Chambre d’agriculture : "Nous avons été au bout de ce qu’on peut faire"

Avec l’objectif de sortir d’une impasse budgétaire chronique, la chambre d’agriculture de La Réunion présente aujourd’hui son plan pluriannuel de restructuration. Un chantier d’envergure, qu’elle affirme ne pas pouvoir porter seule. Un message destiné au préfet, attendu cet après-midi.
À son arrivée dans l’île, le préfet avait demandé à la nouvelle équipe dirigeante de la chambre verte de travailler sur un plan de redressement. Elle préfère parler de "restructuration" : « Nous ne sommes pas en cessation de paiement, mais dans une situation financièrement très difficile », précise son président, Olivier Fontaine. Le plan est adossé à un “projet stratégique global”.
La situation actuelle est d’abord le fruit d’un héritage lourd, rappelle l’agriculteur de Saint-Benoît : en 2019, année de l’élection de la liste FDSEA-JA, la chambre accusait déjà un déficit de plus de 900.000 euros et une dette de près de 5 millions d’euros.
La crise du Covid a ensuite fortement ralenti les activités de formation, génératrices de recettes capitales pour l’institution. À cela se sont ajoutés des remboursements de subventions liées au covid (actions non mises en place) ou le départ de l’ancien directeur.
Un équilibre financier fragile
« Mais dès la fin de la crise sanitaire, nous avons réagi rapidement, en 2022, nous sommes repassés sur des exercices bénéficiaires et avons mis en place des échéanciers avec la CGSS et les caisses de retraite”, réagit le président.
En 2024, la chambre a affiché un résultat positif de quelques milliers d’euros et vise environ 80 000 euros cette année. Des résultats obtenus grâce à un important travail de rationalisation des services : maîtrise des charges, optimisation des subventions et réorganisation interne.
L’objectif du plan de restructuration est d’atteindre un résultat d’exploitation positif aux alentours de 600 000 euros en 2028.
Un "déséquilibre structurel"
La chambre dénonce un déséquilibre structurel : contrairement aux chambres métropolitaines, qui bénéficient d’un fort appui de la fiscalité locale (30 à 50 % du budget), la fiscalité foncière à La Réunion ne représente que 10 % de ses recettes. Une faiblesse que l’institution tente de compenser en répondant à des appels d’offres pour des missions de conseils financées par l’Europe ou le Département.
Des financements aléatoires pour lesquels elle se retrouve en concurrence avec d’autres organismes privés et qui bénéficient d’une “exonération LODEOM” sur les charges sociales, ce qui n’est pas le cas de la chambre. « Cela représente un écart d’un million d’euros par an par rapport à notre masse salariale. ».
Des démarches ont été engagées auprès des parlementaires pour que cette situation soit prise en compte dans le budget 2026, de concert avec les autres chambres d’outre-mer.
Des “efforts” déjà engagés
Point noir souligné par tous les rapports successifs, la masse salariale qui a culminé jusqu’à 175 agents. Elle pèse pour plus de 9 millions d’euros sur un budget de 11,2 millions d’euros.
Elle a commencé à décroître, met en avant le président : pas par des licenciements mais par des non-remplacements de départs à la retraite ou l’arrêt de certaines missions.
La baisse doit s'accélérer avec 36 départs attendus d’ici 2028, dont "certains" ne seront pas remplacés. A cette date, l’objectif est de stabiliser les effectifs autour de 150 agents. Impossible de descendre plus bas pour Olivier Fontaine, afin d'assurer les missions de l’institution.
Si les charges sont maîtrisées à hauteur de deux millions d’euros, les bénéfices nets sur le fonctionnement ne seront visibles qu’à moyen terme : les indemnités de départ pesant aussi sur le budget de la chambre.
Une demande claire à l’État
Malgré les efforts engagés, la chambre estime qu’elle ne pourra cependant s’en sortir seule. Les échéanciers de remboursement de la dette vont peser de plus en plus lourd sur la trésorerie : 243 000 euros cette année, plus d’un million d’euros en 2028, avec des remboursements échelonnés jusqu’en 2030.
« Quand une entreprise est en difficulté, on lui donne dix ans pour se redresser”, met en avant Olivier Fontaine. Il appelle à un soutien de l’Etat et des collectivités pouvant prendre différentes formes : un rééchelonnement de la dette prolongé jusqu’en 2032 ou 2035, un effacement pur et simple, ou encore un plan d’accompagnement aux départs à la retraite.

Un siège dégradé, des antennes à repenser
En parallèle, une réflexion immobilière est en cours : la chambre gère un réseau de huit antennes, dont trois dans l’Ouest, souvent dans des locaux qu’elle ne possède pas et parfois en mauvais état. L’idée serait de regrouper certains services, tout en maintenant une présence territoriale forte.
Pour le siège de Saint-Denis, une réflexion est engagée avec le renfort d’un professionnel. Sa valeur est estimée à 4,5 millions d’euros, mais son état est jugé préoccupant. Dans son dernier rapport, la Chambre régionale des comptes avait pointé une « dégradation avancée », avec des manquements en matière de sécurité. Ce qui a valu un “rappel au droit” à la chambre verte.
Si une vente et une reconstruction n’est pas écartée, reste la question du coût d’un relogement temporaire des services. A plus long terme, le siège pourrait aussi dégager des recettes immobilières pérennes selon le scénario retenu. Une décision doit être prise en fin d’année.
Maintenir les missions, renforcer l’accompagnement
La chambre se veut lucide mais déterminée : « On continue de faire des efforts, mais on ne pourra pas aller plus loin, on a fait notre travail, en face qu’est-ce que l’Etat, la Région et le Département mettent en place alors qu'on nous demande d’assurer toujours plus de missions, parfois sans soutien financier ?”.
Il fait le parallèle avec les effacements de dettes et le soutien financier massif apportés à des entreprises privées de la zone.
Il chiffre à un million d’euros le besoin sur trois ans, “pour pouvoir honorer toutes les dettes accumulées depuis 2015, payer nos échéanciers correctement”.
Il insiste sur la spécificité de la chambre de La Réunion par rapport à ces homologues de métropole : “Nous assumons des missions que eux ne prennent pas en charge, comme l’accompagnement administratif, l’impôt, les demandes de subvention des agriculteurs, dans un territoire marqué par la diversité des productions et ou la proximité est un besoin majeur avec encore beaucoup de petites exploitations familiales”. Le tout dans un contexte de crise agricole.
Des prestations réalisées à un coût inférieur que dans le privé.
Le projet de plan de restructuration sera débattu ce jeudi après-midi en session plénière, en présence du préfet de La Réunion.


