectés est désormais interdite pendant le temps scolaire dans les lycées. Téléphone éteint et rangé, exceptions, sanctions, appels aux parents… Comment cette "pause numérique" va-t-elle concrètement s’appliquer ? Exemple au lycée Jean-Claude-Fruteau de Saint-Benoît, où près d’un millier d’élèves sont attendus ce mardi.

Il pourra toujours franchir le portail du lycée, mais une fois à l’intérieur, le téléphone portable est prié de se faire oublier. 

À compter de cette rentrée, l’interdiction de l'utilisation du téléphone portable pendant le temps scolaire, déjà en vigueur à l’école et au collège, est étendue aux lycées. Une mesure nationale que chaque établissement doit désormais intégrer à son règlement intérieur.

À La Réunion comme ailleurs, il faudra donc changer quelques habitudes bien ancrées. Car si le téléphone était déjà généralement proscrit pendant les cours, il réapparaissait presque instantanément à la sonnerie, dans les couloirs, dans la cour ou pendant les récréations.

C’est précisément là que se situe le principal changement.

Au lycée Jean-Claude-Fruteau de Saint-Benoît, qui accueille près d’un millier de lycéens et d’étudiants, une affiche conçue par l’établissement donne le mode d’emploi dès l’entrée dans l'établissement : "Utilisation interdite. Éteint. Rangé dans le sac. Hors de vue."

La règle est claire… Reste encore à la faire appliquer. 

Réalisées par l'établissement, des affiches expliquent les nouvelles règles aux lycéens.

Le téléphone reste dans le sac

Premier enseignement: il ne s’agit pas pour le lycée de récupérer tous les smartphones à l’entrée du lycée où aux lycéens de le mettre dans des casiers. 

Les élèves conservent leur appareil avec eux mais celui-ci doit être éteint, rangé et ne plus être utilisé pendant le temps scolaire.

La consigne affichée concerne les salles de cours, mais également les couloirs, la cour, le CDI, la permanence, le réfectoire, les toilettes et les installations sportives.

Pour le chef d’établissement, Dominique Panambalom, la vraie nouveauté se situe d’ailleurs moins dans les salles de classe que dans tous ces espaces de vie. "On ne part pas de rien", rappelle-t-il : en cours, l’utilisation personnelle du portable était déjà interdite et sanctionnée. Désormais, il ne devra simplement plus ressortir à chaque intercours ou récréation.

Avec près d’un millier d’élèves, dont beaucoup ont pris l’habitude de consulter leur écran dès qu’ils disposent de quelques minutes, personne ne s’attend toutefois à voir disparaître le réflexe du jour au lendemain.

D’abord des rappels, puis le téléphone "sous scellé"

À Jean-Claude-Fruteau, la rentrée doit donc laisser une place à l’apprentissage de cette nouvelle règle. Le lycée prévoit une application progressive : rappel de la règle, neutralisation temporaire du téléphone, information de la famille puis, en cas de récidive, punition ou sanction.

Dominique Panambalom compte laisser un peu de temps aux élèves pour prendre le pli. Un téléphone sorti une première fois ? L’élève sera invité à le ranger. En cas de répétition, les parents pourront être prévenus. Mais après plusieurs avertissements, le ton changera.

L’établissement va acheter des pochettes sécurisées. L’élève récidiviste devra placer son téléphone à l’intérieur à la vie scolaire. La pochette sera fermée et il la conservera avec lui, dans son sac, pendant la journée. Impossible en revanche de récupérer l'appareil sans repasser par la vie scolaire pour faire retirer le dispositif de fermeture.

Et pour appeler ses parents ?

C’est probablement l’une des premières questions que se poseront élèves et familles : comment se joindre en cas de problème ?

Là encore, le lycée Jean-Claude-Fruteau a la réponse : « Pour contacter ta famille : passe par l’accueil, la vie scolaire ou l’infirmerie. »

« Il faut faire confiance à l’école », insiste le proviseur, qui rappelle la présence dans l’établissement d’une vie scolaire, d’une infirmière, d’une assistante sociale et d’un pôle santé-social. En cas de maladie, d’urgence ou de nécessité particulière, l’établissement peut donc assurer le lien avec les familles.

Des exceptions restent possibles

Portable "en pause" ne signifie pas pour autant portable totalement banni du cadre scolaire. Des dérogations limitées sont prévus, notamment pour certains usages pédagogiques, administratifs ou organisationnels (type cantine). Des exceptions peuvent également être prévues pour des élèves en situation de handicap et un régime particulier peut être instauré pour les étudiants qui suivent leur formation au sein d’un lycée.

À Jean-Claude-Fruteau, un professeur pourra ainsi demander ponctuellement à ses élèves de sortir leur téléphone pour effectuer une recherche, par exemple en histoire-géographie ou en enseignement moral et civique. L’appareil sera alors utilisé sous le contrôle de l’enseignant avant d’être de nouveau éteint et rangé.

Le lycée compte parallèlement renforcer la mise à disposition de tablettes connectées dans les classes afin que le smartphone personnel ne soit pas indispensable aux usages pédagogiques.

Un accueil aux couleurs de la République au lycée Jean-Claude-Fruteau : drapeaux français et européen et devise « Liberté, Égalité, Fraternité » accompagnée de la laïcité accueillent désormais les élèves dès l’entrée de l’établissement., repeint pendant les vacances.

Des espaces dédiés selon les lycées ?

L’application de la mesure pourra aussi varier en partie selon les établissements. Lors de la conférence de presse de rentrée du rectorat, ce lundi, l’académie a évoqué la possibilité d’aménager certaines zones dédiées. Il reviendra aux lycées de définir précisément leur fonctionnement et de l’inscrire dans leur règlement intérieur.

À Saint-Benoît, Dominique Panambalom réfléchit déjà, en lien avec la Région, à la création future d'une sorte de « hub » dotés de bornes connectées et d’un réseau sécurisé. Pas question d’en faire des espaces où les élèves retrouveraient librement leurs réseaux sociaux : l’idée serait plutôt de proposer ponctuellement un accès numérique encadré et "utile", notamment durant la pause méridienne.

Derrière l’interdiction, le rectorat veut surtout inscrire cette rentrée dans une politique plus large "d’usage raisonné du numérique". Les établissements doivent sensibiliser élèves, personnels et parents aux effets d’une exposition excessive aux écrans et au caractère addictif des réseaux sociaux. Les adultes et personnels de l'établissement sont eux-mêmes appelés à limiter l’utilisation de leur téléphone devant les élèves afin de donner l’exemple.

Un accueil "républicain" pour les lycéens

À Jean-Claude-Fruteau, le proviseur y voit l’occasion de « recentrer l’élève sur son apprentissage », de le ramener vers le CDI, la lecture et les échanges avec les autres. Bref, de réintroduire dans la journée quelques moments où l’écran ne capte plus toute l’attention.

Le changement ne se limite d’ailleurs pas aux téléphones. En levant les yeux de leur portable, les élèves découvriront ce mardi un lycée qui s'est embelli pendant les vacances - façade repeinte par la Région, travaux sur les fenêtres et les espaces vets avec la plantation d'arbres endémiques - et de nouveaux messages qui courent désormais le long des murets de la cour. 

Sur fond de volcan, de forêts et de paysages réunionnais, des citations parlent de respect, de liberté et de vivre-ensemble. 

Dès l’entrée, les marches repeintes en bleu-blanc-rouge affichent « Liberté, Égalité, Fraternité » et « Laïcité ». Une initiative voulue par Dominique Panambalom pour créer un cadre dans lequel les "élèves comme le personnel se sentent bien et puissent travailler sereinement", mais aussi pour rappeler aux jeunes qu’en franchissant le portail, ils entrent dans « un établissement public de la République ».

En levant les yeux de leur téléphone, les lycéens découvriront aussi de nouveaux messages sur les murs de l’établissement. Sur fond de paysages réunionnais, ils invitent notamment au respect de l’autre et au vivre-ensemble.

Après les classes prépa, une convention avec Sciences Po

Pour le chef d'établissement, moins de temps passé sur les écrans, espère-t-il, c'est davantage de disponibilité pour travailler, lire, échanger et profiter des ressources du lycée avec l'ambition de toujours améliorer la réussite des élèves.

Une ambition qui accompagne la progression de Jean-Claude-Fruteau ces dernières années. Le proviseur met en avant les résultats obtenus au baccalauréat, autour de 94 % de réussite au bac général, qui lui a permis de se positionner parmi les lycées publics les plus performants de l'île notamment sur certains indicateurs prenant en compte les réalités sociales du secteur.

Le lycée veut désormais aller plus loin. S'il dispose déjà d'une classe préparatoire, dont des élèves ont été admis à Polytechnique cette année, il travaille à l'ouverture d'une deuxième prépa. À la rentrée, il doit également accueillir un nouveau dispositif dans le cadre d'une convention d'éducation prioritaire avec Sciences Po Paris, afin de préparer dès la première et la terminale des élèves à intégrer Sciences Po par cette voie spécifique.

Reste désormais le plus compliqué : convaincre près d'un millier de jeunes que, pendant quelques heures, chaque jour, leurs études et leurs journées peuvent très bien exister sans leur téléphone allumé.

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