Cumul des mandats: Lebreton, Fruteau et Vlody, les mauvais élèves

Hier, mardi 28 août, les députés et sénateurs PS ont été destinataires d'une lettre du bureau national dans laquelle la Première secrétaire du parti, Martine Aubry, leur rappelle leur devoir en cas de cumul des mandats, à savoir "démissionner au plus tard en septembre de son mandat exécutif local".
En effet, cette règle avait été votée en 2010 par les militants PS obligeant tout parlementaire à quitter tout mandat exécutif local dans les trois mois suivant son élection. En d'autres termes, les élus du PS ne sont pas censés attendre l'adoption d'une loi sur le non cumul annoncée pour 2014, mais devraient faire preuve d'exemplarité en "appliquant leur engagement", ajoute Martine Aubry dans la lettre.
Si Ericka Bareigts et Monique Orphé ont déjà fait le tri, la donne est plus difficile pour Patrick Lebreton et Jean-Claude Fruteau, tous deux députés-maires, et Jean-Jacques Vlody, député et conseiller général.
Initialement contre l'idée d'une loi interdisant le cumul des mandats, Jean-Claude Fruteau "fera ce que dit la loi", nous confirme un proche de l'élu. En quelque sorte, le député-maire de Saint-Benoit est prêt à se mettre en conformité avec la réglementation mais n'entend pas faire partie des élus PS exemplaires en la matière qui donneront satisfaction à la Première secrétaire d'ici la fin du mois de septembre. Jean-Claude Fruteau ne lâchera donc pas de sitôt son fauteuil de maire, en tout cas pas avant 2014…
"Je ne ferai aucun cadeau à mes adversaires de droite"
Au risque de passer pour un élève indiscipliné, Patrick Lebreton campe, lui aussi, sur sa position. "Je n'appliquerai cette règle que lorsqu'elle aura trouvé sa traduction législative et qu'elle s'imposera à tous. Avant cela, n'attendez pas que j'abandonne l'un des deux mandats que m'ont confié les électeurs. Je ne trahirai ni la confiance des Saint-Joséphois ni celle des habitants de la 4ème circonscription. Je ne ferai aucun cadeau à mes adversaires de droite", a-t-il affirmé ce jour.
C'est un peu dans la même optique de ne faire "aucun cadeau" à ses adversaires que Jean-Jacques Vlody justifie sa volonté de conserver ses deux mandats, de député et de conseiller général. "Dans la lettre de Martine Aubry, il est précisé qu'il est nécessaire de démissionner dans une situation de cumul pour permettre à d'autres élus socialistes d'accéder à des responsabilités pour les former et préparer aux échéances futures. Si cette situation était possible au Conseil général, j'aurais donné ma lettre de démission depuis longtemps (…). Il se trouve que nous sommes dans une majorité composite et ma démission n'entrainerait pas automatiquement mon remplacement par un vice-président socialiste. C'est à la discrétion de la présidente (ndlr: Nassimah Dindar) de remplacer ou non un vice-président démissionnaire", commente-t-il.
Sur le principe, Jean-Jacques Vlody est favorable à une fin du cumul des mandats : "Oui il faut aller vers la fin du cumul des mandats (…). Il s'agit d'un projet de loi nécessaire qui amènera une respiration démocratique et je voterai le projet de loi concernant la fin du cumul des mandats".
Bilan, trois des cinq députés PS de la Réunion rechignent à appliquer les directives de leur parti et à respecter le choix opéré il y a quelques années maintenant par les militants eux-mêmes. Plus de 200 députés seraient dans le même cas.
De plus en plus disposée à laisser sa place à la tête du PS, Martine Aubry a bien du pain sur la planche face à ces nombreuses résistances, avant de passer le témoin. Pour l'instant, les réfractaires ne risquent pas grand chose à en croire le gentillet ultimatum qui a consisté à envoyer une simple lettre de rappel à l'ordre…


