Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : « Faute politique et mépris de classe. Ou les promesses n’engagent que ceux qui y croient »

Les enseignants sont sans doute les seuls fonctionnaires que leur ministre peut insulter impunément. Imagine-t-on un ministre de l’Intérieur, un ministre de la défense, récemment nommé et qui s’empresse de qualifier les fonctionnaires sous sa responsabilité, de tire-au-flanc ou d’incompétents ? C’est sans doute le premier enseignement que l’on peut tirer de la polémique née des propos de Madame Oudéa-Castera.
Rappelons les faits. Amélie Oudéa-Castéra, en charge dans le gouvernement Attal de l'Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports, des Jeux olympiques et paralympiques (ouf !) explique le 12 janvier, lors d’un déplacement, qu’elle a choisi de scolariser ses enfants dans le très élitiste (et très contesté) collège Stanislas (Paris VIe) en raison des « paquets d’heures qui n’étaient pas sérieusement remplacés ».
Quelle était donc cette école où nos chères têtes blondes, brunes et rousses étaient livrées à elles-mêmes ? L’école Littré (Paris VIe) où l’aîné de la fatrie Oudéa-Castéra a fait un passage éclair de mars à juin 2009 n’est pas vraiment un établissement classé REP+. Bien au contraire, comme en attestent les déclarations de parents d’élèves et de la professeure qui, cette année-là, enseignait en petite section.
Alors pourquoi un tel mensonge, Madame la Ministre ? Quelle est la véritable raison de cette migration vers le privé ? Est-ce, parce que, comme le révèlent les journaux, l’école avait refusé un passage anticipé en moyenne section ?
Que nos gouvernants et l’aristocratie républicaine qui vit dans les beaux quartiers parisiens choisissent systématiquement l’enseignement privé, confessionnel ou non, n’est pas blâmable en soi. Le choix fait par Amélie Oudéa-Castéra lui appartient et nul ne peut interférer dans une décision qui relève de sa responsabilité de mère. Nous souhaitons tous le meilleur pour nos enfants. Certains optent pour l’enseignement privé qui, il faut le rappeler, est largement financé par les deniers publics. Donc nos impôts à tous. D’autres préfèrent l’école publique, qui est avant tout l’école de la République. Loin de moi donc l’idée de réveiller une quelconque querelle ou guerre scolaire.
Mais plutôt que de vouloir dissimuler un séparatisme qui ne dit pas son nom, la ministre devrait s’attaquer sérieusement, réellement, aux multiples problèmes qui minent l’école publique, le remplacement des professeurs absents en étant un parmi une foultitude.
Car, en dépit des promesses (qui, rappelons-le n’engagent que ceux qui y croient, dixit Charles Pasqua) et des plans d’urgence qui ne vont jamais à leur terme, l’école est le Titanic de notre siècle : le navire coule pendant que les orchestres gouvernementaux qui se succèdent depuis des décénnies nous jouent du pipeau.
La nomination de Mme Oudéa-Castéra pose une dernière question. Il fut un temps où un ministre de l’Éducation nationale avait à ses côtés un ministre délégué ou un secrétaire d’état, pour prendre en charge tel ou tel secteur particulier, l’enseignement professionnel, par exemple. Qui peut croire que la ministre Oudéa-Castéra pourra assumer pleinement sa fonction en ayant sous sa responsabilité autant de départements ministériels d’importance ? Il me semble pourtant que le président de la République et le premier ministre a vaient promis, la main sur le cœur, que l’éducation était leur priorité absolue. On nous aurait donc menti ?


