Des dalons unis dans la délinquance

Quand l’un fait un mauvais coup, l’autre n’est jamais bien loin. Mais ce lundi, la justice les a séparés pour un bon moment. Romain B. a été condamné à un an de prison ferme avec mandat de dépôt à l’audience tandis que Loan C. a écopé d’une peine aménageable de 15 mois de prison dont 6 avec sursis. Et chacun est interdit de fréquenter l’autre pendant trois ans.
Ils ont tous deux 24 ans et ils s’entendent comme larrons en foire. Leur casier judiciaire prouve qu’ils n’ont pas attendu de se connaître pour s’ancrer dans la délinquance mais il faut reconnaître qu’ils se sont bien trouvés. A la barre, ils sont raccord. Chacun répond en prenant soin de ne pas enfoncer l’autre.
La série de mauvais coups qui leur est reproché remonte au mois d’avril dernier mais ils se sont seulement fait pincer le 6 novembre à l’occasion d’un contrôle routier de la gendarmerie. Les dalons sont alors juchés sur une 125 cm3. Loan C. n’a pas le permis mais il est au guidon. Son pote Romain B. est assis à l’arrière. Il n’a pas le permis non plus mais il est l’heureux propriétaire de la moto. Manque de chance pour eux encore, Loan C. revient de faire une course. Des branches sont coincées sous la selle de la moto. Ce n’est pas du thym mais du zamal.
« Vous achetez du cannabis quand un gars surgit de nulle part pour vous louer une voiture… »
Interrogé sur le fait qu’il ait permis à son copain de piloter sa moto, Romain B. élude. "J’ignorais qu’il n’avait pas le permis". Mensonge, se doutent les magistrats. En effet, Loan C. est également jugé pour avoir conduit une voiture sans avoir le permis, le 25 avril dernier. Il circule au volant d’une Clio quand les policiers de Saint-Denis le contrôlent. "Vous reveniez de vacances en métropole et vous avez loué une voiture sachant que vous n’aviez pas de permis. C’est une habitude pour vous de conduire sans permis…", fait remarquer la juge.
Comme Loan C. ne fait pas les choses à moitié, il ne conduit pas seulement sans permis. Il se trouve que la Clio est également volée. "Je ne savais pas qu’elle était volée. C’était la première fois que je louais une voiture de la main à la main. Ça ne se fait pas mais je l’ai fait quand même", argumente-t-il comme pour faire amende honorable. "Vous achetez du cannabis quand un gars surgit de nulle part pour vous louer une voiture contre 300 euros pour quelques jours…", doute la juge.
"Je paie mon cannabis avec les 700 euros de mon chômage"
"Sur le coup, je n’ai pas réfléchi, j’ai pensé qu’il avait besoin d’argent. C’est quand la police m’a arrêté que j’ai compris…", cherche à convaincre Loan C. "Comment payez vous votre consommation de cannabis ?", s’inquiète la juge. "Je paie mon cannabis avec les 700 euros de mon chômage". "Vous croyiez que vous avez le droit de consommer du cannabis ?", enchaîne la magistrate. "C’est illégal mais j’étais perdu à cette époque là. Mon fils venait de naître. C’était une mauvaise période et j’ai consommé..."
Alors que les dalons sont en garde à vue début novembre, les gendarmes font un rapprochement avec une tentative de cambriolage perpétrée contre un cabinet de généalogie de La Possession, dans la nuit du 13 au 14 octobre dernier. Filmés en pleine action par des caméras de vidéo-surveillance, les enquêteurs repèrent qu’ils portent cette nuit-là des vêtements particulièrement remarquables, retrouvés en perquisition. "Nous étions alcoolisés et nous avons commis une erreur", s’excuse Loan C.
"On a cassé le cabinet. C’était franchement con, Madame"
"Vous cherchiez quoi ?", l’interpelle la juge. "Je ne cherchais rien, juste un endroit pour dormir", élude-t-il. "Sur les vidéos, on voit clairement des gens qui cherchent à voler. A quel moment vous vous arrêtez ?", lui oppose la juge. "Là, c’est l’heure d’arrêter Madame. J’ai assez de problèmes comme ça, je n’ai pas envie de me retrouver à nouveau devant vous…"
Pour sa part, Romain B. reconnaît la tentative de cambriolage contre le cabinet de généalogie. "On avait tellement bu qu’on ne savait plus ce que l’on faisait…", fournit-il comme excuse. "Sur la vidéo, vous ne titubez pas et vous avez l’air de savoir ce que vous voulez", corrige le juge. "C’était une folie entre lui et moi. On a cassé le cabinet. C’était franchement con, Madame", poursuit le prévenu. "Vous saviez ce que vous faisiez. Sur les vidéos, vous avez les capuches baissées et les sweat-shirts remontés", leur oppose la substitute de la procureure.
"Ils ont une mauvaise influence l’un sur l’autre à laquelle il convient de mettre un terme"
Romain B. tente même d’apitoyer les juges en précisant que "la prison n’est pas la solution". Et d’ajouter : "La justice ne m’a pas laissé de chance". Son casier judiciaire dit pourtant tout le contraire, riche de 16 mentions très variées à seulement 24 ans. Vols avec effraction, détention de stupéfiants, recel, conduite sans permis, escroquerie, vol par ruse, rébellion, vol avec destruction, extorsion de fonds et vol sous la menace d’une arme… Il a presque tout essayé.
Pour la substitute de la procureure, il faut "mettre un terme à leur opportunisme délictuel, éviter une réitération du passage à l’acte". La magistrate note aussi qu’ils ont "une mauvaise influence l’un sur l’autre à laquelle il convient de mettre un terme". Elle requiert 15 mois de prison ferme avec un mandat de dépôt à l’encontre de Loan C., plus petit palmarès au casier mais plus grande liste de délits à la barre.
Interdiction de se fréquenter pendant trois ans
Pour Romain B., plus capé mais moins impliqué cette fois, elle réclame 15 mois de prison dont 6 avec sursis.
En défense, leur avocate plaide pour une peine aménageable sous la forme d’un bracelet électronique pour ce dernier et pour un sursis probatoire en ce qui concerne Loan C. Le tribunal est finalement plus sévère envers Romain B., prononçant une peine d’un an de prison ferme à exécuter sur le champ et assortie d’une interdiction d’entrer en contact avec Loan C.
A contrario, les juges ont fait montre d’une plus grande clémence à l’égard de Loan C. Il est condamné à 15 mois de prison dont 6 avec sursis probatoire avec obligation de soins, de trouver un travail, de passer son permis. Et, vice-versa, de ne plus fréquenter Romain B. pendant trois ans.


