Esclavage moderne: Abolir n'est pas éradiquer

Pas de fers ni chaînes pour les identifier comme "esclaves", les possédés d'aujourd'hui ont un autre visage. Ce sont des enfants miséreux dont il est fait commerce, des domestiques prisonnières, des travailleurs exploités, des prostitués contraintes. Des esclaves modernes, en somme. L'esclavage contemporain existe toujours sans pour autant dire son nom.
"La nouveauté", écrit Olivier Pétré-Grenouilleau, historien, dans un "Dictionnaire des esclavages", est que "l'esclavage étant partout officiellement aboli, on a affaire à des situations de fait et non de droit".
Les pays riches directement concernés
Cela se passe en Amérique latine, en Afrique et en Asie, mais l'Europe n'est pas épargnée, notamment marquée par le phénomène de servitude clandestine. En 2009, le tribunal de Bobigny avait condamné un couple franco-malien pour esclavage domestique sur une jeune Malienne.
Le mois dernier et pour la première fois en Grande-Bretagne, un tribunal a reconnu coupable une Britannique de 68 ans de trafic d'humain, après avoir exploité à raison de 18 heures par jour, sans salaire, une femme d'origine tanzanienne, et ce pendant plusieurs années.
L'enquête sur la mort de Lila, jeune malgache, dont le sort tragique avait fait l'objet d'un livre se poursuit. En 1997, la jeune fille tout juste âgée de 19 ans était décédée dans un triste état, après quatre années passées à faire la bonne d'un couple en métropole. Les deux individus qui l'hébergeaient sont actuellement mis en examen pour séquestration, torture, non assistance à personne en danger et viol.
Traités "comme des objets"
Combien y a-t-il encore de cas similaires en souterrain? Difficile de le quantifier. Selon un rapport de la documentation française datant de 2003 sur le sujet, une estimation de 27 millions d'individus asservis dans le monde a été faite. Des personnes "privées de liberté, contraintes de travailler sans rémunération, en butte à toutes sortes de violences physiques ou morales, traitées comme des objets et sans perspectives d’avenir".
Dans le même rapport, à partir d'évaluations du Parlement européen, il est fait mention de "4 millions de femmes "vendues" chaque année dans la seule Europe et dont beaucoup deviennent des esclaves domestiques". Un phénomène que l'on peut s'imaginer marginal, pourtant sous-estimé.
Spécificité de l'esclavage traditionnel
Servitude pour dette, exploitation des enfants, traite dans le cadre de la prostitution, trafic d'organes, esclavage domestique, sont autant de pratiques condamnables au titre d'esclavagisme moderne. Selon l'historien Sudel Fuma, il y a cependant un point qui diffère fondamentalement et dans de nombreux cas entre les formes contemporaines de l'esclavage et la traite négrière, abolie en 1848.
"L'esclavage traditionnel tel qu'il a été pratiqué à la Réunion comporte une dimension supplémentaire: les esclaves étaient niés en tant qu'êtres humains", précise le spécialiste.
Autrefois, les esclaves étaient considérés comme des choses, aujourd'hui on parle bien de "trafic d'êtres humains", ce qui ne rend pas le constat moins accablant, bien au contraire...



