Décentralisation: Le chemin de la démocratie locale

À la Réunion, plus encore que dans l'Hexagone, la confiance dans l'efficacité des élus est en baisse. D'ailleurs, des séismes secouent en interne de grandes organisations de droite comme de gauche. Comment mieux intégrer l'individualisme des gens d'aujourd'hui et surtout sortir des pratiques presque exclusivement axées sur la conservation du pouvoir ? Les réponses les plus données par ceux-là mêmes qui ont été du côté du manche pendant des années : revoir le modèle de société, bâtir un nouveau projet de développement pour rassembler les Réunionnais et se donner un nouveau statut dans la République française. Justement, l'acte III de la décentralisation du gouvernement est le champ idéal pour tout revoir.
À condition de ne pas se contenter de parler d'objectifs sans éclairer le chemin que doivent emprunter les acteurs de la vie publique pour y parvenir ! Et d'allier principes et pratiques de façon à ce que la population puisse débattre pour mesurer l'avancement des projets!
C'est dans ce sens que le projet gouvernemental intervient par un pacte de gouvernance territoriale en vue de moderniser l'action publique. Il est vrai en ce temps de crise qu'il s'agit de faire mieux avec moins de moyens, mais la ministre en charge du dossier a promis « la nécessaire évaluation des politiques publiques ». Comment ? Pas par des grands-messes dans ce qui est prévu avec les conférences territoriales état-collectivités locales ou entre les collectivités locales, vu que les compétences sont précisées et qu'il est même question de mutualiser les actions, le chef de file étant bien identifié ! Quant au haut conseil des territoires, interlocuteur entre le gouvernement et la vie politique locale, même si le texte dit qu'il a vocation à être indépendant, équitable, et donc hors contrôle des services de l'État, le fait justement de ne pas créer une confrontation des idées pour mobiliser l'opinion sur ce que les uns et les autres entreprennent stérilisera tout le processus. Il faut donc que l'on prévoie le balisage du chemin démocratique : la préparation de ces conférences doit être largement débattue, leur fréquence arrêtée et respectée, et l'accessibilité garantie à tous les documents. Et qu'il y ait aussi dans cette instance des personnalités réputées se tenir hors du jeu tactique des partis, pour veiller d'une part à ce que les élus locaux n'échappent pas à leur responsabilité, et d'autre part à ce que l'Etat lui-même, plus habitué à préserver l'égalité des citoyens, ne se cantonne sur le « pas de vague », une ligne jusqu'ici tenue dans les outre-mers quel que soit le pouvoir parisien ».
Un tel changement dans la pratique permettra d'ouvrir la porte à une politique de développement de l'île, en écartant tous les chantages, en s'assurant de la qualité des projets et d'une meilleure relation avec les formations dans toutes les collectivités. Alors, grâce ce pacte de gouvernance territoriale, on pourra s'emparer des pouvoirs d'initiatives des assemblées locales en matière de modification ou d'adaptation de dispositifs législatifs ou réglementaires. Et pourquoi pas aller vers une assemblée unique à condition que son mode d'élection fasse aussi partie du débat ? Les mots consensus et rassemblement auront alors un vrai et réel contenu !
Aimé LEBON, Bois-de-Nèfles Saint-Paul


