La transition énergétique : c’est maintenant…ou après le nouvel hôpital ?

A deux mois de l’ouverture de la COP 21 à Paris, et quelques semaines après l’adoption par le Parlement français de la loi relative à la transition énergétique, la décision prise aux forceps de démarrer les travaux de construction du Nouvel Hôpital de Saint-Paul a de quoi étonner le personnel hospitalier, le citoyen et le contribuable…
Avec une consommation énergétique au m² bien supérieure à celle du site actuel et proche de la moyenne des bâtiments hospitaliers construits il y a plus de 20 ans (400 kwh/m²SU/an), nous sommes loin de l’exemplarité énergétique des nouvelles constructions sous maîtrise d’ouvrage de l’Etat et de ses établissements publics, principe phare de la loi.
En 2018, qu’afficherons-nous comme performance énergétique à l’information du public ? Un bâtiment de classe F en énergie primaire qui sera rénové pour atteindre la performance énergétique au sens de cette même loi de transition énergétique. Est-ce là un exemple de la performance des investissements publics ?
Quid des engagements politiques forts pour un développement durable et responsable. Directive européenne et plan national en matière d'amélioration de l'efficacité énergétique; le paquet énergie-climat pour 2030; la loi de transition énergétique sur le plan national; et bien entendu, l'objectif de l'indépendance énergétique pour la Réunion.
La loi de transition énergétique, dans son article 4, vise clairement le développement de bâtiments à haute performance énergétique et environnementale. Elle exige, au-delà du respect des réglementations actuelles, un caractère exemplaire pour les bâtiments sous maîtrise d'ouvrage publique.
Alors même que le Gouvernement affiche une croissance de la part des énergies renouvelables et des accès facilitant les modes de transport doux, le cheminement piéton couvert de panneaux photovoltaïques, permettant l’accès depuis un arrêt de bus, est tout simplement supprimé. Quant à la possibilité offerte aux patients et aux personnels de recharger des batteries équipant des véhicules ou des vélos propres, envolée… Ce sont pourtant des éléments forts du programme de l’opération.
Doit-on rappeler que nous disposons d’un potentiel d’installation d’une centrale photovoltaïque de 4000 m² qui intéresse d’ores et déjà des partenaires privés. N’est-ce pas notre devoir d’anticiper des innovations en termes de possibilité de stockage d’énergie solaire ? L’objectif de l’indépendance énergétique de l’île doit pouvoir s’appuyer sur ce type de projet.
La diminution des émissions de gaz à effet de serre ? Etablissement particulièrement énergivore de part son activité, le projet ne comporte aucun matériau biosourcé, l’introduction du bois est quasi inexistante. Aucune réflexion en termes de bilan carbone, ou d’introduction des énergies renouvelables en autoconsommation, l’image architecturale imposée par le groupement (concepteur-constructeur) semble intangible et indiscutable, face aux préoccupations environnementales pourtant légitimes.
Par ailleurs, par son rôle de promoteur de la santé, un établissement hospitalier se doit d’être exemplaire pour préserver la santé de son personnel et des patients. Pour le projet adopté, la qualité de l’air intérieur n’est pas une priorité ; à côté du béton et du métal, on trouve le PVC en bonne position.
Ne parlons pas de qualité de vie et de confort. Qu’il s’agisse du confort visuel, acoustique et hygrothermique, les exigences n’ont pas été tenues… Le terme confort serait-il un gros mot ?
Mais voilà, la mise en œuvre d'une démarche visant la labellisation « bâtiment biosourcé » ou « bâtiment basse consommation » aurait été l'occasion de repenser la manière de concevoir un bâtiment hospitalier. Le Groupement DEMATHIEU BARD a visiblement une autre idée de la construction et semble plus préoccupé de profits financiers juteux et immédiats que de construction durable.
Nous avons alerté les pouvoirs publics et nous allons continuer à le faire.
Car la seule réponse qui nous a été faite, c’est que le projet retenu bénéficierait aisément du label HQE puisque le référentiel date de 2008. La direction a donc accepté une dégradation du programme environnemental souhaité et tenu à bout de bras par le personnel hospitalier, sans négociation financière des écarts au programme…
Et elle a l’indécence de payer une éventuelle certification pour assurer sa politique de communication !
Devons-nous nous en satisfaire et brandir au final une certification que l’association HQE est elle-même en train de « dépoussiérer » (voir nouveau cadre de référence HQE) en ayant pris soin de dégrader les cibles les plus représentatives pour un établissement hospitalier ?
Comment alors dissocier la haute qualité environnementale d’une piètre performance énergétique. Ces éléments sont par essence indissociables pour une réelle performance d’une éco-construction. De nombreux ouvrages, exemplaires par leur qualité environnementale et leur performance énergétique réalisés ces derniers temps n'ont pas eu besoin d'une quelconque certification pour justifier les choix et les orientations du maître d'ouvrage. La volonté, l'engagement et la conviction dans les actes suffisent pour atteindre les objectifs de performance en matière de construction durable.
Alors, cessons ce Greenwashing. Ce n’est pas tous les jours que nous construisons un hôpital sur notre territoire. Plus de mille personnes y travailleront au quotidien. Alors, s’il vous plait, soyez responsables et faites en sorte que nous n’ayons pas honte de notre outil de travail dans 4 ans.
Citoyens et personnels hospitaliers


