Ligue de football : "Démocratie, je chéris ton nom"

Décidément les élections de la LRF font couler beaucoup d’encre.
Ce matin, les deux journaux locaux font écho "d’une erreur monumentale" dans le décompte des voix. Chose qui peut arriver, mais quand on se prévaut que la commission électorale se compose "d’officiers ministériels", avocats et huissiers et qu’il aura fallu attendre tout de même le 09 octobre pour rectifier le tir, et que le site de la ligue ne porte cette information auprès de ses licenciés que le 14 octobre, cette situation ne peut laisser personne indifférent tant sur la forme que sur le fond.
Lors de l’Assemblée Générale Élective de la Ligue Réunionnaise de Football du 04 octobre dernier, pour la première fois une infime parie de licenciés a eu l’honneur de voir de "visu" les deux vrais patrons du football réunionnais, ceux nommés par justice pour onze mois plus tôt pour diriger notre discipline. Il est vrai que parmi vos missions rien ne stipulait l’obligation de vous présenter aux acteurs du football. Mais quand même, vous étiez les représentants à la fois du Président et du Comité de Directeur pendant ces onze mois. La représentante locale était déjà apparue physiquement avant le lancement des Jeux des Iles avec les deux sélections. Dans la presse, l’un d’entre vous défendait ce choix : "Nous comprenons les clubs, mais ce n’est pas notre job. Nous faisons de la gestion de comptes, pas de la communication…" Tout est dit !
Messieurs, même si ce n’est pas votre job de communiquer, il est important de vous préciser que le football, vu le contexte économique et social, est l’affaire de clubs en premier, mais aussi des diverses composantes qui l’entourent : les collectivités, les municipalités, les sponsors, les spectateurs… Le plus important, c’était vos présences ce jour là. Comme on dit "vaut mieux tard que jamais".
Cette élection longuement attendue et placée sous le signe, oh ! Combien symbolique de la démocratie, est à ce jour, à controverse. Ces élections, en toute apparence banale, étaient sans enjeu majeur avec la présence d’une seule liste en course. L’issue était connue. Restait aux postulants l’opportunité de mesurer le pourcentage des clubs adhérant ou non aux changements de gouvernance. Ce qui laisse perplexe, c’est déroulement de ce scrutin.
Après un rapide coup d’œil sur le site de la Ligue, et l’ordre du jour diffusé aux clubs, le constat est, que ce sont les mêmes procédures de 2012 qui sont utilisées dans :
- l’organisation du scrutin,
- le dépouillement,
- le nombre et la composition des listes d’émargement,
- l’utilisation de matériel de vote,
- la répartition des voix qui reste sensiblement la même qu’en 2012.
Il est surprenant, d'autant que les élections 2012 ont été fort justement invalidées sur les mêmes critiques. Même la liste qualifiée s’était émue et avait émis des réserves dans la presse, à juste titre.
Même si ce mode de scrutin respecte scrupuleusement celui institué par la FFF à l’ensemble de ses organismes Régionaux et Départementaux, le nombre de voix au prorata du nombre de licenciés, son application, ici à la Réunion, reste compliquée. La configuration des clubs fait qu’il existera toujours un manque de confidentialité.
Pour parer à cette configuration, vous avez décidé que le scrutin se ferait à huis clos. Comme gage du secret garanti, vous prônez la présence d’avocats et d’huissiers qui composent la commission électorale. Si effectivement cette corporation pouvait rassurer, apporter de la solennité ou de la crédibilité, n’empêche que dans les Règlements Généraux de la FFF, aucun article ne fait mention de l’usage d’un huis clos.
La mission d’une Commission Électorale, qu’importe sa composition, est de veiller au respect de la confidentialité mais non d’y être. Après des recherches (merci internet), aucun exemple de ce type d’élection n’est référencé auprès des instances fédérales. Il est intéressant de faire un parallèle du mode de vote à huis clos utilisé avec un conclave : même filtrage, durée de délibération interminable,… il ne restait plus que la fumée blanche par la cheminée…
Lors du dépouillement, vu le mode de vote, et du nombre de voix affecté, il est impossible de ne pas savoir les noms des clubs. Surtout, si l’on se réfère aux attributions des huissiers, qui lors de la rédaction du procès-verbal doivent s’assurer du respect du nombre de voix affecté à chaque club. La garantie de l’inviolabilité du secret au sens du code électoral était-il assuré ?
Se pose alors la définition d’un "secret de vote" : "le vote à bulletin secret est une méthode de vote dans laquelle le choix du votant à une élection ou à un référendum est anonyme, tant au moment du vote, qu'après celui-ci" ; Alors on peut s’interroger. Pourquoi le vote électronique n’a-t-il pas été utilisé, comme prôné en début d’année? Le coût est paraît-il excessif. Et pourtant, au sein de la Fédération, plusieurs ligues et districts utilisent ce mode d’expression lors de votes depuis des années. Sommes-nous si différents ? Avec, l’expérimentation de ce nouvel outil nous aurions pu apprécier l’impact psychologique, dans le contexte si particulier et sensible. Ne serait-ce par acquis de conscience, puisque dans un an exactement, en novembre 2016, de nouvelles élections auront lieu avec certainement les mêmes règles. Qui garantira le secret de vote ? A qui fera-t-on appel cette fois-ci ? A des observateurs de l’O.N.U. ? Une façon de refiler la patate chaude…
C’était une occasion manquée de pérenniser un mode de vote plus conforme, plus transparent. Il est vrai que la Réunion est à 10000 km, et quelle n’est pas le centre du monde… Peut-être que d’ici là, ce qui s’est passé ici, fera jurisprudence auprès différentes disciplines sportives nationales.
Madame, Messieurs, à l’heure du bilan, après onze mois à la tête du Football Réunionnais, le bilan est mitigé. Le motif de satisfaction est que la saison 2015 s’est et se déroule sans gros encombres. L’impression principale est que les règles n’ont pas changé, afin d’éviter remake. C’est dommage : le goût d’un travail inachevé, et une fin de mission "en l’eau boudin"
Des Démocrates du sport.


