Madagascar : la jeunesse dans la rue pour dénoncer les coupures d’eau et d’électricité

À Antananarivo, des milliers de personnes se sont mobilisées ce jeudi contre les coupures récurrentes d’eau et d’électricité, mais aussi contre la corruption et l’insécurité. Le rassemblement, interdit par les autorités, a été violemment dispersé par les forces de l’ordre. Plusieurs blessés et des dizaines d’arrestations ont été recensés. Face à la dégradation de la situation dans la nuit, le préfet d’Analamanga a annoncé l’instauration d’un couvre-feu dans la capitale, de 19 h à 5 h du matin, jusqu’à nouvel ordre.
Dès l’aube, la capitale a été quadrillée par un important dispositif de sécurité. Chaque rue menant à la place d’Ambohijatovo, lieu prévu du rassemblement, était bloquée par des cordons policiers et militaires. Par petits groupes, les manifestants tentaient de contourner les barrages. Sur leurs pancartes, on pouvait lire : « Laissez-nous faire entendre nos droits », « Stop à une vie faite de bidons jaunes et de noirceur » ou encore « Nous ne voulons pas de troubles, nous voulons juste nos droits ».
Certains brandissaient des drapeaux malgaches et des drapeaux noirs frappés du logo du manga One Piece, devenu symbole des contestations anti-régime, adapté cette fois avec un chapeau malgache.
Une répression immédiate
Peu avant 11h, les forces de l’ordre ont tiré des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Des unités du GSIS, cagoulées et circulant en 4x4 blancs, ont chargé les manifestants. « On était pacifiques et on nous tire dessus », témoigne une étudiante, pancarte à la main. « Il faut que le monde sache ce qu’ils nous font. »
Une femme de 60 ans, qui n’avait pas manifesté depuis 2009, dit avoir décidé de redescendre dans la rue « parce que c’est devenu insupportable », dénonçant « l’arbitraire, la corruption et le manque de transparence des dirigeants ».
Escalade de violences
En fin de journée, la tension est montée d’un cran. Des barrages ont été dressés dans plusieurs quartiers, avec des pneus enflammés et des bennes à ordures renversées. Des magasins d’alimentation et d’électroménager ont été pillés, tandis que plusieurs stations du nouveau téléphérique ont été incendiées.
Au moins deux domiciles de personnalités politiques proches du pouvoir ont été visés. La maison de la sénatrice Lalatiana Rakotondrazafy, figure pro-Rajoelina et ancienne ministre, a été incendiée. Ces derniers jours, son adresse et celles d’autres responsables avaient circulé massivement sur les réseaux sociaux.
Un contexte social explosif
Selon l’AFP, trois manifestants ont été arrêtés dans la matinée. RFI fait état d’une dizaine de blessés. Dans les rues, les tirs de grenades lacrymogènes résonnaient encore dans l’après-midi.
Cette mobilisation, la plus importante depuis la présidentielle de 2023, s’inscrit dans un contexte de forte précarité : près de 75 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2022, selon la Banque mondiale. Malgré des ressources naturelles abondantes, Madagascar reste l’un des pays les plus pauvres du monde.


