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Morts seuls, vieux, abandonnés…

Ecrit par zinfos974 – le dimanche 30 août 2015 à 09H37

Leur fallait-il être à ce point seuls qu’ils n’aient ainsi plus donné de nouvelles pendant un mois sans que personne ne s’en inquiétât !
Ces deux vieillards de la Plaine-des-Palmistes ont quitté cette vallée de larmes, sans doute usés eux-mêmes d’en avoir trop versé…

Cette lamentable histoire m’a remué au plus profond de moi-même. Ce n’est qu’au bout d’un mois, un très long mois durant lequel leur maisonnette resta fermée, et incommodés par l’odeur des corps en décomposition, que les voisins ont enfin consenti à alerter les autorités. Le constat a été consternant.

Le vieillard est parti le premier, un mois plus tôt. Désespérée, n’appelant personne à l’aide parce que n’ayant personne à appeler, sa vieille compagne s’est allongée sur son lit et s’est laissée mourir aux côtés de son autre elle-même.

Si cela m’a tant touché, c’est parce que j’ai connu une tragédie similaire, en octobre 1986, à l’hôpital de Saint-Pierre, où je relevais péniblement d’une opération anti-péritonite aigüe qui avait failli me laisser sur le carreau. "Akoz la pa crévé, l’macro !" diront certains. Je les em…, cela va de soi.

"Na point personne po donne à moi in peu de l’eau, siouplaît ?" Cette demande poignante a longtemps résonné dans les couloirs de l’hosto… Sans intéresser qui que ce fût. J’ai fini par me lever et, vaille que vaille, ai pu me traîner jusqu’à une chambre où un vieillard avait soif.

Il portait, en-dessous du genou, la trace en pointillés de l’amputation qui lui enlèverait sa jambe, le lendemain.

Il était pensionnaire au foyer Albert-Barbot et son diabète lui avait refilé la gangrène. Il me raconta qu’il avait des enfants à Saint-Denis, mariés, travaillant, bien installés… qui venaient le voir une fois tous les deux mois.

Malgré le dévouement des chirurgiens tentant de lutter contre l’inéluctable, si l’opération s’est bien passée, mon vieil ami n’a pas survécu. Il est mort… seul.

Fut un temps joyeux mais révolu où un enfant n’aurait jamais laissé ses vieux parents seuls.

Jules Bénard

 

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