Médico-social à La Réunion : face à un secteur "oublié", l'intersyndicale n'écarte pas l'idée d'une mobilisation

À l’occasion de la journée nationale consacrée aux salaires et aux conditions de travail dans le secteur social et médico-social, l’intersyndicale santé CGTR-CFDT-CFTC tire la sonnette d’alarme ce mardi 10 mars à La Réunion. Les organisations syndicales dénoncent une situation de plus en plus préoccupante pour les professionnels du secteur : salaires jugés insuffisants, manque de moyens, conditions de travail difficiles et perte d’attractivité des métiers.
Un secteur médico-social sous tension
Pour Expédit Lock-Fat, secrétaire général de la CFDT Réunion, la création d’une intersyndicale répond à la nécessité de défendre un secteur souvent peu visible dans les politiques de santé. Selon lui, l’attention publique se concentre principalement sur l’hôpital et la médecine, alors qu’un large réseau d’associations et de structures accompagne au quotidien les personnes âgées, les personnes en situation de handicap ou encore les publics en grande précarité.
"On a parfois l’impression que la population est soignée uniquement par les médecins et les hôpitaux. Mais il existe tout un réseau d’accompagnement autour, notamment dans le médico-social", souligne le responsable syndical.
Les organisations syndicales estiment que les professionnels de ce secteur accusent aujourd’hui un retard important en matière de rémunération, de moyens et de reconnaissance. Elles pointent également les résultats jugés décevants des dernières conférences salariales nationales, qui n’auraient apporté aucune avancée concrète. Les syndicats rappellent également les spécificités locales, notamment le coût de la vie dans l’île. Ils demandent que les dispositifs existants prenant en compte la vie chère soient maintenus dans les négociations nationales.
Les représentants syndicaux craignent en effet que certaines dispositions spécifiques à La Réunion soient oubliées dans les discussions visant à harmoniser les conventions collectives au niveau national.
Des salariés parfois proches du SMIC
Brigitte Chane-Hime, représentante CFDT à l’Agence régionale de santé (ARS), estime de son côté que le médico-social reste insuffisamment soutenu. Elle souligne que certains professionnels relevant de la Convention collective 51, qui encadre les établissements privés non lucratifs du secteur sanitaire et social, perçoivent des rémunérations atteignant difficilement le salaire minimum. "Il est incroyable de savoir qu'il y a quand même des personnes qui gagnent même pas le SMIC alors qu'elles sont sur la convention nationale 51. Ce sont les oubliés du Ségur de la Santé", dénonce-t-elle. Selon les syndicats, cette situation contribue à fragiliser l’attractivité des métiers et complique le recrutement dans de nombreux établissements.
Pour Didier Paliod, délégué syndical CFTC à l’ADAPEI de La Réunion, l’instabilité des financements constitue également un problème majeur. Il évoque notamment les dispositifs issus des Conseils nationaux de la refondation santé (CNR), souvent basés sur des financements temporaires. Selon lui, cette incertitude fragilise les structures et les équipes, tout en rendant plus difficile la mise en place d’accompagnements durables pour les personnes en difficulté. Les syndicats réclament ainsi une amélioration globale des conditions de travail et une revalorisation salariale permettant de rendre ces métiers plus attractifs.
Une pénibilité et un turnover en hausse à La Réunion
De son côté, Gabriel Mélade, secrétaire général de la CGTR Santé et Actions sociales, rappelle que les secteurs du sanitaire, du social et du médico-social figurent parmi ceux où les accidents du travail et les maladies professionnelles sont les plus fréquents. Selon lui, la fatigue des salariés et le manque de personnel entraînent un turnover important dans de nombreux établissements. "Il faut mettre un réel plan de formation en place sur plusieurs années pour pouvoir ramener l'attractivité. Mais quand on voit certaines annonces de France Travail, ça m'interroge énormément : qu'est-ce qui est fait pour travailler cette attractivité-là ? Aujourd'hui, sur le plan politique, on entend plusieurs candidats aux municipales qui prévoient d'ouvrir un certain nombre d'établissements dans le social et du médico-social. Mais qu'en est-il ? Qu'en est-il d'un réel plan de formation ? Est-ce qu'on a suffisamment de salariés formés pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions ?", s'interroge le représentant CGTR.
Les organisations syndicales dénoncent également un manque de dialogue social avec certains représentants d’employeurs au niveau local. "Quand on voit une déléguée régionale FEHAP où dans sa structure même il y a un taux de turnover important ou même qu'aucune prime n'est accordée aux salariés, ça veut dire quoi ? D'ailleurs, notre organisation syndicale avait écrit un courrier qui est resté lettre morte de la part de la FEHAP", dénonce Gabriel Mélade.
Une mobilisation possible
Pour l’heure, aucune manifestation n’est annoncée à La Réunion. L’intersyndicale indique toutefois rester vigilante et poursuivre les échanges avec les institutions, notamment l’ARS et les organisations d’employeurs.
Mais les syndicats préviennent que l’absence de réponses concrètes pourrait conduire à une mobilisation des salariés du secteur dans les semaines à venir. Un mouvement social qui pourrait aller "sur la durée", prévient Gabriel Mélade.


