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Juliette Caranta-Pavard : Cinquième pouvoir…à portes ouvertes

Ecrit par zinfos974 – le mardi 7 juin 2016 à 14H48

(En rappel : il s’agit pour moi du pouvoir des équipes soignantes, en milieu hospitalier)

Non, il ne s’agit pas de journées ponctuelles ayant pour but d’informer le public sur le produit proposé ; quand même pas !  Surtout en ces lieux où les livrets d’accueil – s’ils existent – ne sont pas remis aux arrivants, lesquels se trouvent ainsi livrés, nus et crus en terra incognita, quitte à eux de découvrir heures après heures, jours après jours, le sort qui leur sera réservé…

Il s’agit là, des portes des chambres des services qui peuvent, on s’en doute, être  ouvertes ou fermées. De fait, rester ouvertes ou fermées, selon le bon vouloir de l’« équipe ».

Et, au CHU de saint Denis de la Réunion, ainsi qu’à la clinique privée où je me suis échouée, il a été décrété que les portes doivent rester OUVERTES ; en permanence !

Or, aux heures de la journée où les visites sont autorisées, les portes donnant sur des couloirs de libre circulation,  les passants disposent d’une vue imprenable sur les chambres, sur les « patients » alités, jusqu’à être une invite à venir leur dire un petit bonjour… Oui, oui !

Des couloirs, parlons-en ! Dès qu’arrive le soir, à l’heure où il n’y a plus de visiteurs, se met en place une convivialité tonitruante : des échanges de groupe, à très haute voix, des cris, de grosses rigolades, de bruyants et rigolos déménagements, un boucan d’enfer, sans souci aucun de ceux qui n’ont pas forcément envie de rigoler, terrés dans leurs lits, crispés sur leurs maux, impuissants, mais qui ne peuvent en perdre la moindre miette, because…  leur porte ouverte !

Je venais d’être admise en urgence au CHU, blessée, souffrante, choquée. Au bout de deux jours de cette découverte, exaspérée, j’ai rassemblé mes forces pour hurler : «La pooorte !! » ; est arrivé, ventre à terre, un soignant qui m’a dit, sévèrement : « Madame,ici, on est dans un hôpital ! » - Il a été facile de lui répliquer que c’est ce que j’avais cru…

Autant dire que je n’ai pas fait de trop vieux os au CHU : dès le lendemain, j’étais transférée  dans ce fameux  « Centre de convalescence », où j’ai trouvé exactement la même situation : quarante chambres, de longs couloirs et des portes ouvertes tout du long. Et… la même foirida vespérale !
 
Alors, je questionne : Et pourquoi ces portes ouvertes ?- C’est « pour mieux surveiller » les « patients » me dit-on. Et, de plus, lesdits « patients » sont demandeurs de portes ouvertes … Ah ??? Oui, c’est pour qu’ils puissent « voir passer les gens dans le couloir » (Sic) – Et si on n’a pas envie de voir passer les gens dans le couloir ? – Et si on n’a pas besoin d’être « surveillé » ? Pas de réponse mais les portes sont, d’autorité, maintenues OUVERTES ! – Non, mais !

Pas la peine de parler de respect de la personne, de respect de son intimité, de son besoin de calme, de tranquillité : l’« équipe » a zappé les modules de psychologies lors de sa formation. Et puis, c’est tellement plus pratique de pouvoir entrer  dans une chambre comme dans un moulin au lieu de perdre son temps à frapper – ouvrir –  refermer – réouvrir – refermer encore… Et puis, et puis, gagner du temps,  c’est aussi - et surtout - gagner de l’argent, n’est-ce pas ?

Avec l’opiniâtreté qui me caractérise, sans lâcher prise pendant des jours et en maintenant l’exigence tout au long de mon long séjour, j’ai réussi à obtenir que ma porte RESTE fermée.
 
Il me reste une recommandation à faire aux directeurs de ces deux établissements : veiller à ce que le respect dû aux « résidents » fasse partie intégrante des soins qui leur sont dispensés…

Je termine par une suggestion : lors des prochains et indispensables agrandissements des locaux hospitaliers,  que les « décideurs » fassent l’économie des portes bouffeuses de temps et des cloisons  bouffeuses d’espace. Qu’ils rétablissent l’hospitalisation d’antan, dans de vastes salles communes avec ou sans rideaux d’ « intimité », avec ou sans plantes vertes. Dans leur publicité, ils pourront vanter  la « convivialité, le meilleur « vivre ensemble » de leurs « Chambres paysagées »… comme les bureaux ou les cimetières.

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