La prison pour un exhibitionniste impuissant face à ses pulsions

Mercredi, un exhibitionniste a écopé de deux ans de prison dont 16 mois avec sursis probatoire pour s’être masturbé sur le chemin d’une école de La Possession. Certes, Jean-Rémy M., 49 ans, n’en est pas à son coup d’essai et les victimes ont sans doute raison de s’inquiéter. Mais il est aussi sous curatelle renforcée en raison de ses troubles psychiatriques et, malgré tout, bien seul pour faire face à ses pulsions.
L’affaire d’exhibitionnisme au programme de l’audience de comparution immédiate de mercredi a suscité un malaise palpable dans la salle du tribunal judiciaire de Champ Fleuri. Car elle a révélé un sentiment d’échec et d’impuissance. D’abord face à la détresse d’un homme en proie à ses pulsions mais aussi face à la légitime inquiétude de mères de famille apeurées à l’idée de passer devant chez lui pour conduire leurs enfants à l’école. Jean-Rémy M. est loin d’être un cas isolé mais son histoire témoigne des réponses inadaptées dont le système judiciaire et le milieu médical se contentent pour pallier un manque de moyens de la part de l’Etat et donc de structures adaptées.
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Jean-Rémy M. a 49 ans mais il en fait davantage. Sa démarche et ses gestes sont lents. Il semble abattu et usé comme si la vie lui était passée dessus. Il est posté à la barre avec un air hébété. Ses paroles sont rares comme s’il fonctionnait à l’économie. Dès que la présidente esquisse les questions d’usage, il semble déjà perdu. Aussi, personne ne s’étonne quand la magistrate annonce que celui qui est jugé pour exhibitionnisme en état de récidive est sous curatelle renforcée.
Le buisson bruisse bizarrement
Les faits se déroulent le 25 août dernier dans le quartier de Moulin Joli à La Possession. Trois mères de familles rentrent chez elle après avoir déposé leurs enfants à la petite école. Voisines, elles papotent sur le chemin du retour quand l’une d’elles reçoit un coup de fil. Le trio s’arrête le temps de la communication. Elles remarquent ainsi que le buisson qui borde le chemin à cet endroit bruisse bizarrement.
Au milieu des feuilles, elles distinguent la silhouette d’une personne sans voir sa tête. Mais elles ne tardent pas à découvrir qu’il s’agit d’un homme. Car elles aperçoivent distinctement un sexe en érection, pointé dans leur direction avec des mouvements de va-et-vient. Apeurées, elles poursuivent leur route. Rebelote le lendemain matin alors qu’elles cheminent avec leurs enfants. Cette fois, elles alertent la police municipale. Jean-Rémy M. est remis aux gendarmes.
Déjà condamné pour agression sexuelle sur mineur
La présidente égrène les six mentions portées au casier judiciaire du prévenu. Sur le banc des parties civiles, les mères de famille se regardent en faisant des yeux ronds à l’énoncé de ses quatre condamnations pour exhibitionnisme. Elles sont carrément choquées quand il est précisé que Jean-Rémy T. a été aussi condamné pour agression sexuelle sur mineur.
Sans surprise, les auditions du suspect ont été courtes lors de sa garde à vue. Il a reconnu avoir baissé son pantalon mais pas de s’être masturbé. Ce qui ne change rien quant à l’infraction mais il semble faire un blocage sur l’emploi du mot. La présidente se lance dans des questions simples auxquelles le prévenu acquiesce après mûre réflexion. « Que fait-on pour que vous ne vous mettiez pas le zizi à l’air à côté de l’école ? », insiste une assesseure. Le prévenu annone le mot « pulsion ». « Et si vous n’en parlez pas que va-t-il se passer ? », poursuit-elle. « Je vais aller en prison », finit-il par dire.
« Ce ne sont pas les femmes adultes qu’il cherche à voir sur ce passage… »
L’expert qui l’a examiné parle d’un « sujet frustré avec des troubles qui peuvent l’amener à des pulsions exhibitionnistes ». Il n’exclut un risque de récidive après d’éventuels soins qu’il pourrait recevoir. Par contre, il est certain que le discernement de Jean-Rémy T. n’a été ni altéré ni aboli au moment des faits. Interrogée à son tour, la personne qui supplée le représentant de la curatelle renforcée n’a pas de réponse à apporter quand à son suivi psychiatrique. « La curatelle renforcée ne gère que la partie financière », dit-elle. En résumé, Jean-Rémy T. est livré à lui-même pour gérer ses prises de médicaments et ses visites au Centre médico-psychologique (CMP). Comme il vit sous le même toit que sa mère, elle pourrait l’épauler. Mais il se trouve qu’elle est très gravement malade. Ambiance.
« Ce n’est pas simple et je vous plains », commente l’avocat des parties civiles. En même temps, il fait part au tribunal de l’impasse dans laquelle se trouvent ses clientes « qui ont peur pour elles et leurs enfants et qui n’empruntent plus ce chemin car il habite à proximité ». Même en faisant un détour pour les déposer à l’école, elles restent traumatisées. Pour sa part, le substitut du procureur note qu’il s’agit « de la quatrième fois qu’il est à proximité d’écoles et qu’il a été condamné pour agression sexuelle sur mineur il y a 20 ans ». La magistrate est persuadée que « ce ne sont pas les femmes adultes qu’il cherche à voir sur ce passage… » Elle requiert deux ans de prison ferme avec un suivi socio-judiciaire pendant cinq ans avec une interdiction de paraître à proximité des écoles.
« C’est une situation assez triste et malheureuse »
Après avoir rappelé que la curatelle renforcée ne gérait que sa pension d’adulte handicapé, son avocate rappelle qu’il « est donc tout seul comme un grand ». Et d’ajouter : « C’est une situation assez triste et malheureuse. » Le conseil déroule : « Est-il en capacité d’aller voir son médecin pour dire que ça ne va pas ? Je n’en suis pas sûre… » Pour toutes ces raisons, son avocate réclame « une peine adaptée au regard de sa fragilité ». Et de conclure : « Il a besoin d’un meilleur suivi. »
Le tribunal l’a partiellement entendue en condamnant Jean-Rémy T. à deux ans de prison dont 16 mois de sursis probatoire pendant trois ans avec obligation de soins et de ne plus paraître à proximité d’une école. Sans broncher, il est reparti à pas feutrés vers les geôles du palais du justice. Les mères de famille se demandent probablement ce qui se passera quand il aura achevé de purger les huit mois de prison ferme. Une chose est sûre : son argent sera facile à gérer pour la curatelle car la prison ne coûte pas cher.


