Andrea Di Muro : "Une éruption modeste..."


Andrea Di Muro, vous êtes le responsable scientifique de l'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise. Cela fait maintenant près de six jours qu'une nouvelle phase éruptive a débuté. Quels sont les faits marquants de cette période ?
"Au début, nous avons eu une phase de projections très intense. C'est-à-dire que l'on avait plusieurs bouches alignées sur une fracture de quelques centaines de mètres, très petite, et des petits points d'éruption qui émettaient des projections, des gazs et qui formaient de petites fontaines de moins de 20 mètres en moyenne. Comme c'est l'habitude aussi, au fur et à mesure que l'on diminue les gazs, on concentre aussi l'activité sur un point voire deux points d'émission. C'est la situation que nous vivons maintenant. Dans ce cas là, l'écoulement est encore plus tranquille qu'avant et, pendant cette éruption qui reste une éruption modeste, on a une propagation des coulées de lave à faible vitesse autour de 40 mètres par heure au début. Maintenant, cette lave s'est propagée sur moins deux kilomètres de distance. Aussi, parce que le substrat est assez plat, l'apesanteur n'aidant pas à la propagation. Les laves ont désormais dépassé le Gros Bénare. Mais depuis, disons une journée et demie, on a une petite augmentation du tremor mais avec des valeurs faibles dans l'absolu. Il reste quelques bras de coulées et quelques tunnels de coulées."
Vous avez évoqué l'éruption de 2007 comme étant celle du siècle. Est-ce que depuis cet événement, les Réunionnais assistent à une phase que je ne qualifierai pas de cyclique mais à des éruptions qui ont tendance à se répéter dans leur comportement ?
"Oui, d'une certaine façon, oui. Il s'agit souvent d'éruptions déclenchées par l'arrivée d'un magma peu profond, chaud et liquide qui remet en activité notre volcan. Cela produit un petit gonflement et met en jeu des volumes assez petits qui produisent des éruptions de courte durée. Je rappelle que la plus longue éruption que nous avons eu était de quelques jours avec des volumes plus petits de 2,5 millions de m3. Oui, il y a bien une certaine cyclicité qui est dominée par le fonctionnement de cette pompe profonde qui alimente le volcan. Ce qui fait que cette éruption là n'a rien d'extraordinaire sauf que c'est la première depuis 2007 qui part un peu plus bas à côté du Château Fort, ce cône produit en 1948."
C'est ce qui vous a fait dire qu'il s'agissait d'une "éruption sympa mais modeste" ?
"Voilà, c'est-à-dire que comme toute éruption, comme tout phénomène naturel, ça donne des émotions mais, par contre, à l'échelle des phénomènes dont le Piton de la Fournaise est capable, cela reste une éruption qui reste très modeste ce qui n'empêche pas le spectacle du Piton de Bert, même si en journée, cela reste moins visible."


