[Le podcast de Pierrot] Et pendant ce temps-là en France, nous continuons à débattre du sexe des anges

Du fait des vacances, l’actualité tourne au ralenti en cette période estivale. Heureusement qu’il y a le feuilleton de la désignation du futur Premier ministre et celui des Jeux olympiques pour remplir les journaux.
Emmanuel Macron a sifflé l’arrêt de la partie en décrétant une trêve politique jusqu’à la fin des JO, au moins jusqu’à la mi-août. Et lui-même a pris ses quartiers d’été dans le fort de Brégançon. De fait, la partie cessa faute de combattants.
Seule Lucie Castets continue à faire comme si de rien n’était. Elle fait mine de ne pas avoir entendu l’opposition venue des rangs du PS, exprimée lors du conseil national extraordinaire du PS de jeudi dernier où l’opposition à Olivier Faure, qui pèse tout de même près de la moitié des militants du parti, a marqué son opposition à sa désignation, considérant qu’elle n’est qu’une marionnette entre les mains de Jean-Luc Mélenchon. Lequel, selon eux, n’a nulle intention de gouverner, préférant continuer à jouer les opposants à tout crin, à « bordelliser » tout ce qui peut être « bordellisé », en espérant que cela finira par déboucher sur une révolution venue de la rue.
De leur côté, ces opposants au sein du PS, qui peuvent compter sur quelques éléphants du parti, seraient plutôt pour une sortie du Nouveau Front Populaire et un rapprochement avec les Macronistes et une partie des Républicains.
Mais même si cette option se réalisait, il faudrait encore sortir les calculettes pour déterminer si cette coalition pourrait dégager une majorité à l’Assemblée nationale. Pas sûr…
Julie Castets de son côté, fait comme si. Comme si elle avait vraiment vocation à devenir Première ministre. Elle multiplie les visites de terrain. Hier à Lille, une autre prochainement dans une ville à définir, avant la fin de la semaine.
Elle continue également à rencontrer les responsables de partis du NFP et les patronnes des syndicats CGT et CFDT.
Elle peaufine son programme, ce qui l’amène à quelques révisions déchirantes. Dans une interview à La Tribune Dimanche, elle a par exemple indiqué vouloir aller “chercher des compromis avec les autres groupes” parlementaires, à l’exception du RN, et elle a assuré que le NFP “ne votera jamais de texte venant” de l’extrême droite. Alors que précédemment Jean-Luc Mélenchon avait écarté tout compromis, « le programme, rien que le programme, mais tout le programme ». Et jeudi matin, sur BFMTV, Lucie Castets elle-même s’était montrée plus ambiguë sur la question du RN, répondant que cela “devra être discuté” entre responsables du NFP et que les choses seraient regardées “projet après projet”. Une sacrée évolution.
Faudra qu’elle explique également aux Français les raisons pour lesquelles ils ne touchent pas déjà 1.600€ par mois et pourquoi les retraites n’ont pas encore été ramenées à 60 ans, des réformes que Jean-Luc Mélenchon s’était engagé à mettre en place dans la semaine suivant les élections.
Outre le programme, les discussions portent aussi sur la répartition des ministères entre les différents partis du NFP et sur les noms des bénéficiaires. Pas facile de faire cohabiter autour d’un même programme des hommes politiques qui ne sont pas d’accord sur des points essentiels, comme le nucléaire ou la politique étrangère de la France. Sans parler de l’avenir de l’Europe.
Sans compter que nombre de ces hommes et femmes politiques se détestent cordialement.
Plutôt que de le bâcler en quelques lignes, je réserverai un podcast entier dans les jours qui viennent à la situation politique au niveau local. Les élections municipales et régionales approchent à grands pas et nombre de maires, fragilisés par les dernières européennes, voient leurs sièges vaciller. Je vous proposerai un tour d’horizon des communes, et en particulier celles dont les maires sont les plus menacés.
Je conclurai aujourd’hui par ce qui se passe au Moyen Orient. La situation y est explosive et toute nouvelle escalade pourrait embraser toute la région.
Israël était en droit de se défendre contre les terroristes du Hamas, lesquels ont enlevé, assassiné, torturé, violé des hommes, des femmes et des enfants dans des conditions horribles. Pour autant, la guerre que les Israéliens ont déclenchée va trop loin. Personne ne peut cautionner le massacre, le terme n’est pas trop fort, de dizaines de milliers de civils. Je me retiens volontairement de ne pas accoler « innocent » à côté du terme civils. Pour la bonne et simple raison qu’il est impossible de déterminer à Gaza qui est un vrai civil et qui est un combattant du Hamas déguisé en civil. Mais une chose est sûre, les trente mille Palestiniens écrasés par les bombes n’étaient pas tous des terroristes.
Israël va peut-être gagner la guerre sur un plan strictement militaire mais a perdu depuis longtemps celle de la communication.
Loin de moi l’idée de mettre sur un même plan le massacre du 7 octobre planifié par le Hamas et la réponse légitime israélienne. Mais aujourd’hui, les choses vont trop loin et il est plus que temps de crier « halte au feu ».
J’entends bien que c'est une guerre et qu’une guerre par définition est terrible, meurtrière, et fait des victimes innocentes. Mais là, je le répète, ça va trop loin, beaucoup trop loin.
Malheureusement, aucune des deux parties n’a intérêt à ce que ça s’arrête. Nous avons affaire à deux groupes de fous furieux. D’un côté les dirigeants de l’Iran qui ne rêvent que de la disparition d’Israël, qui sont sur le point d’avoir la bombe nucléaire, s’ils ne l’ont pas déjà, et qui disposent de dizaines de milliers de combattants. Iraniens, mais aussi du Hezbollah, du Hamas ou encore des Houthis. Tous fanatisés par la religion. Et qui n’hésitent pas à massacrer des enfants, comme le bombardement de samedi par le Hezbollah du terrain de football du village de Majdal Shams sur lequel jouaient des enfants le prouve. Bilan : 12 adolescents tués et de nombreux blessés.
De l’autre, une autre poignée de gens tout aussi extrémistes et tout aussi fanatisés par la religion. Sauf que ce n’est pas la même. C’est bien là le problème. Benjamin Netanyahou sait très bien que si la guerre s’arrête, il sera viré du gouvernement et devra rendre des comptes à la justice. Celle de son pays où il a diverses casseroles aux fesses, mais aussi celle de la Cour pénale internationale. Et que son avenir pourrait bien passer par la case prison. Le voilà donc contraint à une fuite en avant, à une surenchère permanente et surtout à faire que la guerre ne s’arrête pas. Il y a eu l’invasion de Gaza contre l’avis de tous les pays qui étaient pourtant solidaires d’Israël, et maintenant on parle d’une invasion du Liban, officiellement pour se venger du massacre de Majdal Shams et chasser le Hezbollah du pays. Avec au milieu, les civils libanais à qui personne n’a demandé leur avis.
Ajoutez à ça un troisième fou, le président turc Recep Erdogan, qui a déclaré dimanche que la Turquie pourrait intervenir en Israël, comme elle l'a fait par le passé en Libye et au Haut-Karabakh. Laquelle Turquie fait partie, il faut le rappeler, de l’OTAN. J’espère que vous me suivez toujours.
Plus quelques autres excités du même acabit et vous avez tous les ingrédients d’une déflagration générale à l’échelle de la région. Et peut-être même plus large encore. Avec, je ne le répèterai jamais assez, Israël qui dispose déjà de l’arme nucléaire et l’Iran qui, si elle ne l’a pas encore, ce qui reste à confirmer, est sur le point de l’avoir.
Pendant ce temps-là, en France, nous continuons à discuter du sexe des anges et à nous déchirer sur des sujets futiles.


