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"Le volcan est devenu sale" : le Piton de la Fournaise étouffe-t-il sous le surtourisme ?

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le mardi 26 mai 2026 à 06H05

Mouchoirs coincés dans les coulées, emballages abandonnés sur la roche noire, lingettes et plastiques au sommet du Dolomieu : au Piton de la Fournaise, le surtourisme laisse désormais des traces visibles. Sur place, ce dimanche 24 mai, le volcan donnait parfois l’impression d’un paysage magnifique… mais fatigué.

Le premier déchet apparaît à peine quinze minutes après le départ.

Un mouchoir blanc coincé entre deux roches volcaniques, là où la lave refroidie forme des plis noirs et brillants. Puis un deuxième, quelques mètres plus loin. Une lingette humide séchée par le soleil. Un emballage plastique écrasé dans les scories.

Au Piton de la Fournaise, les déchets ne sautent pas immédiatement au visage. Ils apparaissent par petites touches. Dispersés. Dissimulés dans le relief du volcan.

Mais une fois qu’on commence à les voir, on ne regarde plus vraiment le paysage de la même manière.

Dimanche 24 mai, vers 9 heures du matin, le parking du Pas de Bellecombe déborde déjà de voitures. Des familles descendent des coffres avec des sacs de randonnée flambant neufs. Des groupes entiers se prennent en photo devant les panneaux du volcan avant même de commencer la marche.

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Le sentier qui descend dans l’Enclos, le flux est conséquent. Il y a ceux qui reviennent de l'ascension de nuit. Les autres qui s'y aventurent en plein jour.

Depuis plusieurs années, le Piton de la Fournaise attire une fréquentation de plus en plus massive. Les images d’éruptions diffusées sur TikTok, Instagram ou Facebook transforment le volcan en destination incontournable. Même hors période éruptive, des milliers de personnes montent désormais chaque semaine jusqu’au Dolomieu.

Et cette fréquentation commence à laisser des traces visibles.

Sur la roche noire, le moindre papier devient immédiatement identifiable.

"Triste"

Une petite boule blanche au milieu du basalte. Un coin de plastique transparent accroché dans une fissure. Un bouchon abandonné près du sentier. Rien de spectaculaire individuellement. Mais ensemble, ces déchets finissent par modifier l’atmosphère du lieu.

"Le problème, ce n’est pas un touriste. C’est des milliers", souffle un habitué du volcan croisé en montée.

Autour du cratère Dolomieu, plusieurs visiteurs s’arrêtent justement pour photographier les déchets coincés dans les coulées de lave du passé. Certains les ramassent discrètement. D’autres soupirent.

"C’est triste de voir ça ici", lâche une randonneuse en regardant un mouchoir froissé coincé dans les pierres noires.

Le contraste frappe immédiatement.

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Le Piton de la Fournaise reste l’un des paysages les plus irréels de La Réunion : une immensité minérale, presque silencieuse, sculptée par les coulées successives. Un décor brut où la terre paraît encore vivante.

Et au milieu de cette roche noire, les déchets ressortent comme des blessures blanches.

Le surtourisme n’explique pas tout, évidemment. Beaucoup de visiteurs redescendent avec leurs détritus soigneusement rangés dans le sac. Mais la multiplication des passages finit mécaniquement par produire davantage d’abandons, volontaires ou non.

Sur la parcours, on résumé la situation simplement :

"Quand cent personnes passent, ça reste propre. Quand plusieurs milliers montent chaque semaine, forcément, ça change. Le volcan est devenus sale."

Réseaux sociaux

Au fil de la matinée, le sommet du Dolomieu devient de plus en plus fréquenté. Les visiteurs se succèdent au bord du cratère. Quand les uns partent, d'autres arrivent. Certains restent quelques secondes avant de repartir. D’autres filment des vidéos pour les réseaux sociaux.

Par moments, le volcan donne l’impression d’un site naturel débordé par son propre succès.

Et cette fréquentation massive transforme aussi le rapport au lieu.

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"Avant, les gens venaient ici pour marcher et observer, raconte un accompagnateur. Aujourd’hui, beaucoup viennent surtout pour l’image."

Le Piton devient une destination à "faire". Une preuve de passage. Depuis toujours, direz-vous. Mais là, il s'agit d'autres choses encore. D'une vidéo. D'une photo face au vide.

Le problème, c’est que le volcan, lui, garde tout.

Le vent déplace parfois les papiers entre les roches. Les plastiques restent accrochés dans les coulées. Certains déchets disparaissent dans les anfractuosités du terrain volcanique sans jamais vraiment quitter le paysage.

En fin de matinée, alors que les premiers groupes redescendent vers le parking, l'affluence reste constante. Des enfants glissent sur les pierres. Des randonneurs mangent rapidement assis dans les scories avant de repartir. Plus loin, un mouchoir blanc flotte légèrement dans le vent.

À quelques mètres seulement, le volcan reste immense. Magnifique. Presque intact. Mais, donc, plus tout à fait propre.

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