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Les gilets jaunes : soulèvement populaire ?

Qu’est-ce qui explique le mouvement révolutionnaire des gilets jaunes, et la permanence de ce mouvement, après près de 5 mois de manifestations et de mobilisations ? Ce samedi, c’était le dix-neuvième rassemblement organisé par ce mouvement. 19 samedi d’affilée de contestation de l’ordre établi et de la politique menée par le gouvernement Macron-Philippe. Pourquoi ce […]

Ecrit par Saucratès – le mercredi 27 mars 2019 à 09H47

Qu’est-ce qui explique le mouvement révolutionnaire des gilets jaunes, et la permanence de ce mouvement, après près de 5 mois de manifestations et de mobilisations ? Ce samedi, c’était le dix-neuvième rassemblement organisé par ce mouvement. 19 samedi d’affilée de contestation de l’ordre établi et de la politique menée par le gouvernement Macron-Philippe. Pourquoi ce mouvement a-t-il pu naître et perdurer aussi longtemps, et peut-il encore durer de nombreuses autres semaines ? Mais certains penseurs posent une autre question : comment se fait-il que le peuple ne se révolte-t-il pas plus souvent ? Pourquoi ce mouvement des gilets jaunes n’est-il pas apparu plus tôt ou ailleurs ?
 
Mais en fait, il est déjà apparu ailleurs. Le mouvement des 500 frères en Guyane en 2017. Le mouvement du LKP en Guadeloupe en 2009. Des mouvements d’occupation des routes à Mayotte en 2018. Le mouvement des gilets jaunes français et son extension à La Réunion avait déjà eu lieu à d’autres époques dans d’autres coins de France, dans l’outre-mer français. Sous une forme proche, il a donné naissance aux printemps arabes en 2010-2011 en Tunisie, en Egypte, en Lybie, en Syrie, au Yémen. Dans le cas des printemps arabe, ces mouvements sociaux, de rue, avaient réussi à renverser les gouvernements existants de ces pays, mais l’explication qui en avait été retenue était qu’il s’agissait de dictatures. Dictatures amies de la France et de l’Occident. Mais ces États s’étaient effondrés sous la pression de la rue, lâchés par leurs alliés occidentaux. Et aujourd’hui, un mouvement comparable touche la France, la patrie des droits de l’Homme, une supposée merveilleuse démocratie (libérale ou ultra-libérale ?). Et la question devient alors : ce mouvement peut-il comme les printemps arabes déboucher sur l’effondrement du régime politique d’Emmanuel Macron et consorts, sur le renversement de ce système politique qu’Emmanuel Macron appelle lui-même «l’ancien monde» ?
 
J’aime bien l’une des explications données par Le Monde Diplomatique, se basant sur les travaux de Barrington Moore Jr, un politiste américain dans le livre écrit en 1978 s’intitule : «Injustice : the social bases of obédience and revolt». Cet article du Monde Diplomatique s’intitule : «Le soulèvement français, pourquoi maintenant ?» in Le Monde Diplomatique de janvier 2019, par Laurent Bonelli. 
 
«Sa principale conclusion (de Moore) est que la stabilité repose essentiellement sur les contreparties concédées par les dominants aux dominés : sans le concept de réciprocité -ou mieux d’obligation morale, un terme qui n’implique pas l’égalité des charges ou des obligations – il devient impossible d’interpréter la Société humaine comme le résultat d’autre chose que la Force perpétuelle et de la supercherie.»
 
Cette explication lierait ainsi ce sentiment de raz-le-bol fiscal évoqué/exprimé par nombre de gilets jaunes et la mise en place de cadeaux de plus en plus généreux en direction des entreprises, des patrons, des plus riches. Avec la présidence d’Emmanuel Macron, on aurait dépassé un point de non-retour. Après les cadeaux aux patrons et aux entreprises des présidences de Sarkozy et Hollande, les cadeaux aux plus riches, et notamment la suppression de l’ISF, ont servi de catalyseur, de catharsis révolutionnaire, d’explosif.  Ce qui explique que la suppression de l’ISF soit présenté comme l’élément  déclencheur par nombre de gilets jaunes interrogés.
 
Cette explication a le mérite d’être simple. Elle expliquerait aussi pourquoi l’adhésion a ce mouvement reste relativement élevée dans l’opinion publique. Evidemment, lorsqu’en tant qu’automobiliste, on se trouve bloqué sur un barrage bloquant pendant plusieurs dizaines de minutes ou plusieurs heures (comme cela est régulièrement arrivé à la Réunion), on maudit évidemment ce mouvement et ces gilets jaunes. Mais cela doit aussi arriver même aux plus virulents des gilets jaunes confrontés à une urgence familiale ou médicale, s’ils doivent passer une autre zone de barrage tenu par d’autres gilets jaunes.
 
La permanence du mouvement des gilets jaunes, la permanence des manifestations des samedis sur Paris et dans les grandes villes françaises sont un pied de nez fait à ce gouvernement de millionnaires et de technocrates imbus d’eux-mêmes, à ces cohortes de députés godillots issus de la France du Haut, du management des grandes entreprises et de l’administration publique ! Et le soutien à ce mouvement représente une forme de participation par procuration à ces manifestations, dans une même détestation de ce gouvernement et de cette présidence. Détestation malgré tout relative puisque pour les élections européennes, les sondages prévoient malgré tout un score relativement élevé pour la liste de La République en Marche et un score particulièrement faible pour le Rassemblement National de Marine Le Pen, relativement proches. Surprenant que le rejet d’Emmanuel Macron ne soit pas plus massif !
 
La répression policière et judiciaire contre les gilets jaunes surprend dans un supposé État de droit. Les violences à l’encontre des manifestants bloquent ainsi l’idée d’une participation à d’éventuelles manifestations des gilets jaunes, au delà des différences de milieu social qui pourraient interpeler. Il suffit d’entendre parler de ces personnes âgées, de ces militants blessés ou frappés dans des manœuvres de dispersion, de ces tirs de LBD toujours pas éclaircis alors qu’ils éborgnent des gens. Alors que la moindre violence contre des forces de répression fait aussitôt les gros titres des médias et des télévisions.
 
On a aussi découvert pendant cet événement que la couverture médiatique dont on est individuellement si friand pour rester informer à une contrepartie liberticide ! Les médias comme BFMTV qui épient le moindre mouvement, la moindre manifestation de gilets jaunes servent ainsi d’indicateurs aux forces de répression, à la police et à la justice. Et à une justice expéditive. Lors de l’épisode du boxeur de la passerelle sur la Seine, quelques heures à peine plus tard, les policiers et le gouvernement avaient immédiatement mis un nom sur le visage du boxeur, retrouvant son palmarès, en se basant sur les vidéos apparemment des journalistes présents sur place qui n’avaient pas perdu une miette de cet épisode.
 
Le traitement judiciaire et policier de ce mouvement risque de risque de creuser un gouffre immense dans ce peuple nié par le pouvoir macroniste. Une haine des flics et de la justice sans commune mesure avec celle qui existe dans les cités et les banlieues françaises. Nous avons un gouvernement qui veut nous faire croire que la violence contre les forces de l’ordre est un crime monstrueux, que les gilets jaunes ou noirs sont des criminels, et en même temps, on découvre que la violence des forces de l’ordre contre les manifestants est un fait normal, que les blessures et les énucléations sont la juste punition pour la participation à des manifestations prohibées, visant l’Etat ! Même moi, malgré mon âge avancé, je n’adhère plus à cette explication facile, honteuse.
 
La violence appelle la violence ! Et aujourd’hui, c’est le risque d’un rejet de tout ce qui fait la Nation, l’Etat, la Société qui m’apparaît dans ces événements et dans la réponse arrogante de Macron et de son gouvernement. Demain, ce ne sont pas seulement les banlieues dans lesquelles la police, les pompiers et les services de l’Etat ne pourront plus intervenir ! Ce sera aussi dans l’ensemble des campagnes françaises des gilets jaunes. Une rébellion permanente d’une frange de la population française qui se donnera hebdomadairement rendez-vous dans les centre-villes pour manifester et casser. À moins que les lois d’exception pour interdire les manifestations et les rassemblements ne réussissent à casser ce mouvement. Mais sera-t-on alors encore en démocratie ce jour-là ? Et que fera-t-on lorsqu’il ne sera plus possible de se révolter contre Macron et sa dictature libérale mortifère ? On devra se laisser réformer et voler de tous nos droits, de tous nos acquis ?

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