Procès du Sidelec : l'avenir politique de Maurice Gironcel suspendu à un fil

L'avenir politique de Maurice Gironcel se pose clairement à l'issue du procès des marchés truqués du Sidelec qui s'est achevé hier soir par les plaidoiries de ses avocats. Car si les juges du tribunal judiciaire de Paris venaient à suivre à la lettre les réquisitions du PNF, réclamant à son encontre cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, le maire de Sainte-Suzanne, également président de la Cinor et du Sidelec, serait contraint de rendre son tablier dans un délai très court.
Lundi soir, les réquisitions du parquet national financier sont tombées comme un couperet sur la tête de Maurice Gironcel, suspecté d'entente, de favoritisme et de corruption passive dans l'affaire des marchés truqués du Sidelec. La gravité des faits, examinés depuis le mercredi 21 mai par le tribunal judiciaire de Paris, étaient passibles au maximum de dix ans de prison et de un million d'euros d'amende en ce qui concerne le président du Sidelec.
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Le PNF a finalement réclamé cinq ans de prison ferme, autant d'années d'inéligibilité avec exécution provisoire à l'encontre de Maurice Gironcel mais aussi 60.000 euros d'amende et la confiscation de 30.000 euros au cours de l'enquête. Pour justifier le quantum des peines requises, le représentant du ministère public a indiqué que le patron du syndicat, auquel adhèrent les 24 communes de l'île pour leurs travaux d'électrification, se trouvait “au sommet de la pyramide”. C'est-à-dire de la chaîne de responsabilité qui a débouché sur le pacte de corruption présumé liant le Sidelec à une grappe de sociétés spécialisées ayant répondu aux appels d'offres des années 2021-2022.
Mais le rôle prépondérant de Maurice Gironcel au sein du syndicat, dont il préside aux destinées depuis 2014, n'est pas le seul élément mis en avant par le magistrat du PNF pour justifier des peines demandées. Celui-ci a également tenu compte du lourd passé judiciaire de Maurice Gironcel en la matière. Un CV éloquent qui porte mention de trois condamnations pour détournement de biens publics, dont la dernière date du 23 août 2015. Ce qui a permis à la poursuite de retenir la circonstance aggravante de la récidive.
Au delà, le PNF a rappelé que l'édile avait de l'appétence pour le clientélisme et un propension à se défausser sur ses collaborateurs. Dans le dossier du Sidelec, le fusible tout désigné est son bras droit Yves Gigan, ex-filtré de la mairie du Port à l'issue des municipales de 2014 quand le PLR Olivier Hoarau a ravi la mairie au PCR. Yves Gigan, militant communiste de longue date devenu DGS au sein du Sidelec, est un fidèle parmi les fidèles de Maurice Gironcel à qui il doit beaucoup. C'est sans doute pour cela que le magistrat du PNF a souligné que ce “sans gêne droit dans ses bottes” était “le paratonnerre de M. Gironcel”. Celui encore qui “confond loyauté professionnelle et celle de délinquance pour M. Gironcel”.
Quelles conséquences suite à une possible condamnation ?
Mais la grande question que beaucoup se posent est de savoir ce que risque Maurice Gironcel au plan politique à l'issue du délibéré que les juges du tribunal judiciaire de Paris ont prévu de rendre le 25 septembre prochain. Premier cas de figure, le plus favorable pour Maurice Gironcel. Le tribunal décide de prononcer une relaxe en sa faveur. Le parquet pourrait alors faire appel de la décision et il serait rejugé. Dans ce cas, il conserve bien évidemment ses mandats en attendant un nouveau procès.
Deuxième cas de figure : Maurice Gironcel est condamné à une peine d'inéligibilité simple. Là encore, il reste maire de Sainte-Suzanne et conserve ses prérogatives de président du Sidelec et de la Cinor pour peu qu'il fasse appel de la décision. Ce qui ne manquerait pas de se produire.
Troisième cas de figure : le tribunal prononce une peine d'inéligibilité de plus ou moins cinq ans à son encontre avec exécution provisoire. Maurice Gironcel pourrait toujours faire appel de sa condamnation mais il serait alors tenu de rendre très rapidement son écharpe de maire et d'abandonner ses autres casquettes. A 76 ans, son avenir politique serait alors sérieusement hypothéqué puisqu'il serait dans l'impossibilité de se présenter aux municipales de 2026.
Mais le plus grand risque à titre personnel, pour celui qui a été maire de Sainte-Suzanne pendant 36 ans, reste les cinq ans de prison ferme placés au dessus de sa tête comme une épée de Damoclès par le PNF.


