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Le vieux Plaza ferme : la fin d’une époque

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 10 avril 2013 à 11H40

Une grosse bouffée de nostalgie m’a envahi tout entier et c’est la gorge serrée que j’ai entendu annoncer la fermeture du vieux Plaza. Les souvenirs, dont certains remontent à très loin, sont arrivés en rafales. Comme si je regardais « Cinéma Paradisio » avec, en toile de fond la merveilleuse « Dernière séance » de Mister Eddy. Dont l’excellente émission télé du même nom retranscrivait parfaitement le déroulement de ces moments magiques : les actualités Pathé-Gaumont, la publicité Jean Mineur, deux films, parfois même trois au Rio !

Le cinéma, voici quelques décennies, était toute notre distraction avec les parties de cow-boy/z’indiens. Le Journal de l’Ile donnait chaque jour la programmation de toute l’île : « Quo vadis ? » au Casino (actuel Ritz) ; « Frankenstein s’est échappé » au Plaza ; « Robin des Bois » avec Errol Flynn à l’Odéon de Saint-Joseph… L’Odéon, dont les murs étaient tapissés d’affiches des films d’Eddie Constantine. « Attila fléau de Dieu » au Ciné Concorde, « cinéma le prêtre » (le père Collete), à La Rivière.

A cette haute époque, les films ne parvenaient chez nous, par bateau, que deux à trois ans après leur sortie. La belle affaire du moment qu’il y avait quelque chose à voir ! Plusieurs importateurs louaient ces films en métropole et les sous-louaient à leurs concurrents locaux ; les films « tournaient » ainsi trois à quatre mois à travers l’île. Rendons-leur cet hommage, ces promoteurs n’importaient jamais que d’excellents films. Et comme le prix des places, alors, était modéré, nos copains désargentés et nous-mêmes avons acquis, au fil des années, une solide culture cinématographique.

Le cinéma de papa, c’était aussi toute une ambiance. Survoltage garanti dans la salle, ponctuée de « Alleeeeeez ! » pendant qu’Alan Ladd assaisonnait Ben Johnson dans « Shane » (L’homme des vallées perdues), un des meilleurs westerns jamais tournés.

Un autre curé, le père Hauck de Cilaos, avait sa salle face à l’église et disposait de son propre circuit d’approvisionnement, car nombre de films projetés dans le cirque ne sont jamais passés dans les autres salles de l’île. C’est là-haut que j’ai vu « Le viager », « Le trèfle à quatre feuilles », ou encore « Les compagnons de la marguerite » de Jean-Pierre Mocky.

Le cinéma du père Hauck avait certaines contraintes pour ses auditeurs : la séance ne commençait qu’après les Vêpres du dimanche. Si l’on n’avait pas assisté à l’office, auquel nous traînait notre vieille nénène Ida, pas de cinéma pour « les petits garnements ». La piété confortée par la promesse d’une séance du feu de Dieu (pardon Seigneur !) C’est dans cette vieille salle qu’on a appris qui était vraiment Ignace de Loyola, soudard appointé avant de se sanctifier par les armes. Je traduis de mémoire, on l’aura compris.

A La Rivière, le Grand Miko, nervi de notre défunt papa, était ouvreur. Par fidélité à la mémoire de Ti-Jules, il nous laissait passer, Michel et moi. L’indicatif de début de séance était « La petite valse ». Un grand « Aaaaaaahhhhh ! » de satisfaction ponctuait les trois premières notes de cette chanson qui serait tombée dans l’oubli sans le jouissif picking du regretté Marcel Dadi. Nous aurions eu l’âme martyrisée de louper « La hache sanglante » (avec Rory Calhoun) ou « Tarzan l’homme singe ».

« Tarzan va rejoindre Jane. Viens Boy ! » Et Johnny Weismüller, pour notre plus grand bonheur, plongeait au milieu des crocodiles qu’il assaisonnait au passage avant de serrer dans ses bras la magnifique Maureen O’Sullivan.

Ces lieux magiques ont fermé les uns après les autres. Mais la VHS puis le DVD n’ont pas sonné le glas du « Train qui sifflera (toujours) trois fois ». Les chaînes satellitaires ont cru mettre un point final aux « Nuits de Cabiria » mais Marlon Brando restera éternellement le « Zapata » d’Elia Kazan. Car le charme du film-ciné survivra malgré la haute qualité des téléfilms. Grâces soient rendues à la télé qui propose des centaines de films quotidiennement. Randolph Scott continue de mitrailler à « Coups de feu dans la Sierra » ; « Le prisonnier Fernandel » continue de promener « sa vache » dans un champ de marguerites ; Elvis continue de se bagarrer au « King Créole »…

Le regain d’intérêt pour la salle de cinéma se confirme avec le succès des multiplexes locaux. C’est tant mieux… même si le prix est prohibitif pour les bourses modestes.

Salut à toi, vieux Plaza. Salut le Casino, le Rio, le Cinérama, le Rex, le Roxy, le Ciné Concorde, l’Odéon, le Royal, le Crystal et tous les autres. Vous restez dans nos esprits… et dans nos cœurs.

Jules Bénard

 

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