De la légitimité des mercenaires métropolitains chargés de l'inscription de la Réunion au patrimoine mondial de l'Unesco
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Bon, d'accord, les cirques et pitons de la Réunion sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. Mais j'avoue que je suis resté perplexe devant les noms et la tête de tous les grands pontes qui se relayaient devant la caméra au Brésil pour défendre la candidature réunionnaise pour l'inscription au patrimoine mondial de l'Unesco. Le directeur du Parc national de la Réunion, le directeur des services de l'environnement, tous métropolitains (il ne m'a pas semblé utile de rechercher leurs noms), sont ainsi passés à de multiples reprises sur les chaînes de télévision locales pour présenter le projet. Mais ces personnes défendent un projet auquel ils ne croient pas, si ce n'est comme objectif d'une carrière, comme une ligne dans un curriculum vitae, pour avoir par la suite un plus beau poste.
Que faisaient ces personnes au Brésil à représenter la Réunion avec laquelle ils n'ont rien de commun ? La Réunion avait-elle besoin d'être représentée par ces gens, par ces métropolitains, par ces mercenaires ?
Je pense que la Réunion aurait dû être représentée dans ce challenge, dans cette aventure, non pas par un groupe de mercenaires métropolitains, mais par des représentants de sa population, des jeunes de partout, des cirques et des cités portoises ou dionysiennes, qui auraient pu porter ce projet, s'en imprégner, le faire vivre et le faire partager par tous, par leur entourage. Ne pas avoir de ce dossier une approche technocratique, mais le regard du cœur.
Et à chaque fois que l'un ou l'autre de ces mercenaires métropolitains apparaissait devant les caméras depuis le Brésil, je m'interrogeais sur la légitimité de ces personnes à discourir sur nos pitons, nos cirques, nos montagnes, sur leur légitimité à nous représenter, nous Réunionnais, au-delà de la pauvre "légitimité" due au poste qu'ils occupent, où ils ont été désignés par un état français défendant la mobilité géographique.
De même, on nous a bassiné avec les publicités de la Banque de la Réunion sur nos cirques et pitons ; belles publicités dues uniquement à la beauté de nos paysages. Mais il ne faut pas oublier que l'encadrement de cette banque est également uniquement métropolitaine, comme son président et son nouveau directeur général. Et que le seul objectif de ces publicités est de plaire à la clientèle réunionnaise pour l'attirer de nouveau vers cette banque, pour répondre aux objectifs de carrière de ces mêmes dirigeants.
Évidemment, ma réaction pose plusieurs problèmes. Premièrement, pratiquement tous les postes à responsabilités dans toutes les administrations dans cette île sont occupés par des mercenaires métropolitains qui vont y passer trois ou quatre ans : préfecture, équipement, direction des impôts, justice, Iedom... de même que la totalité des banques (Crédit agricole, Bnp, Bfcoi ou Bred) et autres établissements de crédit, ainsi que la majeure partie des grandes entreprises. Aux Réunionnais les plus chanceux, il reste quelques postes de responsabilité de chefs de service...
Deuxièmement, comment séparer les mercenaires métropolitains qui vont passer quelques années dans notre île, des métropolitains qui ont choisi d'y vivre, et qui ont le même droit (selon moi) que les autres Réunionnais d'y vivre et de se penser Réunionnais ? Car on ne devient pas Réunionnais comme on devient Français (pas plus qu'on ne devient Breton, Basque ou Corse). Il n'existe pas de procédure d'adoption d'une régionalité réunionnaise.
Enfin troisièmement, sur la base de l'apparence et du nom, il y a un risque du délit de faciès auquel je n'échappe pas et qui peut choquer, car comment peut-on différencier sur ces critères les Réunionnais des mercenaires métropolitains, sans exclure par la même occasion de vieilles familles créoles blanches ?
Le principal problème posé est selon moi la sur-occupation de tous les postes de responsabilité par des mercenaires métropolitains (ou expatriés)... Car je ne pense pas avoir été le seul à ressentir ce mouvement de rejet à les voir se relayer sur les chaînes de télévision. Mouvement qui ne pourra que trouver des relais dans des partis politiques extrémistes ou au parti communiste réunionnais.
Saucratès


