Confinement/Déconfinement : Le dilemme du tangue

« Par une froide journée d'hiver un troupeau de porcs-épics s'était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu'ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu'à ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. »
Connaissez-vous cette parabole de Schopenhauer, issue de Parerga et Paralipomena ? Elle me paraît très actuelle dans la mesure où elle peut rendre compte de la situation critique et plus particulièrement de l’épreuve de confinement que nous connaissons actuellement. Le concept que le récit illustre est connu sous l’appellation « dilemme du hérisson », qui pose bien les enjeux liés à la question des relations humaines.
Le texte met, en effet, en exergue le besoin de société, intrinsèque à l’être humain, qui pousse, dans un premier temps, les hommes les uns vers les autres. Mais la proximité, révélant des défauts ou amplifiant les incompréhensions, provoque au bout d’un certain temps des préjudices mutuels importants, à l’origine de leur dispersion. Les phases de rapprochement et d’éloignement alternent jusqu’à ce qu’une distance moyenne, produite par la politesse et les bonnes manières, soit trouvée.
Dans l’épreuve de confinement, imposée par le covid-19, le dilemme du hérisson intervient à plusieurs niveaux, me semble-t-il. Il affecte, d’abord, les relations entre les personnes vivant dans un même lieu confiné ; à l’évidence, la distance convenable est plus facile à trouver dans un espace de grandes dimensions. Les atteintes des piquants seront plus douloureuses dans les lieux d’habitations exigües, qui ne permettent pas le retrait intime.
Le dilemme du hérisson se joue aussi à l’extérieur de la sphère familiale. À l’éloignement imposé par l’obligation de confinement, succède des moments de rapprochement (autorisations de sortie règlementées) contrôlés néanmoins par la nécessité des respecter les gestes barrières, notamment ce qu’il est convenu d’appeler la « distanciation sociale ». Il s’agit là de se rapprocher de l’autre en restant à une distance qui met à l’abri des couronnes virales.
Enfin, le scénario prévu par différents experts comprend une succession de phases de confinement et déconfinement, jusqu’à la mise au point d’un vaccin. Ainsi le besoin de société de l’être humain serait tour à tour déçu (par le confinement) et satisfait (par le déconfinement), le virus jouant ici le rôle des piquants du porc-épic.


