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Il faut organiser la décroissance, dixit Jean-Michel Aphatie

Dans son éditorial du 24 juin sur Europe 1, Jean-Michel Aphatie, célèbre éditorialiste, déclare sa flamme pour la décroissance. Editorial motivé par la canicule éprouvée en Europe à ce moment-là. Oui, monsieur Aphatie, il faut organiser la décroissance. Mais savez-vous ce que cela implique vraiment ? Vous faites le lien entre canicule et politique. Le […]

Ecrit par Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID – le jeudi 11 juillet 2019 à 11H00
Dans son éditorial du 24 juin sur Europe 1, Jean-Michel Aphatie, célèbre éditorialiste, déclare sa flamme pour la décroissance. Editorial motivé par la canicule éprouvée en Europe à ce moment-là. Oui, monsieur Aphatie, il faut organiser la décroissance. Mais savez-vous ce que cela implique vraiment ?
Vous faites le lien entre canicule et politique. Le dérèglement climatique, la chute de la biodiversité, la raréfaction des matières premières, l’explosion des inégalités, le discrédit grandissant envers les institutions politiques et médiatiques, les crises économiques, sont bel et bien le fruit de « l’activité humaine » : la nôtre, celle de la civilisation occidentale, la civilisation thermo-industrielle, addictive à la croissance, avec un imaginaire englué dans la religion de l’économie, de l’innovation, du toujours plus. Ensuite, vous faites une critique juste et démontrée de l’imposture de la croissance verte portée par des esprits malins. « Le mot est faux », « le concept n’existe pas ». Vous insistez : « Normalement, théoriquement, ce que la politique a fait, elle peut le défaire. » Et vous continuez : « Nous savons ce que nous devons faire, et s’il faut le résumer […] nous devons moins voyager, moins consommer et moins produire […] Ce qu’il faut organiser c’est la décroissance ! » Vous poursuivez : « Ça, c’est facile à dire, et c’est impossible à faire. » Ainsi « Mais comment organiser la décroissance quand sur la terre des centaines de millions de personnes ne mangent pas à leur faim » puis « quand nous attend l’explosion démographique […] Comment la décroissance dans ces conditions-là ? Nous sommes prisonniers. » Plus loin : « Nous ne savons pas comment changer nos modes de production pour y faire face. » Pour finalement conclure : « Eh je vais vous le dire on va avoir chaud ! »
Pour résumer, il faut la décroissance sinon on va dans le mur, tous les indicateurs s’y accordent. On en convient tous d’ailleurs mais comme les oubliés du système n’en voudraient pas alors on refuse ce changement … On poursuit notre course en avant, notre quête désespérée, tout en continuant de les laisser de côté.
« Tout le monde en convient » ? Eh bien non. Cette posture témoigne d’un mythe : la mise en place d’un projet de décroissance serait préjudiciable aux plus démunis. Monsieur Aphatie, je vous invite à vous documenter, élargir votre point de vue notamment en suivant les débats autour des idées de décroissance. Vous comprendriez que cela ne consiste en aucune façon à continuer à faire la même chose en moins. Il s’agit d’un projet de société qui nous invite à repenser en profondeur ce qu’on produit, comment, et pour quel usage.
Il s’agit de sortir d’une vision quantitative du bien-être vers une quête de sens. Partant d’un slogan provocateur rappelant qu’une croissance infinie dans un monde fini n’est pas possible, la décroissance pose aussi et surtout la question de la pérennisation de notre système capitaliste et consumériste. A travers ces réflexions et débats, l’enjeu est de construire des transitions démocratiques sereines pour consommer moins et mieux, pour produire moins mais mieux partager.
Citons quelques exemples du programme de décroissance :
La mise en place d’un revenu maximum acceptable accompagné d’un accès gratuit aux besoins de base à travers une dotation inconditionnelle d’autonomie. 
Le recentrage de l’économie à travers, par exemples, une nationalisation des banques, un non remboursement des dettes publiques, une réappropriation démocratique des banques centrales et de la création monétaire au service de la justice sociale et de la transition énergétique. 
La relocalisation ouverte et solidaire de nos activités.
La régulation ou l’interdiction des publicités, système généralisé et légitimé de fake news. 
La première des décroissances doit être celle des inégalités. Les plus démunis ne sont sûrement pas contre, bien au contraire ! La société est prête, des plus jeunes aux porteurs de gilets jaunes, au Nord au Sud, seule l’oligarchie ne l’est pas ! Donc oui, « Ce qu’il faut organiser c’est la décroissance » ! Presque « tout le monde en convient »… A quand un débat sur ces questions complexes, concrètes et prêtes à être mises en place ? Et cette question s’adresse à tous les éditorialistes de France et de Navarre.

 

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