La peste ou le choléra ?
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Le mercredi 4 août 2010.
La peste ou le choléra ?
Le Président de Région aurait récemment pris la décision de remercier l’équipe de Direction du Conservatoire de Musique, de Danse et d’Art Dramatique de La Réunion. Au moment de la rédaction de cet article, impossible de savoir précisément qui est concerné par cette action, ni d’ailleurs, si cette dernière est confirmée. Seuls des articles parus dans la presse locale semblent officialiser la procédure.
Peu importe. Prenons comme postulat qu’un ou plusieurs postes sont désormais vacants. Nous sommes en période de congés scolaires et, par conséquent, les nouvelles circulent assez difficilement entre les quatre antennes du conservatoire. Quelques appels téléphoniques et courriers électroniques troublent à peine cette période repos.
La question du remplacement de la Directrice se pose alors.
Et c’est avec effroi que j’entends çà et là au fil de conversations animées des propos que je n’ose dévoiler tant leur obsolescence semble si incongrue au 21ème siècle. Je vous les résume de mémoire: "il faut nommer une nouvelle équipe de direction issue exclusivement du Conservatoire et prioritairement d’origine réunionnaise". Deux horreurs pour le prix d’une, c’est le début des soldes !
Rappelons que c’est à la fois sur la base de ces deux critères et sur quelques accointances avec les pouvoirs locaux que cette Directrice aurait été nommée, il y a de cela une dizaine d’années. A décharge, la tentation régionaliste est bien compréhensible : ce territoire du bout du monde souffre d’une histoire coloniale tourmentée qu’il n’est pas utile de détailler ici.
Cependant, si cette assertion est moralement peu défendable et légalement douteuse, elle révèle un mal-être général, une sorte d’ambiguïté originelle avec la métropole qu’il faudra bien régler un jour. Car ce Conservatoire, placé sous la tutelle du Ministère de la Culture, prend en charge un enseignement spécialisé habituel pour ce genre d’établissement. C’est donc une institution génétiquement métropolitaine située à 11.000km de la France, avec un cahier des charges à respecter sous peine de rétrogradation.
Pour achever cette présentation succincte, précisons qu’un département "musiques traditionnelles" assez développé enrichit considérablement l’offre d’enseignement artistique même si ce dernier a tendance à fonctionner à part et se trouve malheureusement très largement sous-exploité… mais ceci est un autre débat.
Force est de constater que, sans posséder de pourcentage précis, nombre de Professeurs et Assistants Spécialisés sont réunionnais… de souche. D’ailleurs, sans se lancer dans une polémique hasardeuse, il serait intéressant qu’on explicite une fois pour toutes ce qu’est ou ce que n’est pas un "vrai" réunionnais. S’agissant d’un des peuples les plus métissés du globe terrestre…je vous souhaite beaucoup de courage ! Parenthèse fermée.
La direction d’une telle institution exige bien des qualités En plus des compétences habituelles, il faut prendre en charge le problème de l’éloignement de la métropole (circulation des musiciens, formation, échanges vivifiants), considérer l’hétérogénéité des profils (culturels, géographiques et même religieux), rayonner dans la zone Océan Indien, créer des partenariats, rechercher des financements etc. Un travail herculéen qui nécessite des personnels aguerris à ce genre de tâche, des acteurs qui ont du métier, de la "bouteille" et du charisme. Comment demander à un musicien, aussi intelligent soit-il, qui ne se serait jamais vraiment confronté à la vie musicale de haut niveau, en France ou en Europe, d’être aussi performant ? C’est l’envoyer à l’abattoir et entrainer dans sa chute des élèves, des parents, des équipes administratives, des artistes-enseignants… La situation actuelle est un bon résumé de ce qu’il faudrait éviter à tout prix. Argument supplémentaire à ne pas négliger : choisir un membre de l’équipe pédagogique actuelle, c’est aussi prendre le risque de reproduire des comportements bien éprouvés tels que le copinage, le favoritisme, les règlements de compte, les petites mesquineries, les procès d’intention etc.
Est-il possible d’intégrer l’ensemble des intervenants au choix d’une nouvelle équipe de direction (profil de poste, cahier des charges entretiens, vote) ? Pouvons-nous envisager un fonctionnement original à cet établissement si particulier (contrats de longue durée, échanges de professeurs) ? Est-il concevable de proposer un véritable rayonnement culturel (artistes en résidence, invités, festivals, programmation) ? Sommes-nous capables de proposer une offre pédagogique intéressante (partenariats, perfectionnements, échanges dans et hors des frontières) ?
Monsieur le Président de Régions, chers collègues, ne prenons pas le risque de faire bégayer l’histoire.
(...)
Bien cordialement


