Réconcilier d’abord… pour pouvoir reconstruire ensuite et bien
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Le parti (PCR) est sorti complètement déchiré des dernières élections législatives. Le terme n’a rien d’exagéré, c’est une réalité. Une mauvaise réalité quoi que pourraient en dire certains qui semblent s’en réjouir. Cela est si vrai qu’une entreprise de "reconstruction" a été engagée, de la manière la plus officielle.
Mais quelle "reconstruction" - voire "refondation" puisque le terme a aussi été utilisé – si, préalablement, et avant toute chose, on n’essaie pas de rassembler les morceaux qui se sont éparpillés aux quatre vents ? C'est-à-dire réconcilier ce qui est possible de l’être, bien entendu. Car il faut être clair : la réconciliation est la condition obligée de toute reconstruction, quel que soit le nombre de comités ou de commissions de "reconstruction" ou d’autre chose mis en place.
L’Afrique du Sud tout à côté de nous a montré la voie, lors de la libération de Nelson Mandela et son élection à la présidence de la République, en 1993. A l’initiative de ce dernier a été créée une commission "vérité et réconciliation" laquelle, incontestablement, a permis au peuple sud-africain de sortir du régime d’apartheid en évitant le bain de sang que tout le monde craignait.
Sans vouloir pour autant copier à l’identique cet exemple, une telle réconciliation, entre nous d’abord, parait plus que nécessaire. Vitale même. La vraie question est de savoir si elle est possible, si elle est voulue. Par les uns et par les autres. Mais que valent nos querelles au regard de la situation existante en Afrique du Sud au lendemain de l’abolition de l’apartheid ? Il n’y a pas eu de sang versé entre nous et Dieu seul sait si en un demi-siècle de régime officiel d’apartheid on en a versé en Afrique du sud, sans oublier ce qui a été fait auparavant. Malgré cela, eux, là-bas, ont pu se pardonner, se réconcilier et entreprendre la marche en avant que l’on connaît. Dans la paix.
Ici, lorsqu’on regarde de plus près ce qui s’est passé durant ces derniers mois, même ces dernières années, où se trouvent les différences, voire les divergences entre les divers protagonistes qui se sont affrontés durant cette campagne électorale ? Y a-t-il des divergences de fond ? Sur quoi ? Qui a mis en cause le "plan de développement" adopté à l’unanimité il y a moins d’un an ? Qui a mis en cause des grands travaux engagés durant ces dernières années ? Y a-t-il des divergences idéologiques ? Rien de tout cela. Divergence sur une ligne politique ? Même pas. Même si, il faut le dire, certains étaient parfois dans le zag pendant que d’autres étaient dans le zig, et d’autres encore ailleurs. En tout cas, personne n’a rien vu ou entendu de ce genre.
Peut-être une chose tout de même, les alliances tant décriées. Mais à y regarder de plus près, tous et toutes ont usé – voire abusé – de la même pratique. Au détriment, bien souvent, de ses propres camarades. Question de "modernité" peut-être.
Mieux, tant à l’élection présidentielle qu’aux élections législatives, tout le monde s’est référé à l’actuel président de la République, devenu pour la circonstance, une sorte de nouveau Sarda.
Alors, qu’est-ce qui oppose les différents protagonistes, ceux de l’intérieur, ceux qui seraient de l’extérieur ou d’autres encore ? "On ne m’a pas reconnu", "on ne me reconnaît pas", "on veut prendre la place qui m’est due", "il veut commander", "acte d’indiscipline" et que sais-je encore ! En un mot, le "fautif", c’est l’autre, ce sont les autres. Mais jamais soi même. Au fond, et aux yeux de l’opinion ébahie - car elle n’a jamais vu cela chez nous - une sorte de bataille de marmailles pou deux cannettes ou in boule chiffon dans la cour l’école pendant la récréation. Sans plus. Et qui sème la pagaille générale. Sur ce plan, le maître - le peuple, les électeurs, car ce sont eux le "maître" - nous a donné un "res’ tranquil". A nous d’en tirer les leçons, d’aborder cette phase d’une réconciliation nécessaire, préalable à toute "reconstruction", de manière plus sereine et responsable. Comme la réconciliation entreprise en 1995 en Afrique du sud a été le préalable incontournable à la paix. Relative diront certains, mais au moins ils ont évité là-bas le bain de sang et probablement la déchéance.
Certains, toujours sceptiques, diront : "cette réconciliation est-elle encore possible ? N’a-t-on pas atteint un point de non retour ?" Peut être. La vie le dira. Mais la vie nous apprend aussi que, hormis la mort, il n’y a pas de point de non retour… encore que certains croient qu’il y a encore une vie après ! Et, jusqu’à nouvel ordre, il vit encore – i bouge encore – le parti !
A ce stade cependant, deux choses méritent d’être précisées :
- la première, c’est que s’il n’y a pas réconciliation, chacun fera sa propre "reconstruction" - ou "construction" - dans son coin et le résultat ne sera à la hauteur ni du Parti, ni de la Réunion. Alors, vient à l’esprit cette expression bien réunionnaise mettant en scène une poule et fourmi grand-galop.
- La deuxième, de loin la plus importante, c’est que les conséquences d’une réconciliation ne peuvent se limiter au seule espace de la structure du parti mais va bien au-delà, car, qu’on le veuille ou non, après plus d’un demi siècle de vie, le PCR est devenu le patrimoine de tous. Des militants, bien sûr, ceux d’hier et d’aujourd’hui, sans exception, mais, au-delà, de la Réunion elle-même. Dès lors, nul ne peut à lui seul s’en estimer l’unique propriétaire. Le parti est notre propriété collective à nous, Réunionnais, ou plus exactement, nous lui appartenons.
N’oublions pas que si nous sommes "nous", c’est que c’est "Nous", et non pas un conglomérat de "moi, je…" Ce qui ne s’oppose nullement à la différence et encore moins au droit et à la liberté d’expression. Bien au contraire.
Alors, les événements que nous traversons – et que traversent avec nous nombre de Réunionnais et de Réunionnaises de tous bords – peuvent être une chance. Tant il est vrai que l’on ne peut sortir que grandi de l’adversité. A condition cependant de l’affronter avec détermination et courage. Pour peu, bien évidemment et aussi, de tirer véritablement les leçons de ce qui s’est passé et de corriger le tir.
Tel est l’enjeu pour un nouveau départ.
C’est cela que, humblement, je demande à mes camarades.
Georges-Marie Lépinay
([email protected])
PS – Ces lignes ont été rédigées bien avant la dernière séance plénière du Conseil général qui atteste, si, besoin était, de la nécessité d’une réconciliation. Avant que… poule, etc…


