Mes voeux de 2013, pour la Réunion

Mes voeux pour La Réunion, en 2013, seront ceux de 2012, parce que les choses n’ont pas beaucoup évolué. « L’exercice, dans la pratique, des libertés et des responsabilités reconnues aux collectivités locales depuis la décentralisation » ne s’est pas amélioré. Le corps électoral souverain reste la clientèle de la classe politique ; et les politiques ne sont pas davantage que l’an dernier, des serviteurs. Les mentalités sont toujours « coloniales » et « jacobines ».
Des vœux, pour un pays, ce sont des projets, l’amélioration d’un parcours à poursuivre, des voies nouvelles à ouvrir.
S’agissant de La Réunion, l’amélioration du parcours à poursuivre concerne l’exercice, dans la pratique, des libertés et des responsabilités reconnues aux collectivités locales depuis la décentralisation.
Si les institutions de la République ne sont plus « coloniales » et « jacobines », les mentalités n’ont pas suivi. Pour beaucoup d’entre nous, c’est encore Paris et « la Métropole » qui commandent, assurent notre subsistance et règlent nos problèmes
Nous n’avons pas de projet de développement : c’est Paris et l’Europe qui doivent nous en dicter un. Les relations partenariales et contractuelles qui découlent de la décentralisation n’existent pas encore dans la réalité. Nous restons dans la posture de demandeurs, de quémandeurs, de dépendants. Nous ne proposons pas, nous ne dialoguons pas, nous ne négocions pas ; nous demandons, nous revendiquons, nous protestons.
Dans les sphères officielles nous n’avons ni réflexion, ni projet à partir d’un regard réunionnais. Il ne peut donc pas exister de dialogue, puisque nous ne sommes pas nous-mêmes.
Alors que les institutions de la République et européennes reconnaissent notre identité, notre liberté, notre responsabilité, reconnaissent la diversité des peuples qui constituent la Nation et la République ; alors qu’elles ont conféré un caractère partenarial aux relations entre les pouvoirs locaux et régionaux, et les pouvoirs centraux, nous sommes encore dans la dépendance, l’uniformité et le centralisme coloniaux et jacobins.
Tout se passe, comme avant : comme si notre qualité de Français était liée à l’assimilation culturelle, à la situation géographique et au mode de vie de La France. Ce qui entraîne en toute logique les conclusions suivantes qui inspirent toute la politique locale : « nous ne pouvons pas être Réunionnais puisque que nous sommes Français » ; « il faut supprimer la distance entre la France et La Réunion, puisque La Réunion c’est la France ; « notre mode de vie doit être le même qu’en France (qu’en « Métropole »). »
Non, notre qualité de Français découle de notre adhésion à la République Française, à ses lois, à ses institutions ; adhésion qui découle elle-même de notre volonté d’appartenir à la Nation française, avec ses valeurs, ses droits et ses devoirs, ses solidarités réciproques. Cette adhésion et cette appartenance voulues par nous, ne nous empêchent pas d’être Réunionnais, ne déplacent pas notre île en Europe et ne nous obligent pas à vivre ici comme en France.
Aujourd’hui, la réalité coloniale et jacobine de la France d’hier est encore en nous ; la décolonisation est à opérer dans nos mentalités et chez nous. « La Réunion de la varangue » doit devenir « La Réunion de l’Agora »1. Elle le peut, elle en a le droit, elle en a le devoir.
Pour un développement réunionnais authentique, deux voies nouvelles sont à explorer : remettre l’électeur à sa place, dans ses fonctions de souverain ; et formaliser politiquement la communauté indianocéanienne.
Le frein principal à la décolonisation intérieure et au développement, c’est la mentalité actuelle de notre classe politique. Elle se défausse de toutes ses responsabilités sur l’Etat. Elle recherche sa légitimité dans l’investiture des états-majors ou des dirigeants nationaux parisiens. De cette façon, les élus n’ont plus de compte à rendre aux électeurs, puisqu’ils ne leur doivent pas leur légitimité, puisque les responsables sont à Paris. L’électeur n’est plus le souverain des élus, mais leur client. Tous les ingrédients sont réunis pour que les libertés, les responsabilités, les pouvoirs institutionnellement reconnus aux Réunionnais dans la conduite de leurs affaires, soient annulés.
Il faut aussi que les électeurs réunionnais souverains, comme tous les autres Français, dans les affaires de la Nation, soient davantage encore souverains dans les affaires réunionnaises. Pour cela, ils doivent se faire entendre dans les lieux officiels du pouvoir, et faire librement leur choix dans l’isoloir les jours d’élection.
C’est de cette façon que nos politiciens comprendront que la source de leur légitimité, dans les affaires de niveau national et de niveau local, n’est pas l’investiture de Paris, mais le choix des électeurs réunionnais ; que « La Réunion de la varangue » pourra occuper les « agoras » de la République, et fixer ses orientations à ceux qui sont sensés la servir, les politiques ; que La Réunion sera véritablement partenaire dans le concert des peuples qui font la République française, l’Union Européenne, l’Indianocéanie et dans le concert des peuples du monde avec lesquels elle aura affaire ; que La Réunion française, ne sera plus une colonie, une dépendance, une possession de la France, mais une Région française libre et responsable comme toutes les autres Régions françaises de la République.
Cela n’est pas du populisme, parce que les bons candidats à la politique, en bons et loyaux serviteurs, devront expliquer, informer, et mettre en garde leur souverain. Le peuple sait faire la distinction entre l’homme politique sérieux et le démagogue.
On a bien compris que l’espace géographique naturel dans lequel se trouve La Réunion française et européenne, n’est ni la France, ni l’Europe.
Nous nous trouvons, géographiquement, historiquement et culturellement, dans un espace précis qui comprend l’archipel des Comores, Madagascar, l’archipel des Mascareignes (Maurice, Réunion, Rodrigues) et l’archipel des Seychelles, « les îles du sud ouest de l’Océan indien ». Cet espace, nous devons lui donner un nom parce qu’il forme un ensemble vivant : c’est l’Indianocéanie.
L’Indianocéanie, n’est pas l’Océan Indien. Celui-ci est une espace plus large, il représente « le deuxième cercle » de la coopération régionale. L’Indianocéanie, ce sont les pays que je viens de citer. Il est, pour nous, « le premier cercle » de la coopération régionale.
La coopération régionale entre les pays de l’Indianocéanie, devra être différente des autres. Il s’agit d’une « coopération communautaire ». Les pays de l’Indianocéanie constituent en effet, une communauté de peuples que la géographie, l’Histoire, la culture partagée et le métissage, ont fait des peuples cousins. Ce partage culturel, ce métissage indinaocéanien ne se retrouvent pas au-delà de ces pays : ni aux Maldives, ni sur les côtes orientales et australes de l’Afrique, encore moins en Australie, en Inde ou dans les autres pays asiatiques.
Cette communauté vit. Les peuples circulent entre les îles, les familles sont dans toutes les îles, les échanges se font. Seule la politique n’a pas consacré, formalisé, officialisé cette réalité qui s’impose dès que l’on ouvre les yeux. Seule la politique dresse encore des barrières, creuse des fossés. Seule la politique empêche que cet espace devienne un espace économique communautaire qui permettrait à tous les pays et à tous les peuples indianocéaniens de mettre leurs richesses et leurs pauvretés respectives dans un pot commun pour un développement partagé, et pour faire face ensemble, à la mondialisation.
La communauté respecterait bien entendu les identités, les choix institutionnels, particuliers de chaque île. Ce qui a été possible en Europe, au sein de la République Française, ne le serait-il pas en Indianocéanie ? Ce sont les politiques qui ont peur, peur de cette réalité pourtant présente et prégnante dans la vie de nos peuples ; ce sont les hommes politiques qui entretiennent cette peur chez les peuples.
La construction politique de la communauté indianocanienne suppose, en premier lieu, par conséquent, un changement des mentalités dans la classe politique, ou un changement des hommes si la situation actuelle devait perdurer ; suppose une réforme de l’outil de cette construction, la Commission de l’Océan Indien ; suppose l’imagination, au sein de l’institution communautaire, d’un plan à concevoir et à définir ensemble, par les Comoriens, les Malgaches, les Mauriciens, les Réunionnais et les Seychellois. Un vaste chantier pour le savoir faire, la liberté, la responsabilité des Indianocéaniens. La volonté d’aboutir dans un monde différent, viendra à bout des objections du monde actuel qui n’est pas fait pour cela.
Pratiquer la décolonisation en nous-mêmes ; redonner leur place aux électeurs souverains ; formaliser politiquement la communauté indianocéanienne, tels sont les vœux que je formule encore pour La Réunion, notre pays, en 2013.


