Aéroport Roland Garros : derrière les « raisons personnelles », l’État a demandé le départ de Thomas Dubus

La démission du président du directoire de l’aéroport Roland Garros constitue une grosse surprise pour ceux qui ignoraient les soupçons de conflit d’intérêts entourant l’appel d’offres relatif au marché de sûreté, d’un montant de 88 millions d’euros sur huit ans. Selon nos informations, deux avocats auraient conclu à l’existence d’un conflit d’intérêts, conduisant l’Agence des participations de l’État, service de l'administration publique française qui gère le portefeuille financier de l'État actionnaire, à demander son départ. Explications.
Certains ont une conception toute particulière des motifs qui ont pu conduire le président du directoire de l’aéroport Roland Garros à présenter sa démission. Une décision annoncée par l’intéressé au personnel vendredi dernier et effective ce jour (à 18 heures) comme l’indique une note du conseil de surveillance de la société anonyme aux mains de l’Etat à hauteur de 60%.
Derrière le terme très policé et consensuel qui fait état de prétendues « raisons personnelles » se cache bel et bien, comme l’a indiqué en exclusivité ce matin Zinfos974, un épisode peu glorieux. Ce sont en effet les remous provoqués par les soupçons de conflit d’intérêts dans le cadre du renouvellement du marché de sécurité de l’aéroport pour un montant de 88 millions d’euros sur huit ans qui ont précipité le départ de Thomas Dubus.
Une simple « connaissance »
Après s’être mis en retrait de la procédure d’appel d’offres en avril dernier au motif que sa compagne représentait les intérêts de la société Wo Group, une des huit entreprises candidates, le président du directoire avait été mis en difficulté en interne par des proches collaborateurs, notamment son service juridique. Il lui était reproché de s’être grandement impliqué en amont dans l’élaboration du cahier des charges techniques (CDCT) destiné aux sociétés soumissionnaires. Marché à propos duquel, Thomas Dubus nous avait lui-même indiqué : « Je suis signataire de l’appel d’offres pour l’entreprise. »

Surtout, confronté aux mises en garde de ses services, Thomas Dubus avait balayé d’un revers de main l’idée selon laquelle il était indispensable que la société WO Group se retire de la course au marché de sécurité découpé en quatre lots. Pour tenter de minimiser la situation à tout le moins embarrassante dans laquelle il s’était mis, Thomas Dubus résumait sa proximité avec la représentante locale de Wo Group en faisant référence à une simple « connaissance ». Un raccourci plutôt surprenant pour qualifier la femme dont il partage la vie depuis qu’il a occupé le poste de directeur d’exploitation de l’aéroport de Paris-Beauvais à l’époque où elle a elle-même été promue responsable adjointe Sûreté et Sécurité Publique.
La société Wo Group renonce
Les soupçons étaient nés de la présence de la dame, qui n’était pas passée inaperçue, dans les coulisses de l’aéroport à l’occasion de la visite obligatoire des candidats, alors en phase de présélection. Visite positive pour Wo Group, comme pour les sept autres sociétés, puisque toutes avaient été retenues à l’issue de cette étape incontournable.
Dans les jours suivants la publication de l’article de Zinfos974, la société représentée par la compagne de Thomas Dubus s’était brusquement ravisée en renonçant à l’appel d’offres. Preuve, s’il en fallait encore, qu’il y avait un sérieux hiatus. Mais l’affaire n’en est pas restée là…
« Les deux avocats ont conclu à un conflit d’intérêts »
Selon nos informations, des lanceurs d’alerte, interne à l’entreprise, ont obtenu que deux avocats parisiens spécialisés puissent procéder à une analyse du dossier de manière indépendante. Le tout en ayant accès aux différents acteurs y compris en sollicitant le principal intéressé, Thomas Dubus. Toujours selon une source proche de l’affaire, « les deux avocats ont conclu à un conflit d’intérêts ». Une confirmation qui a conduit l'Agence des participations de l'Etat (organisme sous la tutelle du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, NDLR), chargée notamment de veiller à l'exemplarité et la responsabilité sociale et environnementale des 87 sociétés relevant de son périmètre, a demandé le départ du président du directoire de l'aéroport Roland Garros.
La suite était inéluctable et les choses n’ont pas traîné. Un an seulement après sa prise de fonction et quatre mois après avoir été mis sur la sellette, Thomas Dubus a préféré remettre sa démission. Une décision que Christian Marty, le président du Conseil de surveillance de l’aéroport Roland Garros, a résumé de façon laconique dans un message adressé ce jour à l’ensemble de ses collaborateurs. « Je vous informe que Thomas Dubus a présenté sa démission de ses fonctions de président du directoire de l’aéroport de La Réunion Roland Garros, avec effet ce lundi 7 septembre 2026, fin de journée. » L'intéressé avait prévu initialement de rencontrer une partie du personnel en fin de journée. Il s'en est finalement allé en sortant par la petite porte à midi.
« Je mesure les interrogations que cette annonce peut susciter (..) »
Plus loin dans son communiqué, le président du conseil de surveillance ajoute sans développer : « Je mesure les interrogations que cette annonce peut susciter (..) » Tout en explicitant que l’entreprise a les ressources nécessaires pour faire face à ce départ.
Quid dans ces conditions des soi-disant "raisons (très…) personnelles" qui auraient conduit le président du directoire à quitter son poste ? Sauf à considérer que tout ceci est intimement lié à l’immixtion de la fameuse « connaissance » qui partage sa vie dans la procédure d’appel d’offres de l’aéroport.


