Bras Fusil : une punition collective dégénère en violences avec armes

Trois jeunes majeurs comparaissaient ce lundi 30 décembre devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour des faits de violences. Tout débute par une altercation suite à une punition collective infligée à quelques jeunes par leurs grands frères.
Nous sommes le 21 décembre dans le quartier de Bras Fusil. Quelques grands frères infligent une "punition collective" à leurs cadets en raison de vols commis. Le but est de leur faire entendre raison en leur infligeant des pompes et des squats devant tout le monde dans la rue. Entendant du chahut en bas de chez lui, Ambulahi B. déboule énervé pour savoir si son petit frère est parmi eux. Faisant partie des grands frères, Sahel M. s'interpose face à lui, lui dit que non, pose son front sur le sien et lui demande ce qu'il va faire maintenant. En réponse, il reçoit deux coups de poing au visage, une bagarre éclate. Rapidement dépassé, Ambulahi B. rebrousse chemin après s'être fait prendre à partie par plusieurs jeunes présents, dont le frère de Sahel M.
Scène immortalisée par des témoins et postée sur les réseaux
Voulant marquer le coup, Ambulahi B., armé d'un sabre, attends le jeune frère le 23 décembre suivant, le voit puis le course en peine rue, "pour lui faire peur pour qu'il ne recommence pas", explique-t-il. Il finit par s'arrêter et aperçoit le sac de vêtements du jeune homme, laissé au sol. Il le détruit à coup de sabre, scène immortalisée par des témoins et postée sur les réseaux. Des plaintes sont déposées, une enquête se met en route. Elle mettra en lumière un troisième intervenant, Doiffardine S. mis en cause pur avoir commis des violences à coup de sacoches remplies de boucles métalliques sur un jeune présent, pour défendre Ambulahi B. Il s'avère également qu'un mineur a été interpellé pour violence avec arme, un couteau. Il sera jugé devant le tribunal pour enfant en janvier.
Tout ce petit monde se retrouve ce lundi 30 décembre à la barre dans le cadre d'une comparution immédiate. Les trois prévenus reconnaissent les faits, mais semblent ne pas se rendre compte des conséquences en termes d’escalade de la violence et de troubles liés à l'ordre public. En effet, l'un s'est juste défendu, quand l'autre voulait simplement "donner une leçon pour qu'il ne recommence pas", ajoutant devant le tribunal : "Quand ils sont en bande, ils sont dangereux". La partie civile fustige un dossier "d'escalade de la violence" qui part d'une "peine éducative" pour finir en "guérilla urbaine".
"Les faits se sont déroulés les 21 et 23 décembre alors que Mayotte est en deuil"
Le parquet, de son côté, qualifiant les faits de "violences graves qui troublent fortement l'ordre public", note qu'ils se déroulent à "Bras Fusil ou vie une forte communauté mahoraise". Selon la magistrate, "les faits se sont déroulés les 21 et 23 décembre alors que Mayotte est en deuil après le passage du cyclone, et eux, ne trouvent rien de à faire que créer un climat de violence". Malgré l'absence d'antécédent judiciaire des trois prévenus, la procureure requiert 1 an de prison avec maintien en détention et une interdiction de séjour à Saint-Benoit pour Ambulahi B. et 12 mois de prison dont 6 mois de sursis probatoire pour les deux autres avec maintien en détention ainsi qu'une interdiction de séjour à Bras Fusil.
"Ceux qui ne sont pas là aujourd'hui peuvent se sentir tout-puissant"
La défense de Madi S. insiste sur l'importance qu'il ne "donne pas le premier coup" et se met immédiatement en retrait après "cette bagarre à main nue". "On ne peut pas le juger de la même manière", estime la robe noire. "Il reconnait les faits, et surtout, il agit par solidarité même s'il sait qu'il n'aurait pas dû en arriver là", indique la défense de Doiffardine S., qui plaide pour "une peine de sursis probatoire pour lui donner un réel avertissement", au regard de son absence de casier. "Il manque du monde à la barre aujourd'hui", s'agace la défense de Ambulahi B. Selon la robe noire, "c'est du deux poids, deux mesures dans cette affaire", et de conclure : "Ceux qui ne sont pas là aujourd'hui peuvent se sentir tout-puissant", et plaide pour une peine intégralement assortie du sursis probatoire.
Tenant compte de l'absence de casier des prévenus, mais notant des faits particulièrement graves, le tribunal condamne Ambulahi B. à 1 an de prison avec sursis probatoire et les deux autres prévenus à 6 mois de prison avec sursis probatoire. Il leur fait interdiction de contact avec chaque victime, obligation de trouver une formation ou un travail et d'effectuer un stage de citoyenneté à leur frais sous peine de voir leur sursis mis à exécution.


