Des athlètes fantômes aux Jeux des Îles ?

16 heures, samedi après-midi. Après une longue attente, enfin les finales de taekwondo peuvent démarrer au Gymnase Couvert de Mahamasina.
Trois Réunionnais doivent combattre pour cette première journée : Denilson Vardapin, Lalli Goulamoussene, et Quentin Barré. (voir le résumé de la journée ici).
Pourtant, sur l’écran d’affichage, aux côtés du logo de La Réunion, un nom s’affiche : « Luc Hubert » dans la catégorie des moins de 80 kilos.
La scène est cocasse… dans l’équipe réunionnaise, on se regarde interloqués… mais qui est donc ce Luc Hubert ? Personne n’en a entendu parler. Il ne fait pas partie de la liste des 12 combattants réunionnais sélectionnés.
Sur le tatami, l’arbitre s’impatiente… Puis finit par indiquer au malgache Bradley Rasolofo qu’il a gagné le combat… par forfait. Faute de… ce fameux « Luc Hubert ».
Ironie de l’histoire, Rasolofo remporte la médaille d’or… sans avoir disputé un seul combat. Il n’y avait pas assez de concurrents des autres îles dans sa catégorie et donc pas de demi-finale programmée avant cette « non finale ».
Il remporte la plus belle médaille, en ayant simplement enfilé son kimono, patientant deux minutes aux cotés de l’arbitre sur le tatami et sans jamais avoir perdu une goutte de sueur.
Interrogé à sa sortie du tatami, Rasolofo semblait confus et dépassé par cette situation : « moi, on m’a juste dit que mon adversaire n’était pas là ».
« Je ne connais pas de Luc Hubert »
En fin de journée, le combattant qui n’a pas combattu n’est pas monté seul sur le podium pour récupérer sa médaille d’or. Un entraîneur Mauricien et Comorien l’accompagnaient sur les 2e et 3e place. Pourquoi ? Mystère.

Echanges entre des membres de la délégation réunionnaise et le président de la fédération malgache de taekwondo
Sur le site officiel des Jeux, le nom de Luc Hubert…, combattant fictif réunionnais, est resté en ligne toute l’après-midi dans le programme. Avant de disparaître mystérieusement à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Et il ne s’agit pas d’un cas isolé. « Meltine Gracia » et « Estelle Dandre » apparaissent elles aussi dans le programme comme combattantes réunionnaises. Elles sont pourtant, elles aussi, inconnues au bataillon… A chaque fois, elles étaient censées affronter des concurrentes de Madagascar.
La présidente de la Ligue Réunionnaise, Éliette Grondin, compte bien tenter de comprendre comment des combattants fictifs ont pu être inscrits en tant que Réunionnais pour cette compétition. « Je ne connais pas de Luc Hubert. J’ai pris le problème en cours, je dois aller voir le directeur technique et les autres membres pour en parler et voir ce qu’il en est réellement. J’en ai discuté avec le président de la fédération malgache de taekwondo mais je pense que la discussion sera plus facile lorsque les choses se seront calmées. On va tenter d’élucider ce petit problème, espérons que tout cela va bien se terminer. »
L’histoire peut prêter à sourire… mais ces médailles d’or imméritées pourraient avoir un réel impact sur le classement des nations à la fin des Jeux. En 2011, aux Seychelles, la victoire réunionnaise s’était jouée à une médaille près.

L'étrange remise de la médaille d'or au malgache Rasolofo qui n'a pourtant pas combattu


