Refonder la République

Avec trois jours de recul, que pouvons-nous faire devant la barbarie ?
D’abord répéter notre compassion envers les familles des désormais 17 victimes des tueries qui ont secoué la France ces trois derniers jours. Aussi bien des civils pris en otages, des policiers tués froidement, que des compagnons de combat, des frères d’idées.
Ensuite ne pas se laisser emporter par des torrents de haine. Le vocabulaire martial ne sied pas. Pas plus que les mots comme terroristes car ils ne terrorisent pas. Il s’agit d’assassins sans motifs religieux, Dieu n’ayant pas besoin de porte-paroles criminels. Non. Leur motivation est politique, il s’agit de faire taire. Voilà pourquoi ils s’en prennent aux journalistes et aux correspondants. Voilà pourquoi ils ne vivent que de provocations, pour déclencher une haine qu’ils ne feront qu’exploiter pour mieux nous diviser.
Puis comprendre. Charlie rend plusieurs missions : étendard d’une liberté d’expression, de conscience, il défend aussi le droit de ne pas avoir de religion. A l’instar de la majorité des Français. Et en France, nous sommes bien armés pour défendre ces libertés : de conscience, comme le dit l’article 10 de la DDH, d’expression comme le relate l’article 11. Cette DDH est le fruit des Lumières, fruit de deux cents ans de lutte, depuis le Massacre de la Saint-Barthélemy jusqu’à la Révolution. Discerner pour montrer du doigt le lâche assassinat comme les stupides attaques d’édifices religieux en représailles, au nom de je ne sais quelle vengeance.
Protéger notre liberté. Seule notre unité républicaine peut le faire. Pour lutter contre nos peurs : peur des journalistes de ne plus pouvoir exercer leur métier, peur de chacun d’entre nous de ne plus pouvoir vivre en sécurité, peur de ceux qui veulent nous diviser, nous trier, nous communautariser, alors que notre République est une et indivisible.
Enfin nous unir dans la citoyenneté, la fraternité républicaine, et dans l’amour des trois mots de notre devise, au fronton de tous nos bâtiments publics. La Liberté, qui ne se décrète pas, et ne peut que se défendre. L’Egalité, qui, elle, se décrète, et est donc défendue par le législateur. La Fraternité, qui ne se défend ni ne se décrète, mais qui se vit : c’est ce qui nous a rassemblé dimanche. Dans cette seule fraternité républicaine, nous puisons notre force pour défendre notre Liberté. Voilà pourquoi nous n’aurions pas participé à une manifestation voulue comme un mot d’ordre partisan. Voilà pourquoi, en tant qu’associatif, nous avons suivi le mot d’ordre syndical de l’UNEF et du SNJ. Voilà pourquoi, dans notre travail associatif, nous n’aurons de cesse de pratiquer une éducation populaire, relayant entre autres ce qui se dit : pour vaincre nos peurs, divulguer ces paroles de paix civile dans la laïcité, éduquer, aider à comprendre. Car la peur est mauvaise conseillère, elle ne cherche qu’à diviser. Mais nous aurons le dernier mot, ils n’ont aucune chance de gagner tant que nous ne grossirons pas leurs rangs par des mots inspirés par la crainte de l’autre, des mots inconsidérés. Dans notre Liberté défendue, notre Egalité voulue, notre fraternité vaincra ! Ainsi nous refonderons la République !
Bruno Bourgeon, président d’AID
http://aid97400.lautre.net


