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L’eau ferrugineuse

Ecrit par zinfos974 – le lundi 19 avril 2010 à 10H18

Le monde à l'envers depuis que j’ai arrêté de boire de l’alcool. Je tangue, trébuche, titube dans l’incertitude, je vois trouble et me demande si j’ai raison ou bien tort. Coupé de tout, marginalisé. Classé à part. J’entends les gens penser tout haut :

- Tu ne bois plus parce que t’es malade !

Pas le temps de répondre, la personne est déjà partie dans son ailleurs, enfermée, emprisonnée de son rire nerveux.

- Non, c’était avant, quand je buvais que j’étais malade ! Aujourd’hui j’vais bien ma poule.

Depuis maintenant plus de cinq ans il m’est difficile en général de commander un café noir sur le zinc à l'heure de l'apéro sans être agressé verbalement dans des railleries de mauvais goût. La loi du viril le verre à la main fait rage. Les fauves sont lâchés. La bière et la clope j’te dis pas l’haleine. Perchée sur sa chaise de bar comme dans un bouge la Lolita de service me reconsidère. Le malaise est palpable dans les regards entre chiens et le loup. Ça plombe l’ambiance.  

Il y a un avant et un après. Mon époque, ma longue période de pochetron mondain, à table au resto sous la jolie tonnelle ombragée je commandais l’apéro en double dose, puis ensuite une ou deux bouteilles du vin de Treilles. Le garçon au sourire moralisateur n’omettait pas de me rappeler à l’ordre devant mes compagnons de tablée, me ramener à la raison devant ma femme, me donnant des leçons en présence de ma maîtresse avant de dire :

- Avec modération monsieur !

Maintenant le serveur me fait la gueule quand je demande la carafe d’eau bien glacée. Il sait depuis déjà que le gros bénéfice du repas est surtout basé sur la boisson. C’est toujours la même histoire, le même refrain. Quoi que vous fassiez, vous trouverez toujours devant vous quelqu’un pour vous prouver le contraire. Je suis la cible préférée des antagonistes persistants. Ils s’accrochent et s’enlisent jusqu’à la bêtise. C’est troublant. Les gens sont étranges. Quand vous êtes riche vous êtes un salop, pauvre vous êtes un con. Exception faite pour Johnny, à lui seul c’est les deux. C’est pour ça que je l’aime. Mon idole.

Je rentre en résistance sans fumée sans alcool le monde est étrange et je craque pour le Rock n’Roll.

Gilles Bayet de la Ravine Blanche.

 

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