Crise malgache et transition - Mandat 2009-2012 : Quel bilan ?

Flonflons de propagande…
Axée sur l’inauguration des « promesses présidentielles », la machine de précampagne du président de transition Andry Rajoelina atteint sa vitesse de croisière : 1er Décembre à Antsiranana -hôpital « high-tech », logements sociaux, gare routière-, puis à Tana - « Coliseum de Madagascar » coïncidant avec le deuxième anniversaire de la 4e République malgache le 11 Décembre 2012, « Temple du Rugby » le 15 Décembre 2012 - et d’autres encore dans un avenir proche.
… Sur fond de paupérisation
Le faste des festivités et l’omniprésence d’Andry Rajoelina sur les médias publics pourront-ils faire oublier aux 20 millions de Malgaches les privations justifiées officiellement par la « volonté de changement populaire » ? Il est permis d’en douter au vu des signes de richesse étalés au grand jour par la nouvelle oligarchie transitoire sur le dos des contribuables malgaches!
Transition-mandat
Toute cette médiatisation prépare l’opinion publique à ovationner la candidature d’Andry Rajoelina à la fonction présidentielle qu’il exerce à titre transitoire depuis Mars 2009 : d’où l’expression de « transition-mandat » utilisée par les commentateurs politiques, car Andry Rajoelina aura effectué un quasi-mandat de quatre ans de Mars 2009 à Mars 2013.
D’après les dispositions de la 4e République malgache et de la Feuille de route SADC, s’il se présente à la prochaine présidentielle, Andry Rajoelina devrait démissionner de son poste actuel dans un délai de 60 jours avant la date du scrutin présidentiel fixée par les Nations Unies et la CENIT au 08 Mai 2013.
Retrait unilatéral ?
Le scénario « ni Ravalomanana, ni Rajoelina » semble gagner du terrain parmi la communauté internationale – SADC, Union Africaine, Union européenne - d’après les recommandations du sommet de la SADC à Dar-Es-Salaam les 07 et 08 Décembre derniers visant à « convaincre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina de ne pas se porter candidats aux prochaines élections générales ».
Fait nouveau depuis le début de la crise malgache en 2009, Marc Ravalomanana choisit le 12 Décembre dernier -date de son 63e anniversaire !– pour déclarer son retrait unilatéral de la course présidentielle: cf lien http://www.malango-actualite.fr/article/madagascar-non_candidature_de_ravalomanana__les_reactions_-9315.htm
Huis clos à Paris…
De son côté, après son boycott du sommet de Dar-Es-Salaam pour éviter de rencontrer Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina est invité le 14 Décembre dernier par le président tanzanien Jayaka Kikwete à expliquer sa propre lecture de la Feuille de route SADC, laquelle rencontre se serait soldée « par la décision de la SADC de financer le processus électoral malgache » (source : orange.mg). Le président de la transition malgache est ensuite reçu à huis clos au Quai d’Orsay par Laurent Fabius, qui lui aurait suggéré "de s’abstenir de se présenter aux Présidentielles de 2013 mais qu’il serait préférable qu’il le fasse seulement en 2018" (source:matv.mg): on se rappelle qu’il y a deux ans - de retour d’une « visite privée » en France- Andry Rajoelina avait annoncé au peuple malgache le 12 Mai 2010 son retrait unilatéral de la présidentielle pour "gérer la transition dans la neutralité", avant de changer
d’avis à cause de « promesses non tenues des bailleurs de fonds » !
…et clash à Tana !
En attendant la réaction officielle de Paris sur l’application des recommandations de Dar-Es-Salaam, Andry Rajoelina est rattrapé par l’actualité malgacho-malgache avec l’arrestation manquée d’Alain Ramaroson –initiateur de la première radio libre en 1991 et pilier du régime actuel - accusé de diffamation de hautes personnalités, suite à la mort tragique le 28 Août 2011 de sa nièce Nadine Ramaroson alors Ministre de la Population: dans le camp présidentiel, l’affaire est considérable à tel point qu’Andry Rajoelina lance le 18 Décembre 2012 de Paris un « appel à la dignité … aux uns et aux autres pour adopter un comportement responsable et digne […]» : cf http://www.madagate.com/politique-madagascar/analyse/2865-affaire-alain-ramarosonn-qui-a-interet-a- saboter-andry-rajoelinan.html
Après-Rajoelina ?
Pour les observateurs politiques, cette « énorme bévue » –ou démonstration à l’adresse de « l’homme fort » de la transition ?- indique que l’après-Rajoelina est peut-être en train de commencer, du fait des divergences de position au sein des « forces de changement » autour de la candidature de Rajoelina et du retour de Ravalomanana.
Après Dar-Es-Salaam, la trêve du nouvel an sera en tout cas de courte durée entre Jean Omer Beriziky, premier ministre d’union nationale, partisan du « ni Ravalomanana, ni Rajoelina » -cf lien http://jomerberiziky.wordpress.com/2012/11/26/beriziky-prone-le-ni-ni - et la Présidence de la Transition malgache: en effet, un élargissement éventuel des pouvoirs du premier ministre d’union nationale dans le contexte actuel pourrait favoriser les jeux d’alliances entre outsiders pour une alternance démocratique ou, le cas échéant, l’émergence d’une nouvelle opposition… au futur « hyper-président » élu ?
Ce 21 Décembre 2012
par Adygasy-systemD


