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Le Billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : Ziskakan, un humanisme en sol majeur

Ecrit par Mohamed Aït-Aarab : – le samedi 29 mars 2025 à 15H48

C’est par hasard que je suis tombé sur le très beau documentaire de Sébastien Folin, Ziskakan, une révolution créole (Coup de cœur de l'Académie Charles Cros 2023).

Le film retrace, à travers des échanges, des interviews, des rencontres, l’itinéraire du collectif Ziskakan. Bien plus qu’un simple groupe musical, Ziskakan est une aventure humaine et culturelle que l’on ne peut résumer à quelques albums ou à des chansons emblématiques comme « Péi Bato Fou », écrite par Axel Gauvin.

Lorsqu’on écoute Gilbert Pounia, et tous ceux (Sully Andoche, Alain Armand, Gérard Chopinet, Axel Gauvin, Anny Grondin, Bernard Payet, Patrice Treuthard, Alexis Velna) qui ont contribué à la création du collectif, le « Ziskakan canal historique », ou partagé un bout de chemin, on prend toute la dimension de ce qu’est Ziskakan dans l’histoire musicale de La Réunion.

Et d’une certaine manière dans l’histoire politique de l’île, si l’on veut bien entendre par ce mot la promotion de l’égale dignité de toutes les cultures, de toutes les langues, le combat pour faire reconnaître l’universelle dignité de tous les Hommes.

Les jeunes générations ignorent sans doute (et il faut le regretter), les conditions dans lesquelles Ziskakan, et d’autres, ont lutté contre la chape de plomb qui étouffait toute revendication culturelle créole dans la France des années 1970 et 1980. À coup d’interdictions de concerts, comme par exemple en 1981 au Tampon et à Saint-Denis ; de confiscations d’instruments ; d’arrestations de musiciens ; voire de mutations forcées vers la France hexagonale de tout fonctionnaire suspecté de trouble à l’ordre public, en application de l’ordonnance Debré de 1960.

Mais ce qui se passait à La Réunion n’était que la reproduction d’une politique qui, à l’échelle nationale, imposait « l’uniformisation des esthétiques et des récits ». Les Bretons, les Occitans ou les Basques en savent quelque chose.

Fondé en 1979, le collectif Ziskakan est, depuis maintenant 45 ans, un éclaireur de consciences, un raconteur d’histoires, un « bâtisseur de rêves ».

À une époque où les matamores, les hâbleurs, les grandes gueules, occupent le devant de la scène, pérorant sans discontinuer, assénant mensonges et contre-vérités, le documentaire de Sébastien Folin apporte une bouffée d’air frais salutaire. Une bonne dose d’intelligence pour lutter contre le crétinisme généralisé. Une bouffée d’humanisme dans un monde qui se déshumanise.

Koup pa nout zél. Lés anou volé.

Mi voudré ti mo la / I pét pli for in fizi / I sif pli for in sabouk

PS : Une pensée toute particulière pour mon ami Alexis Velna qui nous a laissés orphelins de son grand cœur et de son humanité.

Etiquettes : Mohamed Aït-Aarab

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