Octobre Rose à La Réunion : renforcer le dépistage du cancer du sein pour sauver des vies

Derrière les statistiques, ce sont des vies de femmes bouleversées chaque jour par le cancer du sein. À La Réunion, où la participation au dépistage reste insuffisante, l’ARS et l’Assurance Maladie profitent d’Octobre Rose pour rappeler un message essentiel : se faire dépister, c’est augmenter ses chances de guérison.
À l’occasion du lancement d’Octobre Rose, l’Agence Régionale de Santé (ARS) La Réunion et l’Assurance Maladie, en présence de leurs partenaires (CapOnco Réunion, Asestis et Run Odysséa), ont organisé, ce lundi 6 septembre, une conférence de presse consacrée au dépistage du cancer du sein. Objectif : rappeler l’importance de ce geste simple mais vital et présenter les moyens mis en place sur l’île pour renforcer la prévention et l’accès aux soins.
Le cancer du sein demeure en effet le cancer le plus fréquent chez les femmes réunionnaises. Selon le registre des cancers, 421 femmes ont été diagnostiquées en 2021. Entre 2022 et 2024, l’Assurance Maladie a enregistré en moyenne 519 nouvelles entrées chaque année en affection de longue durée (ALD) pour ce motif. Avec le vieillissement de la population, le nombre de nouveaux cas est appelé à progresser dans les prochaines années.
Une participation encore trop faible au dépistage
Alors que le dépistage organisé constitue aujourd’hui l’arme la plus efficace contre cette maladie, la participation reste insuffisante à La Réunion. Le test est proposé tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans, sans avance de frais, avec une double lecture systématique des mammographies. Détecté précocement, un cancer du sein guérit dans 9 cas sur 10. Pourtant, seules 44 % des femmes éligibles participent au dépistage sur l’île, loin de l’objectif national fixé à 70 %. Cette faible participation se traduit directement dans les statistiques : la survie à 5 ans après un diagnostic atteint 81 % à La Réunion, contre 88 % en métropole.
"Nous incitons chaque femme éligible entre 50 et 74 ans à aller se faire dépister. L’invitation, c’est vraiment de prendre sa santé en main", a insisté le docteur Inès Loubo De Sousa, directrice de l’animation territoriale et parcours de santé à l’ARS.
Une maladie qui reste la première cause de décès par cancer chez la femme
Le cancer du sein est une maladie complexe et multifactorielle. Dans 95 % des cas, il s’agit d’adénocarcinomes qui se développent à partir des cellules des canaux ou des lobules de la glande mammaire. Certains cancers évoluent lentement, d’autres au contraire sont particulièrement agressifs. Le sexe féminin, l’âge ou encore les antécédents familiaux représentent des facteurs de risque non modifiables, tandis que d’autres, comme l’alcool, le tabac, le surpoids ou la sédentarité, peuvent être évités.
Aujourd’hui, 1 femme sur 8 sera concernée au cours de sa vie par cette maladie. À La Réunion, 1.700 femmes sont actuellement en soins actifs et près de 2.900 sont suivies en surveillance. Chaque année, environ 84 décès sont liés à un cancer du sein. Ces chiffres traduisent une réalité préoccupante : le cancer du sein reste la première cause de décès par cancer chez la femme sur l’île.
Prévenir en amont et détecter tôt
La lutte contre le cancer du sein repose sur deux piliers. D’un côté, la prévention primaire, qui consiste à agir sur les comportements à risque. À La Réunion, cette stratégie s’appuie sur le Programme Réunionnais Nutrition, Diabète et Obésité, qui promeut une alimentation équilibrée, l’activité physique régulière et la réduction de la consommation d’alcool et de tabac. De l’autre, la prévention secondaire, c’est-à-dire le dépistage, qui reste le meilleur moyen de détecter la maladie à un stade précoce, lorsque les chances de guérison sont les plus élevées.
Deux dispositifs complémentaires coexistent. Le dépistage individuel, adapté aux femmes à risque élevé, est prescrit par un médecin traitant ou un gynécologue et fait l’objet d’un suivi personnalisé. Le dépistage organisé, destiné aux femmes de 50 à 74 ans sans risque particulier, repose sur un protocole national rigoureux. La combinaison de ces deux approches vise un même objectif : réduire la mortalité et améliorer la qualité de vie des patientes.
Une offre de dépistage et de soins en développement
Aujourd’hui, 13 cabinets de radiologie agréés participent au programme de dépistage organisé à La Réunion, dont 11 proposent la prise de rendez-vous en ligne. Le délai moyen pour obtenir une mammographie est de 22 jours, avec des variations selon les zones. Mais de nouveaux projets viendront prochainement renforcer cette offre.
Le Centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR) prévoit dès 2026 l’acquisition d’un mammographe numérique de dernière génération, afin de réduire les délais dans l’Ouest. Au CHU Sud, une offre spécifique sera déployée pour le dépistage individuel dans le cadre de la prévention personnalisée, ainsi qu’un service de diagnostic rapide pour les femmes adressées par leur médecin. Parallèlement, l’ARS étudie la possibilité de mettre en place un dispositif mobile de dépistage, afin d’aller au-devant des femmes vivant dans les zones les plus éloignées.
"On souhaite vraiment lever l’ensemble des freins, y compris les craintes liées au dépistage. Les patientes doivent savoir qu’un suivi et une prise en charge adaptés sont assurés en cas de résultat positif", a ajouté le Dr Inès Loubo De Sousa.
Que se passe-t-il après un dépistage positif ?
Une mammographie peut parfois révéler une image dite "anormale". Cela ne signifie pas toujours qu’il s’agit d’un cancer. Des examens complémentaires – échographie, biopsie – sont alors prescrits pour établir un diagnostic précis.
En 2020, 7,3 % des mammographies réalisées à La Réunion ont révélé une anomalie, un taux très proche de celui de l’Hexagone (7,6 %). Après les examens complémentaires, 9,1 % de ces femmes ont finalement reçu un diagnostic confirmé de cancer du sein.
Ces patientes entrent alors dans un parcours de soins coordonné, pris en charge par les établissements de santé autorisés par l’ARS et suivi par CapOnco Réunion en lien avec les médecins traitants.
Un défi collectif pour Octobre Rose
Le succès de la lutte contre le cancer du sein repose sur une mobilisation large et collective. Pour cette nouvelle édition d’Octobre Rose, plusieurs actions sont prévues : des chroniques en créole réunionnais, une émission spéciale "Vital" diffusée le 11 octobre, ainsi que des campagnes locales portées par l’ARS, la CGSS, CapOnco Réunion, les associations comme Asetis ou Run Odysséa, et plusieurs communes partenaires.
Cette dynamique vise à réduire les inégalités territoriales et à sensibiliser toutes les femmes. Car derrière les statistiques, l’enjeu reste avant tout humain : permettre à chaque femme, où qu’elle vive et quel que soit son parcours, d’accéder à un dépistage et à un traitement adaptés, avec l’espoir de sauver davantage de vies.


