Le mépris ne paye pas en matière de coopération

Ce 9 septembre 2015, il se trouve à Ebène pour co-présider le 1er comité d’une énième commission. A cela non plus, nous en conviendrons, il n’y a rien d’étonnant. Le Président préside, ou co-préside pléthore de commissions ceci, de comités cela… Soit.
Non ce qui est surprenant c’est qu’il est à l’île Maurice, pour co-présider avec le ministre des finances mauricien le 1er comité d’une commission mixte Réunion/Maurice pour « poser des avancées et des actions concrètes pour renforcer les actions économiques entre les deux îles. »
Ce n’est pas surprenant, c’est totalement déroutant.
Nous sommes le 9 septembre 2015, et c’est précisément aujourd’hui que se tient le 1er comité économique d’une commission mixte Réunion Maurice. Nous nous répétons mais c’est pour bien comprendre que cela fait donc 5 ans qu’il est élu, et qu’en 5 ans il n’a pas été possible de tenir ce 1er comité ? Au rythme d’un comité tous les 5 ans, le renforcement des actions économiques entre les deux îles avancera à un temps biblique… Tout au moins pour La Réunion.
Ce qui est surprenant encore, c’est le sujet traité par le Président à ce comité : « Comment faire en sorte à échéance de dix ans que l’île Maurice et La Réunion soient des locomotives économiques de l’Océan indien ? »
Il lui aura fallu 5 ans pour se poser cette question et proposer des axes au nouveau ministre des finances et du développement économique de Maurice, M. S. Lutchmeenaraidoo.
A cette éminence Mauricienne, M. Le président de région propose trois axes majeurs :
1. _ la desserte maritime pour que les deux îles soient les véritables Hub de l’Océan Indien, « pour que nous soyons en 1ère ligne et que cela serve notre développement »
2. _ Comment mieux connecter nos territoires avec le monde entier ?
3. _ Comment faciliter les déplacements via la desserte aérienne ?
Cette proposition est insultante.
M. Lutchmeenaraidoo est surnommé le père du « miracle mauricien ». C’est lui qui aux affaires de 1983 à 1991 en tant que ministre des finances avait fait le choix de concentrer les efforts dans les ressources humaines et d’investir en priorité dans l’éducation. Ce qui a permis à Maurice de se développer durablement, attirant les touristes comme les capitaux du monde entier.
Aujourd’hui, l’île produit des services ultra performants qu’elle exporte par le biais de plateforme type centre d’appel, back office… tout en ayant une image de destination « paradisiaque » connue dans le monde entier, et ce sans jamais avoir été au Festival de Cannes et sans avoir investis des milliards de roupies à fonds perdus dans une association…
M. Le Président de Région, l’île Maurice est déjà dans les wagons de tête de la locomotive économique de l’Océan Indien.
S’il fallait encore vous en convaincre, deux des plus grandes écoles de commerce ont déjà un campus à Maurice, l’ESSEC, l’ESCP… Mais ce ne sont pas les seules… Centrale Nantes, mais aussi Vatel, Dauphine, Assas et Science Po y sont aussi !
La crème de la crème des grandes écoles à la Française, si réputées dans le monde, n’ont pas fait le choix pourtant naturel, légitime, évident de s’installer à La Réunion… Elles sont installées à Maurice.
Il est honteux d’aller donner des leçons à Maurice pour que les deux îles soient des locomotives de l’Océan Indien. Maurice ne vous a pas attendu pour relever ce défi.
Ignorez-vous que l’île Maurice est déjà LE hub de l’Océan Indien ? Aérien et Maritime ! Où étiez-vous ces dernières années ? Déguisé en gousse de vanille aux Seychelles ? Parce que c’est de Maurice que l’on accède le plus facilement à ... voyons voir… n’importe où dans le monde ! Ce n’est pas de La Réunion…
Maurice est connectée depuis des années, là où vous traînez peut être encore entre le fax et le minitel.
Alors de grâce ne nous faîtes plus honte chez nos voisins en leur donnant des leçons là où ils sont déjà en plein succès et où vous n’avez fait que geindre et gesticuler à nos frais sur des domaines pour lesquels vous aviez la pleine compétence et la totalité des moyens.
Merci aux éminences mauriciennes, malgré ces évidences, de rester bienveillantes envers les donneurs de leçon ignares.
C’est le propre des « forts », les vrais… Ils ne rabaissent pas les autres, ils les aident… Merci à l’île sœur de sa compréhension. Pardon du mépris de certains parvenus. Vous devez déjà connaitre ce proverbe français : “Il n’y a point de dette sitôt payée que le mépris.”
Voyager dans la zone comme jadis on parcourait son domaine, jauger ses voisins comme il fut un temps on évaluait les « biens mobiliers » faits de chair et d’os qui travaillaient les terres, en prenant le soin à chaque voyage de déposer une caissette d’or n’est pas digne d’une politique india-océanique ambitieuse et vertueuse.
Maurice, l’île sœur a pris le risque de se réformer, et d’essayer compte tenu de ses moyens de prendre le meilleur pari sur l’avenir. Maurice a rejeté lors du dernier scrutin la coalition des voleurs à la petite semaine, alliés contre nature pour l’occasion. Le sort de M. Ramgoulam est peut être prémonitoire de ce qui pend au nez de certains à La Réunion.
Il est temps de faire entrer La Réunion dans l’histoire, il est temps d’ancrer La Réunion de plein pied dans son environnement.
Le temps de la Sakay est révolu et les Mauriciens comme les Malgaches rêvent depuis longtemps de s’installer bien plus loin que La Réunion…
La coopération autrement c’est de se regarder en face en toute sincérité en toute humilité, sans arrogance et avec dignité.
Maurice a trouvé son chemin, entre hub et tourisme paradisiaque massif, entre vision et déclinaison stratégique.
Copié égal zéro.
Trouvons notre chemin, valorisons nos talents, défendons nos spécificités, et défendons aussi celles de nos voisins, c’est grâce à eux que notre positionnement est unique.
Mais compte pas su canotte ton cousin pou sotte la rivière.
Quelque soit le miracle mauricien ou l’eldorado malgache, La Réunion peut reprendre en main son destin. Et nous pensons que notre avenir se conjugue au pluriel des composantes de notre territoire du Chaudron au Tapage en passant par Montvert Les Hauts et Mare à poules d’eau, de St Paul à Bras Panon.
Nul besoin pour cela de bomber le torse en se gargarisant ailleurs comme ici de « je suis le meilleur ». Valoriser nos entreprises et nos talents seront largement suffisant. Si seulement vous aviez commencé par là vos discours lors des déplacements dans la zone…
Maurice est le hub aérien et maritime, qu’à cela ne tienne nous serons le Palo Alto de l’Océan Indien.
Les Seychelles cultivent un tourisme exclusif et luxueux, nous offrons la complémentarité du nec plus ultra au cœur d’un patrimoine mondial de l’humanité.
Madagascar détient des réserves minières, gazières, aurifères, nous avons les meilleurs orfèvres et le seul cyclotron de l’Océan Indien.
Oui nous avons malgré notre sinistrose de vrais atouts, de réels talents et surtout un avenir radieux. Mais encore faut-il savoir de quoi on dispose, quelles sont nos forces, la réalité du terrain où vous n’êtes jamais M. Le Président de Région et comment le rendre utile à notre territoire comme à nos voisins.
La coopération type humanitaire et pleine de condescendance menée encore ce 9 septembre 2015 à Maurice est à la coopération ce que le biper est à viber… un souvenir trop onéreux qui sent le rance.


