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Narcotrafic par voie maritime : la mule d’argent qui aimait les voyages

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 2 septembre 2026 à 12H24

Mardi, un Parisien de 32 ans, qui s’est fait pincer avec une valise contenant 80.000 euros dans le cadre de l’enquête sur l’affaire « cristal », a tenté en vain de sortir de prison.

L’interception par la douane de huit kilos de MDMA d’un montant estimé à 550.000 euros dans la roue d’un véhicule en octobre 2024 est le point de départ de l’enquête des gendarmes ayant abouti au démantèlement d’un vaste réseau de trafiquants, un an plus tard. Baptisé de ce fait « affaire cristal », le dossier compte déjà parmi les plus emblématiques que La Réunion ait eu à connaître depuis la hausse spectaculaire de l’importation de produits stupéfiants dans l’île au début des années 2020.

Plusieurs facteurs plaident en faveur d’une filière particulièrement organisée et lucrative. Il y a d’abord les saisies opérées par les militaires au cours du coup de filet opéré le 25 octobre 2025. De la résine de cannabis, de la cocaïne et de la MDMA pour une valeur estimée à plus de deux millions d’euros. Il faut y ajouter un bon paquet de cash, plus de 160.000 euros. Et un train de vie dispendieux matérialisé par des voyages à gogo, des biens de luxe, des véhicules ou encore des appartements à Dubaï.

Une équipe parisienne comme tête de pont d’un trafic plutôt bien rôdé

Mais il n’y a pas que les saisies qui témoignent de l’ampleur du trafic. Il y a aussi l’organisation à la tête de laquelle les enquêteurs réservent une place de choix à Taylor M., alias « le Boss », à son frère Guipson M. et à son cousin, Steed C. Trois solides gaillards avec des casiers judiciaires éloquents qui ont à la fois la tête et les épaules de l’emploi.

A leurs côtés, parmi la vingtaine de suspects écroués par la justice, il y a ceux qui réceptionnent et transportent la marchandise, les nourrices qui la stockent, les revendeurs et les mules financières pour rapatrier l’argent de la drogue en Ile-de-France. Des seconds couteaux et des lieutenants, diversement récompensés, mais qui ont pour point commun aujourd’hui de séjourner en prison et d’essayer d’en sortir. Justement, Akim O., un Parisien de 32 ans, était mardi devant la chambre de l’instruction pour tenter sa chance.

Pincé avec une valise à 80.000 euros lors de l’opération « cristal »

Le trentenaire est soupçonné d’avoir servi de mule d’argent pour le compte du gang familial. Et il n’a pas été choisi au hasard. Akim O. n’est jamais tombé pour trafic de produits stupéfiants, son casier judiciaire témoigne néanmoins d’une activité soutenue avec 16 mentions au compteur depuis l’année 2010. Rien de bien méchant mais tout de même : extorsion de fonds, détention d’arme, violences, dégradations et une conduite sans permis pour la route.

Dans l’affaire « cristal », Akim O. a brillé puisque les enquêteurs l’ont arrêté à bord d’un VTC avec une valise remplie de billets de banque à hauteur de 80.000 euros. Si dans ces conditions il est difficile de nier, Akim O. nuance tout de même son degré d’implication. Certes, il transportait beaucoup de liquide mais il n’avait pas conscience que c’était l’argent de la drogue, prétend-t-il.

Des liens supposés étroits avec « le Boss »

Par contre, impossible pour lui de soutenir qu’il ne connaît pas « le Boss ». D’abord parce qu’il faut avoir une confiance absolue pour se voir confier une somme pareille. Et puis, alors que les gendarmes le collaient aux baskets, ils ont pu observer que Taylor M. avait déposé un bagage dans son coffre. Un autre homme apparaît dans son sillage et qui n’est autre que le fameux docker réunionnais, recruté pour faciliter l’entrée de la drogue au Port Est.

Même si Hakim O. soutient mordicus que les 80.000 euros étaient pour lui un coup d’essai, la justice n’en croit pas un mot. Elle reste persuadée qu’il loue souvent ses services en qualité de mule financière. Il faut dire que le trentenaire, tantôt chômeur tantôt Smicard, affectionne particulièrement les voyages en avion. Il en a totalisé 22 entre novembre 2020 et octobre 2025 pour se rendre à Dubaï, à Maurice, au Sénégal, en Mauritanie mais aussi au Maroc où il a ses racines.

Risques de pression dans l’affaire « cristal » où il n’y a pas que des enfants de chœur

Pour l’avocate générale, il doit impérativement rester en prison comme les deux cousins venus plaider leur cause la semaine passée devant la chambre de l’instruction. Pour elle, les risques de pression sont d’autant plus importants que des auditions et des confrontations devraient avoir lieu prochainement. Et puis il n’y a pas que des enfants de chœur dans l’affaire « cristal ».

Elle craint aussi que Akim O. succombe à la tentation de réitérer les faits par goût du lucre. C’est d’autant plus vrai à ses yeux qu’il n’a plus d’emploi et que les gains liés au trafic de stupéfiants sont élevés. Sans compter qu’il était encore sous le coup d’un sursis probatoire au moment de son arrestation.

« De toute ma vie, c’est la première fois que je fais ça… »

Mis en examen pour association de malfaiteurs, blanchiment, trafic de stupéfiants et refus d’accès à son téléphone portable, le suspect espère sortir de prison même s’il n’a pas d’attaches à La Réunion. Quand le juge lui donne la parole, Akim O., crâne rasé et barbe naissante, déplie sa longue silhouette pour s’adresser à lui.

« Je n’ai jamais transporté d’argent pendant mes voyages ni connu le trafic de stupéfiants. De toute ma vie, c’est la première fois que je fais ça… », lâche-t-il de sa voix grave et assurée. Avare de confidences, il n’en dira pas davantage. Le président le remercie. Il devra tout de même patienter encore un peu en prison.

Etiquettes : Maroc | Mule | Trafic de drogue

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