À Dubaï, les Français sous tension : "On regarde le ciel différemment" face aux missiles qui passent entre les immeubles

Témoins à distance d’un conflit qui embrase le Golfe, des expatriés français installés à Dubaï racontent leur inquiétude croissante, entre sidération, vigilance et sentiment d’irréalité. Dans la ville-vitrine des Émirats, symbole de la richesse et de la décadence, la guerre s’invite désormais au-dessus des gratte-ciel, dans les conversations et les esprits.
Sur les terrasses illuminées de la marina, les restaurants affichent complet et les gratte-ciel scintillent comme chaque soir. Pourtant, derrière l’apparente insouciance de Dubaï, les missiles et drones de combat envoyés depuis l'Iran font vaciller la dorure et la magie des lieux. Depuis samedi 28 février, le conflit s’est imposé entre les immeubles, mais aussi dans les conversations. À plus de 200 kilomètres des côtes iraniennes, l’émirat observe avec anxiété l’escalade militaire qui oppose Téhéran à Israël et aux États-Unis. Et subit les conséquences d'une guerre dont il se serait bien passé.
"Ici, tout est normal. Et en même temps, plus rien ne l’est vraiment", confie Julien Morel, 38 ans, entrepreneur français installé depuis six ans. On continue à travailler, à sortir. Mais depuis les frappes, on regarde le ciel différemment."
Comme lui, près de 30.000 Français vivent aux Émirats arabes unis. Beaucoup suivent l’évolution du conflit en temps réel, entre messages d’alerte et chaînes d’information en continu.
Les israéliens veulent rentrer en Israël pour défendre leur pays.
Les "Frenchs arabiques" veulent quitter Dubai et rentrer en France.
Tout un symbole pic.twitter.com/0yJUoqEq9p— Bruno Attal (@Bruno_Attal_) March 1, 2026
"Une inquiétude diffuse, permanente"
Depuis le centre-ville, Jocelyne Fournier, qui gère une boîte de communication dans l'immobilier, décrit un climat nouveau, anxiogène : "Il y a parfois de la panique. Mais il y a surtout une tension sourde. Les gens ne parlent plus des missiles, des bases américaines, de la riposte iranienne, ils en sont témoins directs." Cette ressortissante française confirme que les journées sont désormais rythmées par les bombardements.
Les Émirats, alliés des États-Unis, abritent en effet des installations militaires stratégiques, ce qui en fait une cible potentielle. "On sait qu’on vit dans une zone sensible. Mais c’était abstrait. Là, ça devient concret", poursuit la Française.
L’influenceuse islamique Maeva Ghennam annonçait quitter définitivement la France, pays islamophobe, pour s’installer à #Dubai, où elle pouvait vivre sa religion librement.
Quelques mois et quelques bombardements iraniens plus tard, cette Xanthippe, gémit depuis Dubai : « la… https://t.co/xCml5swSZW pic.twitter.com/nxkHLnfVTn
— Jean MESSIHA (@JeanMessiha) March 1, 2026
Pour un ingénieur aéronautique, la proximité géographique change la perception du conflit : "Quand on regarde une carte, on réalise qu’on est à quelques minutes de vol. Ça remet tout en perspective."
Sur place, les autorités ont déjà recensé plus de 600 drones et quelque 200 missiles balistiques en provenance de l'Iran, interceptés à 99% par les systèmes de défense aérienne. "Des débris tombent dans la ville et font parfois des blessés", appuie la Française qui était à la plage, en famille, quand les sirènes de la ville ont retenti.
— BIDU-Dessinateur (@BIDUDessinateur) March 1, 2026
Détresse des influenceurs
Malgré l’escalade, les autorités locales maintiennent un discours "rassurant". Du moins pas alarmiste, pas encore. La vie quotidienne reste pourtant impactée. Les écoles ont notamment été fermées et la population invitée à rester chez elle, nous confie-t-on sur place, rappelant "les heures sombres du confinement".
"Dubaï est une ville extrêmement sécurisée. On fait confiance aux autorités", affirme Jocelyne Fournier. Mais elle reconnaît consulter plus fréquemment les recommandations du consulat français. "Par précaution, on vérifie les consignes. C’est nouveau." Pour la ville, pas pour cette ressortissante ayant vécu plusieurs années au Liban en zone de conflits armés.
Lire aussi : Paris, Berlin et Londres évoquent des mesures défensives face aux capacités militaires de l'Iran
Certains expatriés évoquent aussi un sentiment d’irréalité, notamment du côté des influenceurs. "On vit dans une bulle ici, observe l'ex-candidate de téléréalité Maëva Ghennam sur son compte Instagram, nous ne sommes pas habitués à ce genre de choses, tout en sollicitant l'"aide urgente" de la France pour être évacuée.
J'adore cette chronique d'Isabelle Saporta : "La panique des influenceurs à Dubaï : "C'est marrant mais avec la guerre et les missiles qui fusent, ils ont tous retrouvé l'amour de la patrie"#Dubai pic.twitter.com/L5wdLQpuZa
— Nathalie sans filtre (@NathalieE0810) March 2, 2026
"On reste attentifs, suspendus aux annonces et consignes"
Pour beaucoup, cette crise agit comme un rappel brutal de la fragilité de l’équilibre régional. "On a toujours su que c’était une région instable, mais on pensait que les grandes puissances éviteraient l’affrontement direct, explique Julien Morel. Aujourd’hui, ce n’est plus une hypothèse. C’est une réalité."
Certains ont même envisagé des plans de repli, mais la majorité des vols sont actuellement cloués au sol. "On reste attentifs, suspendus aux annonces et consignes", insiste-t-il.
Au pied du Burj Khalifa, la plus haute tour du monde, elle-même visée par des drones de combat iraniens finalement interceptés, la vie s'est partiellement figée. "On espère que ça n’ira pas plus loin, murmure Jocelyne Fournier. Parce qu’ici, on peut vite être aux premières loges de l'embrasement de toute la région."
#WATCH | UAE | Tourists continue to visit the Burj Khalifa in Dubai amid the ongoing West Asia conflict pic.twitter.com/v6zKk1gYr7
— ANI (@ANI) March 2, 2026


