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Décès du président namibien Hage Geingob: L’association Coopération Réunion-Afrique australe lui rend hommage

Le président de la Namibie, Hage Geingob, est mort ce 4 février au matin à l'âge de 82 ans. L’association Coopération Réunion-Afrique australe retrace le parcours de cette figure de l'indépendance et rend hommage à "l’un des plus grands diplomates et universitaires de la Namibie et de l’Afrique australe".

Ecrit par N.P. – le dimanche 04 février 2024 à 18H23

Le 3ᵉ Président de la République de Namibie post-apartheid, le Dr Hage Geingob, est décédé dimanche 4 février 2024 à Windhoek des suites d’un cancer à l’âge de 82 ans. Nous rendons hommage à l’un des plus grands diplomates et universitaires de la Namibie et de l’Afrique australe. Un vétéran de la lutte de libération nationale de la Namibie et contre l’Apartheid, qui a combattu jusqu’au bout de sa vie les conséquences du colonialisme et de l’esclavage dans son pays et dans le monde. Sensible aux commémorations de l’abolition de l’esclavage à La Réunion, il avait mandaté sa Ministre pour le représenter à l’occasion des cérémonies du 20 décembre à l’invitation du Président du Conseil départemental de La Réunion, Cyril Melchior.

« La nation namibienne a perdu un éminent serviteur du peuple, une icône de la lutte pour la libération, le principal architecte de notre constitution et le pilier de la maison namibienne », a déclaré ce dimanche 4 février 2024, M. Mbumba, Vice-Président et par conséquent Président par intérim.

Né en 1941 dans un village du nord de la Namibie, M. Geingob a été le premier président de ce pays d’Afrique australe à ne pas appartenir à l’ethnie Ovambo, qui représente plus de la moitié de la population du pays. Il a milité contre le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud, qui régnait à l’époque sur la Namibie, dès ses premières années de scolarité, avant d’être contraint à l’exil. Il a passé près de trois décennies au Botswana et aux États-Unis, qu’il a quittés en 1964. Il est titulaire d’une licence de l’université Fordham (Etats-Unis), d’une maîtrise en relations avec les instituts de l’université de la New School for Social Research (Etats-Unis) et d’un doctorat de l’université de Leeds (Angleterre).

En 1964, il a été nommé représentant de la South West Africa People Organization (SWAPO, parti de Libération nationale) aux Nations unies et aux Amériques. Il est resté à l’ONU jusqu’en 1989, où il a été directeur fondateur de l’Institut des Nations unies pour la Namibie à Lusaka, en Zambie.

Par la suite, M. Geingob a été élu président de l’assemblée constituante chargée de rédiger la constitution namibienne.

Il a été le premier Premier ministre de la Namibie de 1990 à 2002, lorsque la Namibie a obtenu son indépendance de l’Afrique du Sud. En 2007 et 2012, il a été nommé vice-président de la SWAPO. Il a également été ministre du Commerce et de l’industrie. En 2012, il a été réélu Premier ministre jusqu’à sa victoire à la présidentielle de 2015.

Élu président lors des élections de novembre 2014, alors qu’il était Premier ministre, il fut le premier président africain élu par un scrutin électronique, au cours duquel les électeurs ont fait leur choix à l’aide de machines de vote électronique dans les 4 000 bureaux de vote du pays.

Il a passé plusieurs années à l’étranger à promouvoir l’idée de l’indépendance de ce qui s’appelait alors le Sud-Ouest africain. À la suite des élections supervisées par les Nations unies qui ont précédé l’indépendance, il a présidé l’assemblée constituante qui a rédigé la constitution entrée en vigueur avec l’indépendance de la Namibie. Sa thèse de doctorat, soutenu en 2004 à l’université de Leeds, en Grande-Bretagne, était intitulée « State Formation in Namibia : Promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance ».

Jusqu’au terme de sa vie, il n’a eu de cesse de sensibiliser le monde sur les séquelles, encore vivaces, du racisme et du colonialisme. Il y a quelques semaines, il avait condamné la décision de l’Allemagne, de rejeter les accusations de « génocide » portées par l’Afrique du Sud à l’encontre d’Israël devant la Cour internationale de justice. M. Geingob avait accusé Berlin d’avoir « ignoré » la « mort de plus de 23 000 Palestiniens à Gaza » et d’avoir défendu devant la CIJ « les actes génocidaires et horribles du gouvernement israélien ».

Il était également fortement impliqué dans la dénonciation et la révélation des crimes commis par les Allemands en Namibie. Dans sa thèse de doctorat, il a soulevé la question de la nature oppressive du colonialisme allemand en soulignant les affrontements entre Allemands et Khausas, suivis de la « révolte » de Goortontein en 1901, des soulèvements de Swartbooi de 1904-7, et des soulèvements Herero de 1904-7.

Au cours de sa présidence, il a formalisé et institutionnalisé les discussions avec l’Allemagne sur l’étude des conséquences du génocide de 1904-1908. En effet, après plus de cinq ans d’âpres négociations, l’Allemagne a annoncé dans une déclaration finale en mai 2021 qu’elle reconnaissait avoir commis un génocide dans ce territoire d’Afrique australe qu’elle a colonisé entre 1884 et 1915 et a présenté ses excuses au peuple namibien. Le pays européen a promis une aide au développement de 1,1 milliard d’euros sur trente ans qui doit profiter aux descendants des deux tribus.

L’Allemagne avait souligné que cette aide serait versée sur « une base volontaire » et que l’accord n’était pas comparable à des « réparations ». De nombreux Namibiens ont rejeté l’accord, estimant que les descendants des Hereros et des Namas n’avaient pas suffisamment été impliqués dans les négociations. Au total, au moins 60.000 Hereros et environ 10.000 Namas furent tués entre 1904 et 1908.

Enfin, il n’a eu de cesse d’œuvrer pour le droit des femmes dans son pays. La Namibie, qui doit organiser des élections présidentielles et législatives à la fin de l’année, verra très certainement pour la première fois de son Histoire, une femme accéder à la fonction présidentielle. En effet, le Président Geingob a fait remarquer son pays sur la scène africaine et internationale en nommant une femme comme candidate au sein de son parti pour le prochain scrutin présidentiel, Mme Nandi-Ndaitwah, vice-présidente du parti au pouvoir, actuelle vice-première ministre et ministre des Affaires étrangères.

Christophe ROCHELAND
Président de l’association Coopération Réunion-Afrique australe

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Millithiba
19 jours il y a

Je ne connaissais pas ce monsieur ni son histoire mais il semble bien que la Namibie vient de perdre un grand Homme… 🙏🙏

cyclope exalté
Répondre à  Millithiba
18 jours il y a

Méfions nous des faux semblants, la propagande rouge est sans limites..

Royal Bourbon
19 jours il y a

Bref beaucoup de pays européens ne sont plus les bienvenus en Afrique !

Ces derniers ont trop souffert du racisme, de l’esclavage et pour la Namibie, du génocide allemand ! Pareil pour le Congo et les Belges !

Heureusement pour la grande majorité de ces Présidents africains ont compris l’enjeu de faire des études pour revendiquer leur indépendance et leur désaveu du colonialisme !

Récemment, un autre pays africain a suivi le courant d’expulsion des Français sur son territoire… Le Niger ! L’effet boule de neige a payé !

Le rayonnement de la France, hein ! Tu parles ! A part piller les ressources, on ne voit pas trop leurs actions d’aide, comme le rappelle le député de l’Indre, Antoine LEAUMENT !

cyclope exalté
Répondre à  Royal Bourbon
18 jours il y a

Si les africains ont eu l’impression de se faire piller par l’occident, ils en auront pour des siècles de pleurniche et de misère avec la colonisation chinoise et les dirigeants marxistes africains aussi incapables que corrompus qui sont au pouvoir..

valeo
19 jours il y a

Un escroc autocrate de moins en Afrique, en attendant son remplaçant.

cyclope exalté
Répondre à  valeo
18 jours il y a

Au moins on ne lui connait pas de passé terroriste comme Mandela, sinon je plussoie.

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