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Lettre ouverte à Nassimah Dindar

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 9 décembre 2015 à 14H46

Aret roule a nou ek out parc régional !

Un peu d’histoire… (parce que Madame Nassimah Dindar, votre mémoire est bien courte…)
Fin 2000, le Conseil Général comme le Conseil Régional ont voté à l’unanimité le projet de créer un parc national plutôt qu’un parc naturel régional. Dans une de ces assemblées, Madame Nassimah Dindar, vous avez aussi voté POUR un parc NATIONAL !

Pourquoi ce choix ? Parce qu’après une étude comparative de tous les outils possibles, c’est la formule la mieux adaptée à l’île de la Réunion qui a été retenue. Le parc national a en effet été reconnu pour être un outil sur mesure, qui permet de bien protéger la nature en la valorisant au service des hommes et du développement. Et depuis sa création, le bilan est plus que positif, mais malheureusement très peu connu. (Il est disponible sur le site du parc national, et une brochure est disponible dans certains lieux publics).

Quand on sait qu’en 2006, une Loi a été votée à l’unanimité pour permettre aux parcs nationaux français d’évoluer, de s’adapter encore mieux aux territoires concernés, de s’ouvrir officiellement à la culture et aux paysages, et d’être de vrais lieux de débat et de décision démocratiques, on ne comprend pas aujourd’hui votre revirement, Madame Nassimah Dindar.
Le parc national de la Réunion est un pionnier dans ce domaine avec celui de Guyane. Justement, c’est peut-être bien là que réside le problème…

Enjeux de pouvoir ou « pourquoi le parc national gêne-t-il certains élus ? »
Dans un parc national, le pouvoir politique appartient surtout au conseil d’administration. Il est vrai qu’à la Réunion, ce conseil d’administration est trop large, probablement parce qu’il a fallu faire plaisir à tout le monde, à tous ceux qui voulaient « avoir un siège ».  Mais dans la réalité, y a-t-il eu un jour tous les élus présents ou représentés à ces réunions ? Non, et en particulier Madame Nassimah Dindar, vous n’y avez pratiquement jamais mis les pieds si on  en croit les compte-rendus disponibles sur le site du parc.

En revanche, les représentants de la société civile, d’associations d’usagers et de protection de l’environnement, eux, sont assidus et participent.

Dans un parc naturel régional (PNR), c’est un syndicat mixte composé uniquement d’élus qui décide. Cela veut dire que seuls des élus des collectivités territoriales en seraient membres, donc juges et parties et que les autres administrateurs (Etat, chambres consulaires, associatifs, usagers, scientifiques,…) en seraient donc exclus !

Bien sûr, un PNR mettrait en place un conseil scientifique, mais ses membres seraient désignés par le Président ou la Présidente de la Région… De même pour un conseil consultatif équivalent du Conseil Economique, Social et Culturel du parc national.

Les agents seraient des agents recrutés par les élus locaux…  alors qu’au parc national, les règles normales de recrutement de la fonction publique s’appliquent.
 
Dans  un parc régional, la charte s’impose aux documents d’urbanisme des communes !
Alors que Madame Nassimah Dindar, vous voulez un parc régional pour rendre les Réunionnais plus libres, savez-vous que la Charte d’un PNR est plus contraignante que celle d’un parc national ? Vous l’ignorez ou vous le cachez ? Dans les deux cas, il est grave de manipuler les gens avec des idées fausses ou tronquées !

En effet, outre-mer, le degré de contrainte est décidé par le conseil d’administration du parc national, et à la Réunion, celui-ci a voté une charte qui n’impose rien aux Communes, celles-ci étant libres d’adhérer ou non à des projets construits en partenariat avec le parc. Aucune règle ne peut être imposée par le parc national en aire d’adhésion ! Et dans le cœur du parc, la charte du parc national de la Réunion a ouvert plutôt trop de dérogations que pas assez, mais c’était bien le cadre voulu par les élus ! Si le Parc était si mauvais, croyez-vous que 17 maires ont été trop bêtes pour se laisser enfermer en faisant délibérer leur conseil municipal pour adhérer à la charte ?
Dans un parc régional, tout serait « arrangé » localement et on pourrait fermer les yeux, mais en théorie, la réglementation serait plus stricte en zone rurale…

Dans un parc régional, toutes les interventions seraient maîtrisées par la Région…
Madame Nassimah Dindar, vous vous dîtes déjà propriétaire du domaine départementalo-domanial, et ne pas pouvoir y agir à votre guise vous gêne. Vous souhaitez d’ailleurs faire disparaître l’Office National des Forêts dans sa formule actuelle en attaquant le régime forestier en vigueur. Il est vrai qu’il peut être observé que depuis quelques temps, cet établissement national public ne fait plus exactement ce que vous voulez… C’est peut-être à cause du parc national ? Parce que depuis la création du parc, les lois et règlements sont enfin un peu mieux appliqués, et que le laisser-faire (qui arrangeait tout le monde et qui rapportait des bulletins dans les urnes) ne peut plus être de mise ?

Mais là n’est pas le sujet, revenons aux aides financières. Vos caisses sont vides au Département, et votre seul moyen de faire plaisir aux copains  et de vous faire mousser en allant couper des rubans sera de distribuer les fonds européens dans les Hauts.

Les Réunionnais doivent savoir que désormais, le FEDER est entièrement entre les mains de la Région et le FEADER entre celles de la Présidente du Conseil départemental. Le parc national vous gêne parce que vous ne pourrez plus magouiller et gérer à la tête du client !

Enfin, vous avez coulé l’ARAST et laissé plusieurs dizaines d’employés sur le tapis. Que comptez-vous faire des agents du parc national ? Où trouverez vous les moyens de financer un parc naturel régional ? Notre île est-elle si riche pour laisser de côté les financements de l’Etat pour une cause qui dépasse les enjeux locaux ? Notre patrimoine est de valeur internationale, n’est-il pas normal que l’Etat et l’Europe paient pour sa conservation ? Vous pensez que ces mêmes recettes vous seraient généreusement attribuées ?

Et que deviendrait le Patrimoine Mondial avec un parc régional ?
Avant le parc national, il y a eu quelques tentatives de classer des sites réunionnais sur la liste du patrimoine mondial. Or l’UNESCO a demandé que soit d’abord créé un parc national pour garantir une gestion exemplaire du patrimoine naturel.

D’ailleurs, il n’y a pas eu de forages géothermiques dans la Plaine des Sables grâce au parc national. Qu’en serait-il advenu avec un parc régional ?

Ensuite, resterait-il encore des « tuit-tuit » à la Roche-Ecrite sans le parc national ? Vous étiez prête à sacrifier cette espèce parmi les plus rares du monde pour aller couper un ruban et inaugurer un gîte en 2014 avant les élections départementales… Pourtant, le Conseil Général avait largement financé des études et actions en faveur de cette espèce par le passé. Y avez-vous cru réellement ou était-ce de la poudre aux yeux pour glaner quelques voix d’écolos et acheter un silence ?
Les avis du Conseil scientifique du parc national regorgent d’exemples dans le même sens.
Ce qui est certain, Madame Nassimah Dindar, c’est qu’en supprimant son parc national, la Réunion perdrait son label qui fait la fierté de plus de 92% de Réunionnais et serait à nouveau citée comme mauvais exemple.

En résumé, si la seule action concrète que vous proposez dans votre programme est de transformer le parc national en parc régional, nous sommes très inquiets pour l’avenir de notre île. Est-ce tout simplement pour cacher le vide de votre programme ? Ou pour entretenir l’ignorance de ceux à qui on a fait croire que l’on ne peut plus rien faire avec un parc national ? Vous croyez rebondir sur les arguments d’une poignée d’excités manipulés par quelques politiques et récupérer des voix de citoyens rendus aveugles ?

Lisez en détail la charte du parc national (à télécharger, car tous les réunionnais peuvent y trouver les vraies informations) et si vous vous heurtez à des éléments précis qui entravent la liberté des Réunionnais, faites-les connaître. Pour notre part, nous trouvons objectivement cette charte cohérente et très souple ! Nos Hauts seront défigurés demain, si nos élus ne comprennent pas les vrais enjeux de notre territoire remarquable alors que le pouvoir est déjà entre leurs seules mains. Même pour le goyavier qui menace notre flore et tous nos écosystèmes, et qui est si cher aux Réunionnais malgré tout, la charte propose un juste équilibre.

La COP 21 se tient en ce moment et notre île aurait pu y exposer des actions remarquables conduites depuis des années par les scientifiques et les réseaux associatifs, en lien d’ailleurs avec les territoires des parcs nationaux de Hawaï, d’Afrique du Sud, des Canaries, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, … Ce serait un comble que la seule proposition d’une liste candidate aux élections régionales soit de démolir un des plus beaux parcs nationaux de France voire du monde ! De la même façon, nous défendons la réserve marine.

C’est pour cela que tous ceux qui ont suivi depuis des années la mise en place de ces outils dont la Réunion doit être fière ne peuvent laisser diffuser de telles contre-vérités et courants de démagogie, et souhaitent sensibiliser le maximum d’électeurs, l’Etat, les associations  d’usagers et de protection de l’environnement.

Des citoyens responsables
 

 

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